Bienvenue sur Clins d'oeil Les informations sur la construction, l'écoconstruction et le BTP sont désormais disponibles sur la Barre d'outils spéciale Bâtisseurs, à partir de l'onglet "Infos" et du "News ticker" (bande déroulante). Voir info et lien ci-dessous. Merci.

mardi 31 juillet 2007

Mecano, la visière photovoltaïque d'Architectural Systems

Générateur d'électricité, destiné aux constructions neuves comme aux restaurations, ce brise-soleil récupérateur d'énergie s'inscrit dans le droit fil de la RT 2005.
Il comporte trois éléments : une ossature (poutre et cadre aluminium), le panneau photovoltaïque et le système de fixation à la façade.
Le cadre, pourvu d'une gorge masquée par un capot, abrite les câbles reliant entre eux les volumes photovoltaïques destinés à assurer l'alimentation électrique issue de l'énergie récupérée.
La liaison de l'ossature à la façade est assurée par des pattes d'accroche spécifiques reliées à la poutre et par un hauban aluminium fixé en extrémité de poutre et sur le mur-rideau.
Pour un rendement énergétique optimal, le brise-soleil doit être exposé au sud, hors d'une zone d'ombre, et installé avec une inclinaison comprise entre 30 et 35 ° par raport au plan vertical de la façade. Ainsi, pour 10 m² de photovoltaïque installés, le rendement moyen en fonction de l'ensoleillement s'établit pour Lille à 950 kWh/an et pour Antibes, à 1300 kWk/an.

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"Crowd Farm" : quand il suffit de marcher pour produire de l'électricité

Deux étudiants de l'Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), James Graham et Thaddeus Jusczyk, viennent de mettre au point un procédé pour le moins original et astucieux de production d'électricité : en utilisant l'énergie mécanique produite par les pas d'une foule de marcheurs dans une gare ou tout autre lieu public.
Cette invention fonctionne grâce à l'installation d'un sous-plancher composé de blocs qui se déforment légèrement sous les pas des marcheurs. Le frottement des blocs les uns contre les autres produit le même effet qu'une dynamo.
« Nous souhaitons, affirme Thaddeus Jusczyk, que les gens comprennent la relation entre leur mouvement et l'énergie produite. »
Évidemment, le procédé n'aurait aucune utilité pour un usage domestique. Un simple pas d'une seule personne produit l'énergie nécessaire pour faire fonctionner deux ampoules de 60 W pendant une seconde. Mais en multipliant ce pas par ceux de 28 527 marcheurs, on aura assez d'énergie pour faire fonctionner un train pendant une seconde !
Même le fait de s'asseoir sur un siège peut produire le même effet, comme l'a démontré un test réalisé par les deux étudiants à la Biennale de Venise et dans une gare de Turin. Et James Graham de rappeler que les gens prenaient plaisir à s'asseoir et à se relever sans cesse pour faire fonctionner le système !

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lundi 30 juillet 2007

Portes ouvertes sur les énergies renouvelables

Cliché Arnaud Brunel/CLER

Pour la 4ème année consécutive, le Comité de liaison énergies renouvelables (CLER) organise un week-end portes ouvertes, avec l'aide de son réseau d’adhérents.
Le week-end des 13 & 14 octobre 2007, on pourra ainsi visiter plus de 80 sites équipés en énergies renouvelables, partout en France.
Ces portes ouvertes répondent à un besoin du grand public de pouvoir visiter, voir des installations et prendre l'avis de conseillers, d'utilisateurs ou de professionnels.
Cette initiative est mise en place avec le concours de l’ADEME, dans le cadre de sa campagne de communication “Faisons vite, ça chauffe“.

Informations pratiques : www.cler.org/portesouvertes

Un "pont de papier" près du Pont du Gard

Le Japonais Shigeru Ban est connu dans le monde de l'architecture pour ses constructions en carton. C'est avec ce matériau, en appliquant la technique de la Tube Paper Structure (TPS), qu'il a notamment construit un Paper Dôme (Gifu, 1998), une Paper Church (Kobé, 1995), ainsi que des « abris temporaires décents » destinés aux victimes de sinistres au Japon, en Turquie et en Inde, ou encore pour les réfugiés au Rwanda.
Avec l'aide d'une vingtaine d'étudiants de l'École d'architecture de Montpellier et de trois étudiants japonais, il a mis au point, courant juillet 2007, une autre réalisation spectaculaire avec le même matériau : un pont enjambant le Gardon, à 500 m du Pont du Gard.
Cette structure comporte 281 tubes en carton d'un diamètre de 11,5 cm et d'une épaisseur de 11,9 mm. D'un poids total de 7,5 tonnes, elle peut supporter le passage de 20 personnes simultanément. Les marches sont fabriquées en papier et plastique recyclés et les fondations sont faites de caisses en bois remplies de sable et de galets trouvés sur place.
Elle sera accessible au public jusqu'au 16 septembre 2007, pour être ensuite démontée et reconstruite après la saison des crues.

Salon Innovia 2007 : pour conjuguer environnement et économie

Les 19, 20 et 21 octobre 2007, la communauté de communes du Jura Dolois accueillera la troisième édition d'Innovia, un salon des technologies et innovations en faveur de l’environnement.
Dans la toute nouvelle salle de congrès de la Commanderie à Dole (Jura), 70
exposants présenteront leurs toutes dernières innovations, accessibles à tout à chacun.
« Il n’y a pas de petits gestes quand on est 60 millions à les faire » : cette formule empruntée au ministère français de l’Écologie et du Développement durable illustre le concept du salon Innovia. Chacun peut en effet agir, à son niveau, pour aider la planète à retrouver ses couleurs, en pratiquant par exemple le compostage de ses déchets verts, en utilisant des ampoules basse consommation, en installant des économiseurs d’eau sur ses robinets, en ajoutant des boules de lavage dans son lave-linge … tout un florilège d’astuces que l'on retrouvera sur le salon.
Outre ces conseils faciles à mettre en oeuvre par tout le monde, quelques grands projets français et européens seront en démonstration sur le salon. Pour la première fois en France, on pourra décortiquer la maquette du Solar Impulse, premier avion solaire ayant pour ambition de réaliser un tour du monde sans carburant ni pollution. Ford présentera sa gamme de véhicules fonctionnant au superéthanol (85 % d’éthanol d’origine agricole - 15% d’essence) : les Ford Bioflex. L’association La Vie Naturellement sera présente durant trois jours pour monter de toute pièce une maison bioclimatique en paille au pouvoir isolant 2 à 3 fois supérieur à une maison traditionnelle.
Le salon Innovia 2007 récompensera également les porteurs de projets les plus innovants en matière de protection de l’environnement.

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vendredi 27 juillet 2007

Certification Qualité Maison Individuelle

En partenariat avec les professionnels de la construction et de l’environnement, les associations de consommateurs, Cequami (Certification Qualité Maison Individuelle) est l’organisme mandaté par Afaq Afnor Certification pour délivrer, gérer et développer les certifications NF Maison Individuelle et NF maison Individuelle démarche HQE® (Haute Qualité Environnementale).
Les certifications NF Maison Individuelle et son option démarche HQE®, sont les seules marques de qualité certifiée en maisons individuelles, régies par le Code de la consommation. Elles permettent à chaque futur acquéreur de concrétiser son projet en toute confiance, et de faire construire une maison dont l’impact sur l’environnement est le plus faible possible, et ce, en choisissant des professionnels reconnus par une tierce partie indépendante et régulièrement contrôlée.
Pour bénéficier des certifications officielles de produits et de services associés portant sur les ouvrages réalisés dans le cadre du Contrat de Construction Loi de 1990, les constructeurs admis à la certification NF Maison Individuelle et à son option démarche HQE® le cas échéant, acceptent de se soumettre à une surveillance régulière menée par Cequami (audits et vérifications de chantier).
Ces professionnels doivent notamment :

  • démontrer leur professionnalisme et leur aptitude à appliquer et à maîtriser une démarche qualité contrôlée sur la base du Référentiel NF Maison Individuelle ;

  • intégrer dans leur processus qualité une série d’exigences précises validées par un audit (qualité de l’organisation, qualité de service, qualité technique et environnementale, de la maison, évaluation du terrain et du site…) ;

  • mettre en oeuvre, pour l’option démarche HQE®, un système de management environnemental permettant de proposer des maisons dont la qualité environnementale correspond aux motivations, aux attentes et à la capacité financière des maîtres d’ouvrage tout en étant supérieure à la réglementation et à la pratique courante.

Lancée en 2000, la certification NF Maison Individuelle, dotée de l’option démarche HQE® depuis mai 2006, compte désormais 120 constructeurs répartis sur l’ensemble du territoire français.

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jeudi 26 juillet 2007

Projet de façade active grâce à des capteurs solaires à tubes sous vide

Architectes et scientifiques de l'Université de Stuttgart développent actuellement un concept innovant d'intégration à la fois performante et esthétique de capteurs solaires dans les façades vitrées de bâtiments de bureau. Par rapport aux systèmes actuels, le nouveau concept doit permettre d'apporter des améliorations notables en termes d'isolation, de protection contre la lumière du jour et d'utilisation de l'énergie solaire.
La façade "active" doit intégrer des capteurs solaires sous vide (du fabricant Schott-Rohrglas). Composés de série de tubes transparents en verre, ces capteurs, disposés en peigne, sont multifonctionnels : source de chaleur (pour le chauffage des pièces et de l'eau sanitaire) ou de froid (refroidissement solaire), ils offrent une protection partielle contre le soleil (grâce aux propriétés réfléchissantes des tubes et l'évacuation de la chaleur), tout en laissant pénétrer la lumière du jour et tout en permettant à l'occupant de voir à travers.
Les tubes doivent être disposés de manière optimale par rapport au rayonnement incident. Selon des mesures réalisées sur un prototype et des calculs de simulation, le rendement énergétique annuel de la façade active pourrait alors atteindre une valeur nette de 500 kWh par mètre carré (surface de la façade effectivement recouverte par des tubes absorbants) et une valeur brute de 340 kWh par mètre carré (surface totale de la façade), améliorant ainsi d'environ 35% les performances des façades recouvertes de collecteurs plans.
Rappelons que le secteur des bâtiments est responsable de 45% de la consommation énergétique mondiale ce qui justifie les efforts de recherche et développement, tels que celui engagé par l'Université de Stuttgart.

Source: bulletins électroniques du ministère des Affaires étrangères

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43586.htm

L'Éco-Dôme : un habitat d'urgence construit en terre

Nader Khalili est un architecte américain, d'origine iranienne.
En 1984, suite à une demande de la NASA, il élabore un projet de construction d'un habitat adapté à la surface de la Lune en utilisant tout simplement le matériau trouvé sur place : la poussière lunaire. C'est ainsi qu'il donne naissance à son concept d'Éco-Dôme : un abri de forme ronde, construit avec des sacs remplis de terre ou de sable, empilés les uns sur les autres et consolidés avec du fil de fer barbelé (technique dénommée "Superadobe").
L'idée fait son chemin. Un village expérimental est construit suivant cette technique à Hesperia, au Nord-Est de Los Angeles. Puis l'architecte crée son Cal Earth Institute dans le désert de Mojave, en Californie, en 1991. Les Nations-Unies s'intéressent également au projet et demandent à Nader Khalili de le mettre en application pour répondre aux besoins urgents des victimes des tremblements de terre en Iran (2002) et au Pakistan (2005).
Ces maisons économiques peuvent être construites en une semaine par trois personnes. D'une surface de 34 m², selon la configuration de base, elles peuvent accueillir une famille entière.

http://www.calearth.org/

mercredi 25 juillet 2007

Matériaux écologiques

Construire autrement, dans le respect des impératifs du développement durable, suppose que l'on ait à sa disposition les matériaux adéquats.
De nombreux sites Internet fournissent des informations sur la nature et la commercialisation de ces matériaux. On pourra effectuer une recherche en utilisant une adaptation du moteur de recherche Google : cliquer ICI.
Je signale, à titre d'illustration exemplaire, Domus Matériaux. Cette société, spécialisée depuis les années 80 dans la bio-construction et devenue une SARL en 1991, s’est donné pour mission de fournir des réponses techniques au secteur du bâtiment avec des matériaux de construction de qualité environnementale :

  • pour l’enveloppe du bâtiment : le bois, la terre cuite et la terre crue, les panneaux de construction composés uniquement de fibres de bois naturelles non traitées et non adjuvantées de colle ou de résines synthétiques, les isolants naturels tels que la laine de mouton, de chanvre ou de lin, les panneaux de fibre de bois, le liège expansé ou la ouate de cellulose…

  • pour les finitions : les peintures naturelles écologiques à base de cires, d’huiles végétales et de résines naturelles, les enduits décoratifs à base de chaux naturelles ou de terre et de pigments minéraux...

Domus Matériaux propose ainsi une gamme très complète constituée des marques les plus représentatives du marché. À la fois fabricant, importateur et centrale d’achats, elle dispose d'une capacité de stockage qui est sans doute l'une des plus importantes en France.
Les produits Domus répondent aux normes du bâtiment, françaises ou européennes. Ils offrent un maximum de transparence sur les plans technique, écologique, toxicologique et environnemental.
Domus Matériaux assure la distribution de ses produits dans toute la France.

Site Domus Matériaux/

mardi 24 juillet 2007

Fournisseurs d'électricité : le bon choix selon Greenpeace France


Le comparatif
Écolo Watt, de Greenpeace France, entend éclairer le choix des consommateurs qui souhaiteraient opter pour une électricité respectueuse de l'environnement, et mettre en valeur les opérateurs qui adoptent une démarche résolument écologique.
Avec une note globale de 17/20, c'est Enercoop qui prend de très loin la tête du comparatif. À part GEG Sources d'énergies, qui atteint un niveau moyen (10,9/20), tous les autres opérateurs réalisent des performances globales mauvaises (Poweo, 7,3/20 ; Electrabel, 7,4/20 ; Gaz de France, 5,8/20), voire catastrophiques (EDF, 4,9/20 ; Direct Énergie, 4,5/20). « À part Enercoop, qui s'approvisionne directement et à 100 % auprès de producteurs d'électricité d'origine renouvelable, la plupart de ces entreprises sont pénalisées car elles se contentent de revendre l'électricité achetée à EDF et principalement produite à partir du nucléaire, explique Frédéric Marillier. Or ce n'est pas parce qu'elle n'émet pas de CO2 que la technologie nucléaire est respectueuse de l'environnement ! »
Pour réaliser le comparatif Écolo Watt, Greenpeace a évalué non pas les diverses offres une à une, mais les opérateurs eux-mêmes. C'est en effet au niveau global de l'activité et de la politique des fournisseurs qu'il est pertinent d'évaluer les impacts sur l'environnement et les bonnes pratiques. Un questionnaire a été envoyé à chaque entreprise (producteurs et/ou négociant) susceptible d'offrir ses services aux particuliers à compter du 1er juillet 2007 (Direct Énergie, EDF, Electrabel, Enercoop, Gaz de France, GEG Sources d'énergies, Poweo).
L'évaluation a été effectuées en tenant compte de trois critères principaux :

  • la composition du mix énergétique (répartition par type de sources d'énergie) ;

  • la politique énergétique (investissements ou non dans les renouvelables) ;

  • les services et la politique commerciale (audit, suivi de la consommation, système tarifaire incitant à maîtriser sa consommation...).

Au final, en fonction des points acquis pour chaque critère et d'un système de pondération, une note globale sur 20 est attribuée à chaque fournisseur.
L'énergie « verte » désigne l'électricité issue de sources renouvelables (éolien, géothermie, solaire, biomasse). Avec l'ouverture du marché, les nouveaux fournisseurs vont tout tenter pour séduire les consommateurs : jouer sur les prix et rivaliser d'offres dites « vertes ». Or toutes ces offres ne se valent pas. La plupart d'entre elles constituent une bonne affaire pour les fournisseurs d'électricité bien plus que pour l'environnement. « À l'heure où l'écologie est aussi devenue un argument marketing, il est nécessaire de distinguer ceux qui se contentent de montrer patte verte à peu de frais de ceux qui adoptent une démarche écologique sérieuse », affirme Frédéric Marillier.

télécharger le rapport

lundi 23 juillet 2007

Elithis : une tour à énergie positive au coeur de Dijon

Arte Charpentier

Alliant l'audace technologique et les grands principes du développement durable, Elithis, une société dijonaise d'ingénierie climatique et électrique, a décidé de construire son nouveau siège social ( 5 000 m² sur 10 niveaux) en intégrant les techniques de l'énergie positive.
Pour relever ce défi de créer un bâtiment conciliant esthétisme, intégration urbaine, confort, performance énergétique et environnementale, les ingénieurs d'Elithis ont fait appel à Jean-Marie Charpentier, un architecte de renom avec lequel ils ont travaillé en étroite collaboration. Particulièrement sensible à la question énergétique, la municipalité de Dijon s'est elle-même fortement engagée dans cette réalisation.
Tous les composants du bâtiment ont été définis selon un parti pris de pérennité, de facilité d'entretien et de remplacement, dans le respect des normes
d'une Haute Qualité Environnementale.
La structure du bâtiment sera de type poteaux-poutres mixte bois/acier pour limiter l'utilisation de béton. Le remplissage de cette structure sera réalisé avec des panneaux isolants à base de fibres de bois. Le parement sera en tôle d'aluminium à l'extérieur. Les menuiseries extérieures seront composées d'un double vitrage argon à isolation thermique renforcé avec un faible facteur solaire.
La toiture externe sera équipée de panneaux photovoltaïques intégrés (surface plane), producteurs d'électricité solaire, ce qui permettra de couvrir une grande partie des besoins électriques du bâtiment (74 000 KW/an).
La limitation des consommations d'énergie sera également effective pour l'éclairage grâce à un système maîtrisé favorisant l'optimisation de l'apport de lumière naturelle. Ce principe sera renforcé grâce à des circuits d'éclairage contrôlés et différenciés selon la zone de travail et l'utilisation des locaux.
De plus, les locaux seront entièrement équipés de luminaires à économies d'énergie : tubes fluorescents et lampes LFC (fluorescentes compactes), dont le rendement et la durée de vie sont 10 fois supérieurs aux lampes incandescentes.
La consommation d'énergie pour le chauffage, la ventilation et le rafraîchissement sera limitée par la conception même de la qualité thermique du bâtiment tant au niveau de l'isolation que des façades.
Grâce à un bouclier thermique transparent ménageant une vue dégagée, les espaces de travail bénéficieront d'une protection contre les rayonnements solaires, source de surchauffe et d'inconfort visuel.
Jusqu’à la mi-saison, un système de “free-cooling” à régulation mécanique permettra de rafraîchir les locaux gratuitement et de façon naturelle. Cet équipement permettra de lutter contre les hausses de température jusqu’à 27°, sans utiliser le système de refroidissement.
En parallèle, la production de chaleur et de froid reposera sur un système thermodynamique particulièrement performant, associé à une source de chaleur fonctionnant avec une énergie renouvelable (chaudière bois à granulés), et à un système de refroidissement adiabatique (sans échange de chaleur entre le système et son milieu).
Le renouvellement de l'air sera assuré par une centrale de traitement d'air double flux, avec un récupérateur d'énergie de haute efficacité.
L'eau étant en passe de devenir l'enjeu écologique prioritaire de la planète, un effort particulier a été fait pour la gestion des eaux pluviales. Ainsi, la perméabilisassion-rétention du bâtiment a été optimisée grâce à la création d'un bassin de rétention situé dans le parking.
En accord avec les autorités sanitaires, la récupération des eaux de pluie en toiture alimentera un réseau indépendant pour l'alimentation sous pression atmosphérique des sanitaires des bureaux.
Le bâtiment servant de laboratoire sera équipé, sur un niveau complet, de capteurs et compteurs multiples permettant de mesurer la performance des différents équipements. Ce système de gestion technique du bâtiment assurera le suivi des différents types de consommations d'énergie (chauffage, rafraîchissement, ventilation, éclairage..), et permettra de réguler les modèles au jour le jour.
Afin de sensibiliser l’ensemble des usagers du bâtiment, une charte environnementale sera signée pour encourager chacun à respecter les recommandations environnementales et les objectifs de consommation.

Les travaux commenceront fin 2007, pour être achevés fin 2008.


Des bureaux écologiques

Quelque 60 milliards de pages sont imprimées chaque année en France par les particuliers ou dans les bureaux. Cela représente près de 200 millions de cartouches d´encre, de recharges toner de fax et de photocopieurs qui finissent pour leur grande majorité à la décharge. Non recyclés, ces consommables sont une source importante de pollution. Il faut par exemple plus de 3 litres de pétrole pour fabriquer une cartouche toner et... 1000 ans pour que cette même cartouche enfouie soit entièrement dégradée par le sol (source IFEN).
Moins de 15% des cartouches consommées intègrent une filière de revalorisation, alors que leur traitement permettrait une importante économie des ressources naturelles et une non moins importante réduction des déchets industriels.
Ecologik-Buro propose aux administrations, entreprises, artisans, professions libérales et collectivités son aide technique pour le recyclage et la revalorisation des consommables d'impression. Cette intervention gratuite comporte un référencement, l'évaluation des besoins, un contrat de partenariat, la mise en place de collecteurs (Logik Box) et une attestation de collecte des déchets.
Les déchets collectés sont méticuleusement triés pour être dirigés par transporteur agréé vers des filières de recyclage ou de destruction elles-mêmes agréées. Les cartouches sont reconditionnées pour réemploi, recyclées pour matière première ou pour une infime partie détruites pour production d’énergie.
La démarche à effectuer est très simple : prendre contact avec Ecologik-Buro par téléphone au 09 51 02 10 04 (prix d´un appel local), par fax au 09 56 02 10 04 ou par mail (contact@ecologik-buro.com).
Ecologik-Buro propose également des formules de recyclage pour les téléphones et les ordinateurs.

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dimanche 22 juillet 2007

Mais où est-il donc ce "Pays de Cocagne" ?


Bruegel : Le Pays de Cocagne (1567)
Huile sur bois de chêne 52 x 78 cm
Munich, Alte Pinakothek
cliché extrait de www.brunette.brucity.be

Le mot "cocagne" fait référence à la fête, à la réjouissance, à l'abondance, avec une nuance de hasard dans "mât de cocagne" («mât lisse de fête populaire, planté en terre, parfois enduit d'une matière glissante, au sommet duquel sont accrochés des objets offerts comme prix à qui réussit à en détacher un en y grimpant» - définition extraite du Trésor de la langue française informatisé) .
Pour Baudelaire, le vrai Pays de Cocagne est là « où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l'ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ». (Petits poèmes en prose – L'Invitation au voyage)
Pour autant, l'origine du mot "cocagne" n'est pas certaine.
Quel est notamment le lien entre l'italien
cuccagna, l'espagnol cucaña, l'anglais cokaygne ou cockaigne, le flamand kokanje ou cockaengen et le français "cocagne", signifiant « pastel en pâte », emprunté au provençal cocanha, coucagno ?
Quelle est en outre la part du mythe ? Dans les Carmina Burana (chants profanes ou religieux composés en allemand, français ou latin par des clercs vagabonds et rebelles, datant du XIIIème siècle), un personnage se présente comme « abbas cucaniensis » (abbé de Cocagne).
Quoiqu'il en soit des variantes et divergences dans l'étymologie, le Pays de Cocagne est bien tout d'abord celui, paradisiaque, de l'opulence et de la quiétude rassasiée, tel que l'a dépeint avec son réalisme coutumier
Pieter Bruegel.
Les contours idylliques de ce pays imaginaire ont toutefois donné lieu à des appropriations fort compréhensibles, de même que les "Venise Verte" ou "Petite Venise" font florès sur la carte de notre tourisme européen.
L'Italie revendique ainsi l'appellation du pays de la félicité parfaite pour sa ville de Naples où, aux XVIème et XVIIème siècles, une montagne de pâtes et de viandes permettait aux habitants de faire bombance (coccagna) en se disputant l'appropriation de ce miraculeux butin.
Notre bel Hexagone n'entend pas pour autant abandonner la partie. Il revendique, sinon l'exclusivité, du moins l'authenticité de son Pays de Cocagne. Celui-ci se situe dans le Lauragais et l'Albigeois, là où l'on fabriquait, avec la feuille séchée et broyée du pastel, des pains coniques appelés "coques" ou "coquaignes" de pastel. Ces pains étaient utilisés notamment pour la teinture des tissus, du bois et du papier, et contribuèrent, dès le XIIème siècle, mais surtout aux XVème et XVIème siècles, à la richesse de leur zone de fabrication. D'où le slogan actuel de la ville de Montolieu : "Au Pays de Cocagne, plus on dort, plus on gagne !"
Région couvrant le triangle Albi-Toulouse-Carcassonne, le Pays de Cocagne s'étend sur deux départements : le Tarn et la Haute-Garonne.

Énergies renouvelables : une plate-forme Internet pour un partage mondial des connaissances

Scientifiques, industriels et politiques se sont réunis le 13 juin 2007 pour discuter de la manière de rendre plus accessible le savoir acquis dans le domaine des énergies renouvelables à l'échelle mondiale, sans pour autant nuire à la propriété intellectuelle des entreprises et instituts de recherche allemands.
Née d'une initiative de l'Institut des techniques solaires d'approvisionnement énergétique (ISET), la plate-forme Internet REnKnow.Net permet depuis 2005 le transfert gratuit des connaissances dans ce domaine. À l'occasion du symposium, les experts ont pu dresser un bilan des avancées réalisées par ce projet, financé par le ministère fédéral allemand de l'Enseignement et de la Recherche (BMBF).
Le site Internet REnKnow.Net donne accès à une base de données sur les énergies renouvelables regroupant les résultats issus de la recherche et les documents à but éducatif examinés par des experts reconnus au niveau international. Ce matériel est téléchargeable gratuitement depuis la plate-forme Internet qui permet ainsi le libre échange de données entre scientifiques, ingénieurs, chercheurs, professeurs et étudiants et constitue une première étape vers la création d'une "Open University on Renewable Energies".
Face aux défis énergétiques et climatiques globaux, l'efficacité de l'action à entreprendre ne dépend pas seulement des pays industrialisés : pays émergents et pays en voie de développement ont un rôle crucial à jouer. De ce point de vue, un transfert des connaissances s'avère indispensable.

Source : bulletins électroniques du ministère des Affaires étrangères (Arnaud Bertran

Lien : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43483.htm

renknow.net

Faut-il craindre les années des 13 lunes ?

Cliché extrait de www.astronomes.com

L'année 2004 a connu 2 lunes en juillet ; 2001, 2 lunes en novembre ; 1999, 2 lunes en janvier et 2 en mars, aucune en février ; 1996, 2 lunes en juillet ; 1993, 2 lunes en septembre ; 1990, 2 lunes en décembre ; 1988, 2 lunes en mai...
Et de même pour juin 2007, les années de 13 lunes revenant en moyenne tous les 2,62 ans.
Jusqu'ici, rien à redire. Mais la question est posée : y a-t-il un lien, comme le prétendent certaines croyances populaires, notamment paysannes, entre les années comportant 13 lunaisons et les catastrophes naturelles ?
L'année 1999, par exemple, qui a connu une violente tempête, était une année à 13 lunes. Et de même pour l'année 1976, qui a été celle d'une très forte canicule.
Les "scientifiques" s'empressent d'apporter la réponse suivante : les phases de lune revenant aux mêmes dates tous les 19 ans, le temps (avec éventuellement son lot de catastrophes) devrait être identique sur chaque cycle de 19 ans. Or il faut bien constater que les relevés météo ne fournissent aucune indication de ce genre.
Par ailleurs, il est certaines civilisations qui ne vivent pas au rythme de notre calendrier grégorien (cf. les calendriers musulman ou chinois) et qui ne devraient pas, en toute logique, être concernées par cette terreur annoncée due au chiffre 13. Or, que je sache, elles sont également abritées par la planète Terre... la même que la nôtre !
Nul ne saurait évidemment mettre en doute l'influence de la Lune sur les marées, voire sur le comportement humain. Mais de là à lui imputer les cataclysmes qui viennent enrayer l'harmonieuse évolution de notre bonne vieille Terre, cela représente « un petit pas pour l'homme et un grand pas pour l'humanité » que se refuse généralement à franchir la science.
Il faudrait de surcroît ne pas oublier de chercher, pour tenter d'expliquer nos catastrophes dites "naturelles", du côté des prétendues avancées scientifiques, mais également des délires des apprentis sorciers qui se croient investis du droit de présider aux destinées de notre globe terrestre...

samedi 21 juillet 2007

Plus de pétrole... mais encore des idées !

Cliché extrait de http://caisses-a-savon-france.com/

Prenez une planche, quatre roues, deux axes, dont un mobile, un système de freinage, assemblez le tout et élancez-vous sur la première pente venue : vous aurez inventé la caisse à savon, vous adonnant ainsi, à moindres frais, à la griserie de la vitesse.
Inventé ? Pas tout à fait quand même ! Combien de gamins, sous toutes les latitudes, n'ont-ils pas fabriqué ce jeu avec du matériel de récupération ?
D'un jeu, la technique a maintenant évolué. La simple "caisse" s'est transformée en un engin beaucoup plus sophistiqué et performant avec volant et direction métallique, freins tambours voire à disques, châssis métallique, coque en fibre de verre...
Les adeptes de ce sport se regroupent en associations. Des fédérations ont vu le jour, en France notamment (1500 licenciés). Des compétitions régionales, nationales et internationales sont organisées (la première le fut en 1904, en Allemagne). Même les constructeurs automobiles se sont mis à lorgner en direction de cette pratique de loisir. C'est ainsi qu'en France, en 1950,
l'Automobile Club Français, la régie Renault, l'agence Havas et l'Argus de l'automobile ont organisé le premier Derby automobile pour les moins de 15 ans, ceux-ci devant, pour participer, construire au préalable leur propre caisse.
Aujourd'hui, le matériel s'est diversifié, avec l'apparition de side-cars, de bob-cars et de carioli... Mais aussi évolués soient-ils, ces nouveaux bolides ne fonctionnent qu'avec la seule "énergie" de l'imagination et de la recherche de la performance.
La réintroduction des vélos dans nos grandes villes le prouve également : l'après-pétrole ne sera pas nécessairement morose !

+ d'infos/

Les Bistrots de Pays

« Ça sent si bon la France ! Oh ça sent bon le pays ! » : la chanson de Jacques Larue, qu'interprétait Maurice Chevalier, peut donner le ton de ces petits établissements de village disséminés dans toute la France "profonde", de celle qui entend vivre encore dans l'authenticité, à l'écart des grandes agglomérations.
Imaginée par le Corrézien Bernard Reynal et initiée à partir de 1992 par le Syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM)
du Pays de Forcalquier et Montagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence), cette enseigne a fait l'objet d'un dépôt de marque en bonne et due forme.
« Le Bistrot de Pays® a pour but, à travers un réseau local d’animation, de contribuer à la conservation et à l’animation du tissu économique et social en milieu rural par le maintien - ou la recréation - du café de village multiservices de proximité. »
Le succès de cette formule de redynamisation des villages de France, surtout dans les zones rurales sensibles en voie de désertification, a été immédiat. De nombreuses localités l'ont adoptée pour maintenir leur café, en trouvant notamment des repreneurs en cas de départ des anciens tenanciers. Certaines communes ont même recréé ou racheté un établissement grâce à cette initiative.
Les clés du succès résident dans un « contrat original entre la profession et le Pays » pour la promotion du tourisme local et des produits du terroir grâce à une restauration simple mais de qualité. Sur la base d'une Charte de qualité, le Bistrot est également au coeur d'animations locales et offre certains services de base non assurés par ailleurs dans le village (tels que petite épicerie, dépôt de pain, de journaux…), contribuant ainsi au maintien du lien social.

http://www.bistrotdepays.com/

vendredi 20 juillet 2007

Le Mont-Blanc répond aux "besoins" des alpinistes

Photo extraite de www.st-gervais.net/

La ville de Saint-Gervais-les-Bains n'est pas avare en initiatives pour sauvegarder la beauté et l'équilibre écologique de la star du tourisme local : le Mont-Blanc.
Elle a assurément fort à faire quand on sait que quelque 30 000 alpinistes entreprennent chaque année de réaliser l'escalade de leurs rêves. D'où le souci de
maîtriser cet afflux et d'en réduire, autant que possible, l'impact négatif sur la qualité du site.
Au nombre de ces préoccupations : les conditions d'hygiène pour les alpinistes qui, aux dernières nouvelles, ne sont pas des anges et doivent par conséquent faire de temps à autre une halte pour répondre à des besoins plus ou moins pressants, plus ou moins conséquents.
Des toilettes sèches viennent donc d'être installées sur le "toit de l'Europe". Attention, âmes sensibles s'abstenir ! « Il y avait de véritables tas d'excréments et de vomi, qui remontaient lorsque la température regrimpait. On ne pouvait pas laisser l'itinéraire dans cet état et des conditions d'hygiène telles pour les alpinistes », a expliqué à l'AFP Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais. Puis d'ajouter ce commentaire de circonstance : « Sans mauvais jeu de mots, c'était un besoin ! »
Les toilettes sèches - est-il besoin de le préciser ?- fonctionnent sans eau, mais avec de la litière sèche carbonée, de la sciure de bois, de la paille, du foin... pour recouvrir les déjections.
Pour son retour vers la terre ferme, ce futur compost est transporté dans de grands sacs par hélicoptère.

jeudi 19 juillet 2007

Écothèque : la médiathèque virtuelle du développement durable



Conçu et géré par Les cahiers du futur, association qui produit le festival écofilm, ce site de ressources est une base de données sur l'environnement et le développement durable. Elle entend répondre à l'attente des parents, collégiens, lycéens, étudiants, enseignants, animateurs associatifs, professionnels...
Un moteur de recherche permet de consulter des fiches sur des livres, des revues ou autres publications de la presse écrite sur le thème du développement durable. Des informations sont données également sur des manifestations (salons, colloques...) et des jeux liés à la protection de l'environnement
Le site propose une newsletter (gratuite) consacrée à l'actualité : manifestations, presse écrite, émissions TV...
« Un certain nombre de sites Internet, précisent les créateurs du site, référencent déjà des livres sur le développement durable. Dans la majorité des cas, uniquement s'ils sont édités par l'organisme en charge de la base de données ou si cet organisme en possède un exemplaire papier en bibliothèque. Ici tout est virtuel. Nous ne sommes donc pas limités par un budget d'acquisition de livres. Mieux encore, nous n'avons rien à louer et rien à vendre. La sélection que nous vous proposons résulte d'un choix éditorial.
Ne figureront ni les thèses, qui s'adressent à des publiques trop spécialisés, ni les formations et les stages trop difficiles à collecter et à indexer. »
En langue française, Écothèque s'adresse à l'ensemble des pays francophones. À moyen terme, un partenariat sera mis en place avec des ONG en Belgique, en Suisse, dans les Caraïbes, en Océanie, en Afrique de l'Ouest, au Québec... Les versions anglaise, allemande et espagnole seront progressivement disponibles. Elles fonctionneront toutes en parallèles.

http://www.ecotheque.org/

"Chromo-architecture"

Il faudra s'habituer à ce néologisme inventé par l'architecte Marie-Pierre Servantie, auteur du présent ouvrage.

« L'art de construire en couleur » – sous-titre du livre – semble en effet promis à un avenir prometteur, une fois que l'on aura pour de bon tourné le dos au « siècle du gris-blanc-beige » qui fut celui des bâtisseurs depuis les grands campagnes de reconstruction de l'après-guerre. Et notre auteur de compléter, dans un compréhensible élan d'optimisme : « L'usage de la couleur [en architecture] apparaît à l'aube de ce XXIe siècle comme une nécessité vitale au même titre que l'air et l'eau. »

Forte de son expérience en ce domaine (elle a maints chantiers à son actif) et des enseignements qu'elle a tirés de ses contacts avec de nombreux maîtres de la couleur, Marie-Pierre Servantie prend tout d'abord le temps d'analyser les paramètres objectifs de la colorimétrie, notamment en se référant au Natural color system qui a été présenté dans ce blog : voir. Plus fondamentalement encore, elle rappelle le rôle indispensable de la couleur dans l'environnement humain et son impact sur le comportement des personnes : « Bien au-delà de son caractère plastique, elle implique vie, dynamisme, énergie action ; elle a une influence sur le comportement humain et donc sur la pensée. »

L'application au vaste domaine de l'art de bâtir est alors évidente. La couleur n'est pas seulement un complément, une option venant agrémenter ou parachever une construction. Elle « participe à l'essence même de l'architecture ». L'architecte se doit de l'intégrer dès les premières ébauches de son projet. Si la couleur, dans l'infinie richesse de ses nuances et modulations, est présente au coeur de la nature, pourquoi et comment pourrait-elle être absente du cadre de vie immédiat de l'être humain, à savoir de son habitat ?

Ces principes étant posés, Marie-Pierre Servantie insiste sur les compétences spécifiques qui vont, dès lors, s'imposer à la profession d'architecte : « La couleur et tous ses problèmes conceptuels seront de plus en plus gérés par une profession qui requiert sensibilité et technicité. Il est des réalisations architecturales prestigieuses qui intègrent la couleur dès l'origine, mais on ne colorie pas n'importe quoi, n'importe comment.[...] Les implications de la couleur sont telles que les domaines de compétences qu'elle requiert englobent l'art, la science, la technologie, l'ergonomie, la psychologie, la sociologie, la communication. »

Pour construire en couleur, l'architecte a à sa disposition diverses techniques (camouflage, intégration, mise en valeur, neutralité) et différents matériaux (naturels, semi-naturels, composites de synthèse, transparents, translucides ; peintures, vernis et enduits). Mais il doit sans doute et avant tout faire preuve d'imagination et de réalisme, ces deux atouts de toute vraie création : « La couleur nécessite de l'audace, du dynamisme, du changement, et surtout elle apporte une dimension en termes de communication pour sortir de l'anonymat et de la morosité. »

"Chromo-architecture - L'art de construire en couleur", de Marie-Pierre Servantie, éditions Alternatives, 2007, 160 pages

Céramique et climatisation



Le concours de la deuxième session de la Chaire de la Céramique d’Alicante (Espagne), intitulé Climagres, consistait à chercher des applications de la céramique dans des installations de climatisation. Il s’agissait d'inventer des solutions innovantes pour intégrer dans les oeuvres architecturales les appareils d’air conditionné, les conduits visibles, les unités terminales et les diffuseurs de tout type, en utilisant la céramique qui, par son bon comportement face à l’humidité, sa faible absorption d’eau, son hygiène et sa maintenance réduite, est le matériau adéquat.
Le premier prix a été décerné à Francisco Martinez Panadero, Josep Pascual Perez et Javier Pérez-Cuadrado pour le projet « Bambu Tube ». Cette proposition tente de résoudre le problème que pose l’emplacement des unités extérieures d’appareils d’air conditionné domestiques sur les façades des bâtiments. Pour les dissimuler en les intégrant dans la composition, les étudiants ont eu l’idée d’un système de tubes cylindriques en grès porcelainé de 1,3 m de haut et obtenus par moulage. Enroulés par filetage à une plate-forme métallique qui parcourt les façades, les tubes peuvent être de différentes couleurs, tailles, épaisseurs....
Deuxième prix à Sergio Hernandez Carretero, Pedro Rodenas Caparros et David Torregrosa Fuentes pour le projet « Diaframica». En réfléchissant au design d’une tuyère dans une installation de climatisation, les étudiants ont voulu échapper à l’idée et à la forme conventionnelle de l’entonnoir, comme élément statique et passif. Ici, la céramique est un acteur de l’installation d’air conditionné. Grâce à des impulsions provoquées par la pression de l'air, la tuyère en céramique est un élément mobile qui s'ouvre comme un diaphragme au passage du flux d'air et se referme. Réalisée dans un matériau comme le grès porcelainé, la forme de la pièce est celle d’un triangle équilatéral de 10 cm de côté.

Troisième prix à José Aguirre Martinez-Abarca, Jaime Montero Borrego et Pilar Morilla Manresa pour le projet « CLIM(b)ER ».
Une mention spéciale a été attribuée au groupe composé des élèves José Miguel Fernandez Mas, Héctor Maestre Deztell et Alejandro Quesada Gomez pour le projet «Gres-Bot», une céramique bioclimatique, véritable alternative aux systèmes d’air conditionné dans les appartements.
En été, le fonctionnement du système Gres-Bot est basé sur le fonctionnement naturel d'une cruche en grès : un courant d’air venant de l’extérieur circule à l’intérieur de pièces céramiques (à demi pleines d’eau) et produit un échange d’énergie. De cette façon, expulsant la vapeur d’eau vers l’extérieur, un rafraîchissement des pièces céramiques et de l’air intérieur est obtenu. En hiver, le système Gres-Bot fonctionne différemment. Les ventilations et le réseau d’évacuation d’eau se ferment de façon étanche, en comblant le système avec de l’eau chaude, de façon cyclique, afin d’obtenir un chauffage par radiation de façon naturelle et confortable. L’excès d’humidité dans l’air peut être assimilé par les pièces en céramique. Associés au système « Print-In », système de finition proposé à l’utilisateur, de nombreux traitements de surfaces sont proposés.

Un nouveau système de climatisation géothermique

L'université polytechnique de Valence a développé une technologie innovante de climatisation géothermique. Elle permet d'économiser 40% d'énergie par rapport aux systèmes traditionnels et diminue le risque de contamination par légionellose. Déjà très utilisé dans les pays nordiques, le système a été adapté aux caractéristiques du climat espagnol et des constructions méditerranéennes par une équipe de chercheurs de l'Université Polytechnique de Valence (UPV) dirigée par le professeur Javier Urchueguia.
La technologie a été testée dans une centrale pilote construite dans les bâtiments de l'école technique supérieure d'ingénieurs de la UPV. Cette installation nommée Geocool, a été développée dans le cadre d'un programme subventionné par la commission européenne. Elle est unique au monde puisqu'elle intègre un système traditionnel de climatisation mais aussi le nouveau procédé associé à un système de contrôle sophistiqué qui a permis aux chercheurs d'étudier de manière exhaustive tous les paramètres qui influent sur le processus de réfrigération. Les deux systèmes ont cohabité pendant 18 mois, aux termes desquels la climatisation par géothermie s'est avérée être 40% plus économe en énergie (et rejetant donc moins de CO2).
À la différence des systèmes traditionnels qui échangent la chaleur entre le bâtiment et l'air qui l'entoure, la climatisation géothermique cède ou extrait cette chaleur du sous-sol de l'édifice qui a une température plus modérée et constante que l'air. Ainsi, en été, la chaleur excédante se transmet au sous-sol au lieu d'être rejetée dans l'air. Un autre avantage de ce nouveau type de climatisation est d'éliminer une bonne partie du bruit des climatisations traditionnelles. Enfin, en supprimant les tours de réfrigération nécessaires aux systèmes conventionnels, il réduit les risques de contamination de légionellose.
Javier Urchueguia et Fernandez de Cordoba ont créé l'entreprise Energesis Ingeniera pour commercialiser cette technologie.

Source : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43207.htm

Détours d'objets


Éric est un designer hors du commun : il s'est spécialisé dans les créations artisanales écologiques. Chacune de ses oeuvres est une pièce unique, créée à partir d'objets qui se retrouvent, sans doute à leur plus grande surprise, assemblés et recyclés de manière artistique.
Il peut ainsi réaliser une lampe avec ce qui s'apparente à un carter de boîte de vitesses, l'abat-jour étant fait de plusieurs pièces d'aluminium. Ou bien une table à manger pour 6 personnes à partir d'une grande parabole de télécommunication en aluminium, avec une lampe centrale éclairant les verres et leur contenu de l'intérieur, le tout étant monté sur roulettes. Ou encore une lampe très "goldorakienne", aux yeux éclairants inclinacles, construite à partir d'un moteur de machine à laver, d'un embout d'aspirateur des années 60, de roulettes en acier et de diverses pièces en aluminium. Ou enfin un étonnant "Starkiki" (voir photo), un canapé fabriqué à partir d'une baignoire, équipé de cinq spots de lumière basse tension (1 dans le pommeau de douche et 4 au-dessus des étagères transparentes suspendues) et de deux variateurs de lumière dissimulés dans les robinets chaud et froid.
Des objets personnalisés peuvent être réalisés par l'artiste sur commande.
Le blog de ce sympathique "artisan écologiste" est la vitrine d'un travail créateur dans l'univers de l'insolite. Il apporte la preuve que le développement durable peut se nicher dans des recoins insoupçonnés. Il mérite à coup sûr le détour.

http://kikidesign.hautetfort.com/

Tout sur la Réglementation thermique 2005

Applicable aux permis de construire, depuis le 1er septembre 2006, la RT 2005 a pour objectif une amélioration de la performance thermique des bâtiments neufs des secteurs résidentiel et non résidentiel.
Inspiré par son savoir-faire en matière d'isolation, l'industriel Rockwool, spécialiste de la laine de roche, vient de créer un site Internet entièrement consacré à cette réglementation.
Après un rappel des textes fondateurs (Déclaration de Stockholm, Déclaration de Rio sur l'Environnement et le développement, Protocole de Kyoto, Programme national de lutte contre le changement climatique, Sommet mondial de Johannesburg sur le Développement Durable, Directive sur la performance énergétique des bâtiments, Plan Climat, Loi de programme du 13 juillet 2005 fixant les orientations de la politique énergétique) et des textes officiels, le site examine dans le détail l'essentiel de la RT 2005 et propose un outil de simulation réalisé sur la base de
9 maisons-type, 3 bâtiments industriels, 2 bâtiments commerciaux et 1 bâtiment logistique / stockage. En fonction notamment de la zone géographique et du type de chauffage, le calcul permet de simuler les solutions d'isolation en toiture, en murs, en plancher intermédiaire ou en plancher bas suivant les exigences de la RT 2005.
En introduction du site, Olivier Sidler, directeur de la société Enertech, résume avec force et conviction les enjeux de cette nouvelle réglementation : « La question est [...] de savoir quand est-ce qu’on commence à transformer les bâtiments et donc quand est-ce qu’on aura trouvé les moyens techniques et économiques pour y parvenir. Car nous n’avons pas le choix. Nous sommes condamnés à réussir ce pari technologique, ou à disparaître petit à petit. Toute discussion, toute procédure tentant à prouver le contraire ou visant à entraver cette démarche conduit à une perte de temps qui pourra coûter cher à l’humanité dans la course contre la montre qu’elle doit aujourd’hui entreprendre. La RT 2005 constitue un premier pas face aux enjeux énergétiques du XXIème siècle. »

http://www.rt2005.com/

mercredi 18 juillet 2007

CASA : le capteur à air solaire autonome

Pour les résidences secondaires ou autres locaux temporairement inoccupés, le CASA (distingué, en 2006, lors du Palmarès de l'Innovation organisé par le Plan Urbanisme Construction Architecture, avec l'appui de la Fédération française du Bâtiment) permet, sans consommation d'électricité, d'éliminer l’humidité par ventilation d’air chaud (100 m³ à 30/35°c), de maintenir en température le local, de renouveler l'air intérieur, de préserver la santé des occupants en éliminant les acariens, le radon et autres sources d'allergies, de contribuer à la protection du patrimoine bâti, de participer à la protection de l'environnement.
Le CASA fonctionne, en toute sécurité, de manière totalement autonome puisqu'il utilise l’énergie solaire thermique et photovoltaïque. Le coffre thermique chauffe l’air provenant de l'extérieur, tandis que le module photovoltaïque alimente le ventilateur en électricité. Celui-ci envoie l’air chaud dans la maison, un thermostat permettant de réguler cet apport de chaleur.

Dimensions du CASA : 205 x105 x9 cm
Température minimum de sortie d’air : 20°C
Température maximum de sortie d’air : 40°C
Débit d’air : 100 m³/h
Diamètre du conduit : 160 mm
Puissance moyenne : 450 watts

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Windside : l'éolienne à axe vertical

cliché extrait de www.cap-enr.com

Souvent mal considérés, de nombreux champs d’éoliennes à hélice se voient reprocher leur taille et certaines nuisances (bruit, pollution visuelle et,paradoxalement, impact écologique). De surcroît, leur efficacité est souvent remise en cause. En effet, la production d’électricité par l’éolien dépend de la vitesse du vent et des turbulences qui peuvent endommager des mécanismes complexes et fragiles.
La turbine à axe vertical est un astucieux compromis entre technologie et esthétisme, à la fois pour le particulier, les entreprises et les collectivités.
La coupe en spirale et une vitesse de rotation ne dépassant pas celle du vent la rendent totalement silencieuse. Les aubes spiralées captent toujours le vent à l’angle propice et ne s’arrêtent jamais. Une éolienne Windside commence, par exemple, à produire à partir de vents aussi faibles que 1.5m/s –2.8m/s et continuera de produire à 30m/s, 40m/s or 60m/s de vent en fonction du modèle.
Conçue il y a déjà plus de vingt-cinq ans de cela pour répondre aux exigences d'une utilisation autonome (sites isolés scientifiques ou militaires), la turbine à axe vertical résiste aux conditions climatiques extrêmes (tempêtes de sable et de vent), à la chaleur, à l'humidité et au gel, que ce soit en pleine mer ou en montagne.
Les éoliennes Windside peuvent produire de l'énergie pour l'éclairage (domestique, urbain) ou la ventilation ainsi que pour des systèmes de communication ou de mesure, des équipements de surveillance...
Silencieuses et sûres pour l'environnement et la population, elles peuvent être installées même dans des zones à forte densité de population.

Show Room
123 avenue Daumesnil - 75012 Paris
tél.: 01 49 28 06 19
info@cap-enr.com
http://www.cap-enr.com/

Les zones de développement de l'éolien

Photo extraite de www.enr.fr

Depuis le 15 juillet 2007, l’installation d’éoliennes en France s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire : les Zones de Développement de l’Éolien (ZDE).
Désormais, pour bénéficier du tarif d’obligation d’achat fixé, pour une durée de 15 ans, par l’arrêté ministériel du 10 juillet 2006, les parcs éoliens devront être situés sur ces territoires choisis par les communes.
Le coût du kWh éolien a la particularité d’être complet car il ne nécessite pas la prise en compte des coûts externes. Il est indépendant du prix du baril de pétrole pour lequel tous les experts confirment qu’il continuera d’augmenter.
L’énergie éolienne a déjà démontré ses qualités dans de nombreux pays européens, tels que l' Allemagne et le Danemark. En France, la programmation pluriannuelle des investissements 2005-2015 précise qu' « il n'y [a] pas d'ici 2015, en France, d'autre choix que l’éolien pour un développement significatif des énergies renouvelables dans la production électrique ». Cette forme d’énergie sera donc l’un des principaux atouts pour satisfaire l’objectif défini par le Conseil de l’Europe en mars dernier 2007, fixant à 20% la part d’énergies renouvelables dans la consommation des États membres d’ici 2020
Avec le nouvel outil que constituent les ZDE, les industriels espèrent que l’énergie éolienne prendra son envol et contribuera ainsi à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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mardi 17 juillet 2007

Firewinder® : c'est beau, ça tourne et ça ne sert à (presque) rien !


Produire de l'électricité avec l'énergie du vent : on y avait, certes, déjà pensé. Sinon, à quoi ça sert que les fabricants et installateurs d'éoliennes se décarcassent ?
Il n'empêche que Firewinder®, une invention du jeune Tom Lawton, ne passe pas inaperçu au Royaume de Sa Gracieuse Majesté.
Il s'agit d'une sorte d'hélice très décorative, de 75 cm de longueur et 22 cm de diamètre, qui aime jouer avec le vent, de quelque direction qu'il vienne, créant « a simple yet magical visual effect ». Sous l'effet du vent, l'hélice devient une source d'énergie. En clair : d'électricité, puis de lumière.
Le rêve de Tom serait que son invention soit adoptée comme un symbole international des énergies alternatives. Il souhaite dans la foulée avoir l'autorisation d'entourer, avec un anneau de ses hélices-lumignons, l'une des montagnes sacrées du Bouthan.
Le message est évident, à cette nuance près qu'il est exprimé avec l'art et la manière.

Il a bien été précisé dans le titre de cette note : "presque" rien. On ne peut en effet que faire le lien entre cette "invention" et les éoliennes à axe vertical qui fonctionnent depuis... 25 ans ! Voir la note consacrée à Windside.

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Harmonie en sous-sol

Les premiers troglodytes sont vraisemblablement apparus vers la fin de l'ère néolithique, avec les débuts de la métallurgie et l'apparition d'un mode de vie sédentaire. Sous toutes les latitudes, à toutes les périodes, les hommes ont "fait leur trou" pour y vivre et y travailler. Aujourd'hui encore, des millions de personnes vivent sous terre, de plein gré ou poussées par des contraintes économiques. On les trouve notamment en Chine, au Japon, en Tunisie (Matmata) et en Turquie (Cappadoce).

Village Rochemenier

En France, dans le Sud-Saumurois, on assiste depuis une trentaine d'années à un regain d'intérêt pour le troglodytisme. En plus des anciennes carrières d'extraction du tuffeau ou du falun devenues aujourd'hui des champignonnières ou des caves vinicoles, des maisons enterrées ou "caves demeurantes" ont commencé à revivre comme résidences secondaires ou même principales. Paradoxalement, alors que les habitants troglodytes des années 1930-40 auraient tout fait pour sortir de leur "trou à rats", les nouveaux "troglos" trouvent à ce type d'habitat toutes les vertus et de nombreux avantages: coût d'achat modique, fiscalité assez floue, qualité d'isolation thermique, proximité de la nature, priorité à l'imagination pour créer et développer cette "architecture sans architecte", facilité de construction (il suffit de prendre la pioche et la pelle pour agrandir une pièce ou creuser un rangement supplémentaire et si l'on tombe malencontreusement chez le voisin, il suffit de reboucher le trou!).
Qui plus est, la technique a son mot à dire. Un habitat troglodytique n'est pas nécessairement humide, sombre, peuplé de chauves-souris ou autres intrus terrifiants. Il ne risque pas non plus de s'effondrer au moindre éternuement, quand bien même une faille verticale ou horizontale dans la roche surplomberait pile poil votre lit!
Bien entendu, les "troglos" actuels passent tous, à un moment ou à un autre, pour des originaux, des farfelus, des allumés, des babas cool attardés. «Il faut, remarque ironiquement l'architecte angevin Bruno Duquoc, pour adopter ce style de vie, être au moins aussi tordu que les murs qui vous protègent!» Mais la vérité vraie se moque de tels qu'en-dira-t-on. «L'habitat troglodytique connaît aujourd'hui un regain d'attention, après une longue période d'abandon. L'introduction de l'électricité dans le milieu souterrain a été un facteur déterminant dans le processus de reconquête et de réhabilitation. À travers elle, l'homme reprend possession d'un espace voué à la pénombre et à l'obscurité. Et puis, habiter sous terre, c'est affirmer sa volonté d'avoir un logis original, plein de pittoresque, qui sera en tous points différent de celui du voisin; c'est aussi accepter de vivre dans un univers minéral, au contact de l'élément naturel; c'est se doter d'une demeure à un moindre coût et rechercher une parfaite intégration à l'environnement tout en se tournant vers les racines de notre passé.» (Martine Hubert-Pellier, La Touraine des troglodytes, CLD, 1992)
Contrairement aux techniques habituelles de construction, l'habitat troglodytique est construit "en négatif". Plus besoin de bois, de pierres, d'ardoises, de tuiles, de chaume ou des autres matériaux traditionnels. La construction progresse au fur et à mesure que le vide est créé, par suppression de la matière, au gré des besoins en place et en aménagements intérieurs.
Quant au confort d'une maison troglodytique, il ne pose aujourd'hui aucun problème majeur particulier. L'installation d'une ventilation mécanique contrôlée et d'un chauffage d'appoint par le sol, en complément des autres aménagements indispensables (eau courante, évacuation des eaux usées...), crée des conditions de vie on ne peut plus acceptables. Même la lumière naturelle est totalement intégrée dans la mesure où les espaces régulièrement habités ont une ouverture sur l'extérieur.
La différence commence avec l'abandon de la ligne droite. Il n'est pas deux habitats troglodytes semblables, car les volumes sont créés au gré de l'imagination et de l'imagination des habitants. Mais, commente avec une évidente délectation Bruno Duquoc, «quel plaisir d'abandonner, au moins momentanément, la règle et l'équerre!».

Habiter la mer : le rêve devenu réalité



Le rêve d'habiter la mer, pour un séjour plus ou moins prolongé, ne date pas d'aujourd'hui.Est-il besoin de rappeler Jules Verne et son Vingt Mille Lieues sous les mers ? À bord du Nautilus, le capitaine aquanaute Nemo vit en totale autarcie, faisant appel aux ressources de l'océan. Il n'y a guère que les dieux de l'Antiquité à avoir accompli pareille performance.
Comblant le (léger) décalage entre le rêve et la réalité, des savants commencent effectivement à explorer les fonds marins à partir des années 1930, dans des volumes habitables sous pression atmosphérique. Avec leur bathysphère, le biologiste américain William Beebe et l'ingénieur Otis Barton atteignent la profondeur de 907 m en 1934. Le bathyscaphe inventé par le physicien suisse Auguste Piccard (1884-1962) est un engin totalement autonome dont la version Trieste atteindra, en 1960, la profondeur record de 10 914 m dans la fosse des Mariannes, avec à son bord Jacques Piccard, fils d'Auguste, et l'Américain Don Walsh.

Faisant suite aux expériences du commandant Cousteau et de l'Ifremer, la recherche au cours des années 1960-70 va dans le sens de véritables "maisons sous la mer" autorisant des séjours de quelques semaines et des sorties régulières des océanautes. En 1963, deux maisons sont ainsi immergées dans la mer Rouge, à 9,50 m et 25 m de profondeur. Cette expérience sera suivie par Précontinent III (100 m de profondeur pendant 20 jours) qui démontrera que la vie à bord des maisons immergées «n'altère aucunement les facultés des plongeurs».

Aujourd'hui, Jacques Rougerie a pris le relais du rêve séculaire. Cet architecte, influencé par l'imaginaire de Jules Verne, crée et rend opérationnels depuis 1975 des habitats sous-marins et des bateaux à coque transparente. À son actif, entre autres réalisations : Ocean Observer, un habitat-laboratoire dérivant au gré des vents et des courants, pouvant accueillir deux personnes ; Hippocampe I et II, d'une capacité de 2 à 4 personnes ; Aquabulle I et II, des abris sous-marins pour des activités professionnelles ou touristiques ; Galathée, un habitat-laboratoire sous-marin semi-mobile destiné à des programmes de recherche scientifique et technique (capacité de 4 à 7 personnes).
cliché extrait de www.archispass.org

Le tout nouveau projet de Jacques Rougerie et de son équipe pluridisciplinaire a pour nom SeaOrbiter. Ce vaisseau semi-submersible aux formes futuristes aura pour fonction d'être une plate-forme d'observation des milieux océaniques. Il sera, dans ce but, équipé d'un module pressurisé offrant un accès direct et permanent au monde sous-marin. Cette véritable sentinelle de la mer, portée par la dérive des courants, sera habitée en permanence, sur des périodes allant de quelques jours à quelques mois. Développée et testée avec la contribution de la société française Comex et de l'institut norvégien Marintek, elle sera opérationnelle en 2008-2009 pour ses premières missions dans le Gulf Stream, puis dans l'océan Pacifique, et enfin l'océan Indien. Dix-huit personnes, dont huit en zone pressurisée, pourront être accueillies à bord de ce vaisseau de 31 m de long, 23,80 m de large et 51 m de hauteur (20 m de hauteur émergée, 31 m de hauteur immergée).

À l’exemple du programme Neemo, qui prépare, dans un habitat sous-marin fixe, les astronautes de la Nasa aux futurs vols habités longue distance, l’habitat sous-marin
intégré du vaisseau SeaOrbiter, véritable simulateur spatial, permettra de mettre en place, sur de longues périodes, des expériences de confinement et de confrontation d’un équipage aux conditions de vie en milieu hostile. En s’inscrivant dans le cadre du développement du Réseau Océan mondial, placé sous l’égide de l’Unesco et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le projet SeaOrbiter se positionne comme une plate forme informative et éducative, véritable sentinelle veillant en permanence sur la santé des océans de notre planète.
Une fois encore, Jules Verne a eu raison lorsqu'il affirmait : «Tout ce qu'un homme peut imaginer, d'autres hommes sont capables de le réaliser.»

lundi 16 juillet 2007

Hazara : un habitat d'urgence imaginé par des étudiants en mécanique et génie civil

Photo extraite de www.cdt.univer-brest.fr

Ayant emprunté son nom à une ville pakistanaise sous laquelle s'est situé l'épicentre d'un tremblement de terre dévastateur en octobre 2005 (plus de 20 000 victimes), Hazara est une association à but non lucratif créée la même année par six étudiants en mécanique et génie civil de l'École normale supérieure de Cachan et de l'Université Pierre et Marie Curie. Son but : inventer un habitat adapté aux zones accidentées et à risques.
Après une catastrophe naturelle, les victimes se retrouvent en effet sans logement pendant les années de reconstruction, et leur survie même est parfois compromise, principalement à cause du froid. Dans les premières semaines qui suivent la catastrophe, les organismes humanitaires sont généralement présents sur le terrain et mettent en place dans l'urgence des tentes en toile fine, pouvant servir d'abris pendant quelques mois tout au plus. La situation des victimes est ensuite critique : il leur faut retrouver une vie quotidienne et commencer à reconstruire les bâtiments et infrastructures démolis. Mais aucun dispositif de logement à moyen terme n'est alors prévu pour les sinistrés et leurs familles.

L'habitat Hazara est conçu pour accueillir une famille de huit personnes pendant 5 ans. Fabriqué à partir d'une structure légère pouvant être montée rapidement, sans outils et sur tout type de sol, il comporte deux espaces séparés de 16 m² chacun : une zone de couchage et un lieu de vie pour la journée. Deux toiles sont fixées à la structure : une toile de tente à l'intérieur et une surtoile par-dessus, de manière à laisser une couche d'air entre les deux toiles. Un tapis de sol vient compléter l'étanchéité de l'habitat.
Pour isoler thermiquement l'habitation, la toile de tente est fabriquée à partir d'un isolant léger, souple et très performant, composé de deux couches d'ouate séparées et recouvertes par trois films aluminisés. Avec ses 2 cm d'épaisseur au maximum, cet isolant est aussi performant qu'une épaisseur de12 cm de laine de verre.
La surtoile et le tapis de sol sont fabriqués avec des toiles plus classiques : la surtoile est en toile de coton imperméabilisée et ignifugée, et le tapis de sol en toile plastifiée et également ignifugée.
La structure peut supporter des surcharges importantes (un mètre de neige, par exemple) et des vents forts.

Pour soutenir financièrement le projet et permettre à l'association Hazara de fabriquer un prototype qui pourrait être présenté aux organismes humanitaires, des dons (déductibles des impôts) peuvent être adressés à :

Association Hazara
École normale supérieure de Cachan
61 avenue du Président Wilson – 94235 Cachan Cedex

+ d'infos

hazara@lists.crans.org

dimanche 15 juillet 2007

Le "Cookit" : un cuiseur solaire familial pliant


Photo extraite de www.williamgbecker.com

Il ne s'agit ni d'un four solaire, ni d'un réflecteur parabolique, mais plutôt d'un astucieux mélange entre les deux. Ce cuiseur a été inventé par le Français Roger Bernard et l'Américaine Barbara Kerr, avec la contribution de Jay Campbell, Edwin Pejack et Bev Blum, de Solar Cookers International. Des essais réalisés aux USA et avec des réfugiés au Kenya ont confirmé ses performances, sa facilité d'utilisation, son faible coût et son adaptabilité aux besoins divers.
Il permet de cuire les aliments et le pain, de pasteuriser l'eau et d'apprendre les bases de l'énergie solaire.


Pour la fabrication (voir schéma) : découper et plier un grand morceau de carton de 1m x 1.33m. Les angles et plis indiqués sont les meilleurs, mais de faibles écarts sont sans importance.
Pour faire des plis droits dans du carton, commencer par faire une marque le long du trait avec un objet non tranchant comme un manche de cuiller, puis plier en s'appuyant sur un angle rectiligne.
Coller du papier d'aluminium sur la face qui se trouvera à l'intérieur lorsque le cuiseur sera monté.
Pour le montage, étaler le panneau, côté brillant au dessus. Replier les parties avant et arrière et engager les coins dans les fentes de l'avant.
Placer la nourriture dans un pot de couleur sombre. Mettre ensuite le pot dans un sac en plastique et le placer au centre du cuiseur.

+ d'infos

samedi 14 juillet 2007

Plus de la moitié de la population mondiale vit désormais en ville

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, les citadins sont plus nombreux que les ruraux : c'est ce que révèle un rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et de la Banque mondiale.
La population mondiale s'élève actuellement à 6,6 milliards d'habitants, dont un peu plus de la moitié vit en milieu urbain, pour la plupart dans les pays en développement. D'ici à 2050, selon le rapport, elle fera un bond de plus de 37 %, pour atteindre 9,076 milliards d'habitants, les plus fortes augmentations s'enregistrant en Asie et en Afrique.
« Ce qui se passe dans les villes d'Afrique, d'Asie et d'autres régions va donner forme à notre avenir commun, a déclaré la directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population, Thoraya Ahmed Obaid. Nous devons abandonner une mentalité qui résiste à l'urbanisation et agir maintenant pour lancer un effort mondial concerté qui aidera les villes à libérer leur potentiel dans le but de stimuler la croissance économique et de résoudre les problèmes sociaux. »
La croissance étant inévitable, les gouvernements doivent élaborer en temps utile des politiques qui permettent de transformer de potentielles crises en opportunités. « S'ils attendent, il sera trop tard, précise Mme Ahmed Obaid. Cette vague d'urbanisation est sans précédent. Les changements sont trop vastes et trop rapides pour permettre aux planificateurs et aux décideurs de se borner à réagir : en Afrique et en Asie, le nombre de citadins augmente d'environ un million chaque semaine en moyenne. Les dirigeants doivent faire preuve de perspicacité et prendre des mesures prévoyantes afin d'exploiter pleinement les possibilités offertes par l'urbanisation. »
William Cobbett de la Banque mondiale, directeur de l'Alliance des villes, coalition mondiale des villes appuyée par la Banque et visant à réduire la pauvreté en milieu urbain, a déclaré que le rapport de l'ONU identifie « trois urgentes initiatives de politique » : reconnaître le droit des populations pauvres de vivre en ville, en abandonnant toute tentative de décourager la migration et de freiner la croissance urbaine ; adopter une vision large et à long terme de l'utilisation de l'espace urbain (en fournissant des terrains viabilisés au minimum pour la construction de logements, en assurant une planification anticipée afin de promouvoir une utilisation durable des terres, et en portant le regard au-delà des limites des villes pour réduire au minimum leur « empreinte écologique ») ; et engager des efforts internationaux concertés visant à appuyer des stratégies pour l'avenir des villes.
Quatre des dix « mégavilles » (abritant au moins 10 millions d'habitants) se trouvent en Asie du Sud - Bombay, Calcutta, Delhi et Dhaka. L'Asie abrite les 3/5ème de la population mondiale, mais c'est l'Afrique qui connaîtra la plus forte croissance démographique au cours des prochaines décennies, indique le rapport.
D'après les projections, la population africaine sera plus de deux fois plus nombreuse d'ici 2050 : elle passera de 945,3 millions à l'heure actuelle à 1,937 milliard d'habitants, 88% de cette croissance étant enregistrée en Afrique subsaharienne où se trouvent bon nombre des pays les plus pauvres de la planète.
Si l'Afrique est encore principalement rurale, la future croissance s'observera pour l'essentiel dans les zones urbaines, dont la population passera de 294 millions d'habitants en 2000 à 742 millions en 2030.
Le rapport souligne que la population des autres régions en développement croîtra rapidement, allant de 335 millions à 598,5 millions d'habitants d'ici 2050 dans les pays arabes, et de 576,5 millions à 782,9 millions d'habitants dans les pays d'Amérique latine et des Caraïbes.
En Amérique du Nord, le rythme de croissance devrait être nettement plus lent d'ici à 2050, la population canadienne passant de 32,9 millions à 42,8 millions d'habitants, et celle des États-Unis de 303,9 millions à 395 millions d'habitants.
L'Europe et certains pays de l'ex-Union soviétique sont les seules régions où l'on s'attend à une baisse démographique. La population européenne devrait diminuer de 727,7 millions à 653 millions d'habitants, et celle de la Russie de 141,9 millions à 111,8 millions d'habitants.
La population ukrainienne connaîtra la plus forte baisse, soit de 45,5 millions à 26,4 millions d'habitants, cette tendance étant alimentée par un faible taux de fécondité ainsi que par la migration continue, notamment la mobilité interne au sein de l'ex-Union soviétique.
Le rapport relève que même si beaucoup d'attention est accordée aux 20 mégavilles du monde, plus de la moitié des citadins de la planète vivent dans des villes de moins de 500.000 habitants.
Il ressort de l'étude que ces villes de plus petite taille disposent de terrains non aménagés et possèdent le potentiel économique pour faire face aux chocs démographiques, mais elles sont handicapées par l'inhabitabilité des logements et l'insuffisance des infrastructures, notamment celles d'approvisionnement en eau et d'assainissement.
L'un des mythes de la croissance urbaine, souligne le rapport, est que l'exode rural doit être contenu. Le rapport note que les migrants qui s'installent en ville opèrent généralement des « choix rationnels » qui leur donnent plus d'options d'habitabilité que n'auraient pu leur offrir les villages ruraux. (*)
L'ouvrage Migrations internationales, développement économique et politique que vient de publier la Banque mondiale tire une conclusion similaire.


(*) Aussi fondé et respectable que soit ce rapport, il est certain que les défenseurs et militants de la "ruralité" n'accepteront pas que leurs analyses soient ainsi réduites à un simple "mythe". Le dilemme ville-campagne est aussi vieux que le monde. Le combat de ceux qui prônent une meilleure "habitabilité" des villages ruraux méritent, à mon avis, une meilleure considération. (M.C.)

vendredi 13 juillet 2007

Éco-prêts™, le comparateur de prêts bancaires pour les travaux d'économies d’énergie

D’importants investissements sont à prévoir par les particuliers pour rendre leur logement plus économe en énergie. Face à la multiplicité des offres de prêts spécifiques proposées par les banques françaises pour accompagner ces investissements, il est difficile de s'y retrouver. D'où l'intérêt d'Éco-prêts™, le premier comparateur de prêts mis au point par l'Ademe et Testé Pour Vous.
Soixante propositions de prêt ont ainsi été analysées depuis le début de l’année 2007, dont 85 % concernent les travaux d’économies d’énergie dans le bâtiment.
Il en ressort que les prêts proposés par les banques pour effectuer des travaux d’économies d’énergie financent quasiment tous le même type d’équipement : la liste des équipements éligible est la même que celle du crédit d’impôt. Ils sont classés par l'Ademe et Testé Pour vous en trois catégories : «satisfaisant», «moyen» et «insuffisant».
Chaque prêt est analysé sur la base de quatre critères : coût, montant/durée, souplesse du prêt et caractéristiques techniques des investissements éligibles.
Au 2 juillet 2007, sur les 66 prêts référencés :

  • 6 sont dans la catégorie «bon» ;

  • 44 sont dans la catégorie «moyen» ;

  • 6 sont dans la catégorie «insuffisant» ;

  • 10 ne sont pas classés (prêts auto ou accession trop peu nombreux pour être comparés, ou bien prêts pour lesquels certaines informations n’ont pas été communiquées par les banques)

Une fiche détaillée est consultable pour chacun de ces prêts.
Un formulaire à remettre aux banques pour bénéficier des prêts travaux d’économies d’énergie est également téléchargeable sur le site.
Éco-prêts™ sera mis à jour tous les trois mois pour tenir compte des nouvelles offres qui apparaîtront sur le marché et de l’évolution des conditions financières des offres existantes.

Accès à Éco-prêts

jeudi 12 juillet 2007

Record mondial de vitesse pour un véhicule solaire

Cliché : http://www.sunswift.com

L'Université de Nouvelle-Galles du Sud a battu le record de vitesse de la traversée trans-australienne en véhicule solaire. La voiture de l'équipe, baptisée "Jaycar Sunswift III", a roulé environ 700 km par jour, pendant 5 jours, à la vitesse moyenne de 70 à 80 km à l'heure, pour traverser d'Ouest en Est le continent australien, de Perth à Sydney.
L'équipe, composée de 11 étudiants, a ainsi amélioré le record précédent -inégalé depuis 1994- de 3 jours. Il fallait 20 jours pour couvrir la même distance il y a 25 ans.
La puissance de crête des panneaux solaires couvrant le véhicule est d'environ 1800 W, une nette amélioration par rapport à celle des panneaux solaires du prototype précédent (UNSW Sunswift II) dont la puissance était comprise entre 1000 et 1500 W.

Source : bulletins électroniques du ministère des Affaires étrangères (Maïté Le Gleuher)

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43448.htm

Pas de vacances pour le droit au logement !

Même si elle se félicite de la prise de conscience qui a conduit au vote de la loi instituant un droit au logement opposable, l'association Emmaüs ne cesse de dénoncer, avec d’autres mouvements de solidarité, les effets désastreux de l’exclusion par le logement qui ne cesse de progresser en France.
L’ampleur du décalage entre les besoins et les capacités de réponse dénoncée par la Fondation Abbé Pierre dans ses rapports annuels exige un effort spécifique de l’État et des mesures à caractère exceptionnel en faveur du logement social. On n’a jamais tant construit ces dernières années et on constate une pénurie alarmante de production de logements sociaux (moins de 10% de la construction) et très sociaux (moins de 2%) face aux demandes prioritaires de logements. Les personnes n’arrivant plus à se loger optent parfois pour des solutions d’hébergement qui ne leur sont pas destinées. Certaines familles ont recours aux chambres d’hôtel. Cette situation est absurde. Elle entraîne un coût excessif pour la collectivité publique et n’apporte aucune garantie d’accompagnement pour aider ces familles à s’en sortir.
Il est urgent que les décideurs politiques s’engagent fermement sur la construction de logements à vocation sociale avec des loyers compatibles aux revenus des ménages prioritaires.
Le manque de logements locatifs à loyer accessible rend notamment plus improbable la réussite des démarches d’insertion sociale des jeunes, renforcée par les difficultés que ceux-ci rencontrent pour trouver des garants et de fournir des cautions exigées par les bailleurs. Notre société laisse seuls les jeunes les plus vulnérables en situation de précarité et de danger face au marché de l’emploi et à la crise du logement.
Emmaüs demande une politique ambitieuse du logement social et un budget 2008 à la hauteur de cette ambition. Le mouvement demande ainsi :

  • que la responsabilité de l’État et des collectivités locales soit effectivement engagée pour un vrai droit au logement opposable ;

  • qu’un recensement détaillé des besoins en logements et places d’hébergement soit réalisé ;

  • que soient fixés par l’État des objectifs assortis d’un échéancier précis et que l’État donne les moyens financiers aux collectivités locales pour atteindre ces objectifs ;

  • que soit engagée une mobilisation de tous les contingents (État, collectivités locales, collecteurs 1% logement) en faveur des ménages prioritaires.

Emmaüs réaffirme qu’un hébergement n’est pas un logement mais une transition vers le logement. Le droit au logement ne résoudra rien à la crise actuelle si l’application de la loi n'entraîne qu’un droit à l’hébergement pour les personnes qui sont aujourd’hui mal logées ou sans-abri.

Signataires : Emmaüs France et ses membres en charge des questions de logement et d’hébergement (l’association Emmaüs, la fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés, les Toits de l’Espoir).



Mariage durable


Créée par les trois "têtes blondes" Fanny, Valentine et Anne-Sophie, l'agence de création et de coordination d'événements Histoires d'Envies propose, entre autres compétences, l'organisation de mariages sous le signe de l'écologie.
Sous l'étiquette Écolo Chic, le "mariage bio" comporte, dans ses préparatifs et le déroulement de la noce, tous les ingrédients du développement durable : de la robe de mariée en fibres naturelles au traiteur bio, aux faire-part sur papier recyclé, ou encore à l’écotourisme pour le voyage de noce, Histoires d’Envies se charge de « mettre au vert » le plus beau jour de la vie.
Un mariage "durable" : belle symbolique en effet par le temps qui courent !

Histoires d'Envies
Villa d'Este - 22, rue de la Paix
94300 Vincennes


http://www.histoiresdenvies.com/

mercredi 11 juillet 2007

Le come-back des dinosaures

Cliché extrait de http://www.neandertal-expo.com

Disparu de la circulation il y a un "certain temps" (l'extinction massive des dinosaures, à l'exception des oiseaux, à la fin du Crétacé, remonte quand même à 65 millions d'années environ !), le dinosaure a commencé à repeupler notre univers. Sans doute pas encore celui de notre bonne vieille Terre, mais pour le moins celui de notre imaginaire sur fond d'études très savantes, d'expositions proposées par des institutions on ne peut plus sérieuses et de recherches ou initiatives plus fantaisistes.
Au nombre de ces initiatives, l'une fait actuellement un véritable tabac. Il s'agit d'un mouvement, imaginé et animé par un certain Dino (difficile d'imaginer un pseudo mieux calibré...). Son slogan, sa cause : « La réintroduction des dinosaures est absolument indispensable pour l'avenir de notre planète. »

Afin de « participer à la fête », autrement dit de réhabiliter le célèbre "terrible reptile", les Dinophiles sont invités à faire preuve d'imagination. Le mode d'emploi fédérateur est le suivant :

  • utiliser un sticker, une carte, un dessin, une affiche ou tout autre support représentant la silhouette d'un dinosaure ;

  • mettre ce support bien visible en situation (tout en respectant la loi de l'affichage et de la non dégradation du bien public) ;

  • prendre une photo de la situation et l'adresser au site Internet www.thedino.eu

Aujourd'hui, le mouvement a conquis une audience internationale et regroupe des centaines de milliers, voire des millions d'adeptes ou militants. Il fait l'objet de campagnes d'affichage et d'interventions de plus en plus fréquentes dans la presse, à la télévision...

Pour compléter sa dimension interactive, il s'est doté également d'un blog nullement donneur de leçons ou monodirectionnel, mais « lieu d’échanges et d’interactions communicatives à entrées multiples » : http://www.thedino.org/

mardi 10 juillet 2007

Alignements

Conques


Place Saint-Pierre - Rome


Volubilis - Maroc


Alignements de Lagatjar - Presqu'île de Crozon - Finistère


Olympie - Grèce


La Havane - Cuba


Mont-Saint-Michel


Cloître de la cathédrale de Lima - Pérou


Greenwood - Louisiane


San Cristobal - Mexique


Philae - Haute-Egypte


Venise


Saint-Pétersbourg - Russie


Edfou - Egypte


El-Djem - Tunisie


Karnak - Egypte


Houmt Souk - Djerba


Abbaye de Thoronet

Construction : la palme du gigantisme

cliché Burj-al-arab.com

L'émirat de Dubaï est entré dans l'ère de l'après-pétrole. Pour assurer ses arrières, il s'est lancé dans des projets pharaoniques d'aménagement de son territoire, en misant sur le tourisme de luxe et les investissements immobiliers réservés aux plus grandes richesses de ce monde.
Dubaï est ainsi actuellement un gigantesque chantier où les records de la démesure sont devenus quotidiens.

Burj al-Arab est d'ores et déjà le plus haut hôtel du monde (321 m). Construit sur une île artificielle, il a la configuration d'une voile géante. Ouvert au public en décembre 1999, il ne comporte que des suites doubles dont la plus petite occupe une superficie de 196 m² et la plus grande, 780 m². Comptez quand même, si vous souhaitez réserver, entre 1000 $ et 28000 $ la nuit !
Burj Dubaï sera la tour la plus haute du monde. En cours de construction depuis 2004, elle sera achevée en 2009. Elle comportera 166 étages, mais sa hauteur finale reste toujours un secret.
Le projet Palm Islands comporte la construction de trois îles artificielles en forme de palmiers : Palm Deira (18 km de long, 9 km de large), Palm Jumeirah et Jebel Ali. « Chaque palmier est composé d'un tronc central qui accueille des infrastructures de transport, des commerces, des services, des attractions touristiques et de loisir et des immeubles résidentiels. À partir de ce tronc partent un certain nombre de palmes qui abritent soit des résidences de luxe, soit des attractions touristiques et de loisir. Chaque ensemble est ceinturé par une digue de protection qui arrête la houle et assure la pérennité de ces construction réalisée en grande majorité de sable prélevé sur le fond de la mer. » (Wikipédia)


Dubaï Waterfront Co

Le Dubaï Waterfront est un projet de construction, à la fois sur terre et sur mer, qui comportera un quartier résidentiel et hôtelier, sous la forme d'une immense marina. Ce projet prévoit le creusement de canaux et la création d'îles. Il abritera le Dubaï Mall, le plus grand centre commercial du monde.
L'archipel The World aura la forme d'un planisphère avec chaque continent, le tout ceinturé par une digue de protection. Quelque 300 îles y seront créées pour être allouées à des commerces et à de luxueuses résidences.


The Pearl-Qatar

Pour ne pas être en reste, le Qatar s'est également lancé dans la course avec son projet The Pearl. Sur une superficie de 4 millions de mètres carrés, plus de 7600 logements seront construits pour accueillir 30 000 habitants. The Pearl comportera une île, avec trois marinas, complétée par une immense jetée qui desservira des îles privées. Il n'est sans doute pas nécessaire de le préciser : « Cette île est avant tout conçue pour être un paradis pour les grands de ce monde. »

Cette folie des grandeurs ne doit pas occulter une autre réalité : celle des conditions de vie et de travail sur les chantiers où sont employés de très nombreux ouvriers immigrés. « Sous-payés, mal-logés et corvéables à merci, les étrangers viennent d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, de Chine, des Philippines, du Sri Lanka, d’Afghanistan, de Syrie ou encore du Yémen. À leur arrivée, l’employeur leur confisque leur passeport en échange du contrat de travail et prend garde de les reconduire à l’aéroport dès la fin du contrat. Parmi ces forçats du béton armé, certains avaient participé en septembre dernier à une marche silencieuse dans le centre-ville pour réclamer 4 mois d’arriérés de salaire. Ils travaillaient sur le chantier de Palm Jumeira, une île artificielle en forme de palmier qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Une première qui a fait depuis des émules. D’après le quotidien Golf News, malgré l’absence de chiffres officiels, il y aurait eu au moins six mouvements de protestation de ce genre rien qu’au mois de mars… » (Olivia Marsaud, RFI)



Cliché Google Earth


cliché Google Earth






lundi 9 juillet 2007

L'’estaminet de Sire Jérôme


Le concours 2005 des Rubans du Patrimoine s’est terminé en beauté pour la petite commune de Gonnehem, dans le Pas-de-Calais, avec un Premier prix national, en catégorie communes moins de 3 500 habitants. Cette distinction bien méritée est due à la réhabilitation d’un presbytère en estaminet.
Une étrange reconversion, au terme d’une histoire quelque peu mouvementée qui mérite effectivement le détour.


L’histoire se passe à Gonnehem, dans le Pas-de-Calais, un village de 2 239 habitants, paisiblement installé entre les collines finissantes de l’Artois et la plaine, capricieuse à ses heures, de la Lys. Ne me demandez surtout pas comment il faut s’y rendre. Je sais simplement que j’ai pas mal zigzagué au milieu de champs de blé, de maïs, de betteraves, de pommes de terre et autres légumes. De toute façon, avec leur affabilité légendaire et non moins réelle, les gens de ch’Nord vous remettront sur le droit chemin si vous vous trompez de départementale.
Bref, nous voici à Gonnehem. Rien de bien folichon, au premier abord, d’un point de vue touristique. Un village rural, comme tant d’autres dans la France dite "profonde", sans la moindre trace de feux tricolores pour régler la circulation automobile. Un cimetière militaire britannique à l’entrée, pour rappeler, si besoin était, le carnage d’une certaine guerre. Des maisons proprettes, sagement alignées, la plupart construites en briques, ce « matériau populaire qui peut chanter ». Une église du XVIè siècle, dont les cloches vous rappellent l’heure en sonnant, fait exceptionnel, à peu près juste. Quelques gamins qui jouent sur la place de la mairie et vous saluent d’un « bonjour ! » spontané et bien souriant. Un "p’tit marché tout frais tout près". Deux départs de sentier pédestre, l’un dit du Fouan, l’autre de la Nave, en attendant un petit dernier pour la route, qui porte déjà le nom de sentier des Écoliers. Quelques "sites patrimoniaux remarquables" : le manoir Saint-Michel, le château de Werpe, un château-ferme du XVè siècle… De-ci de-là, des enseignes témoignant d’une étonnante vitalité associative : école municipale de musique, centre culturel Saint-Joseph, siège colombophile "la Mosaïque", etc. (renseignements pris, les associations sont au nombre record de trente-sept)

La querelle de clocher n’a pas eu lieu
Au cœur de cette localité, planté entre l’église et la toute nouvelle mairie, le presbytère menaçait ruine, en dépit de sa place majeure dans l’histoire et le cœur des Gonnehemois. Françoise Delvoye, maire de Gonnehem, et Frédéric Évard, architecte DPLG chargé de la restauration du site, nous présentent l’histoire de ce bâtiment peu banal.
Il a été construit en 1779 pour les moines de l’abbaye Saint-Jean-des-Prés de Chocques qui étaient en charge de la paroisse de Gonnehem. Cette solide maison de briques remplaçait avantageusement un vieux presbytère en torchis, avec toit de chaume. Les religieux ne profitèrent toutefois pas longtemps de ce confort. La Révolution était en route et allait être fatale pour l’abbaye et ses occupants.
Le dernier moine locataire fut Jean-François Drocque, alias Sire Jérôme en religion. Il dut émigrer sous la Terreur et ne revint à Gonnehem qu’en 1805. Entre-temps, le presbytère et ses deux hectares de parc avaient été vendus comme bien national. Sire Jérôme s’empressa, dès son retour, de racheter la maison et une partie du jardin aux héritiers de l’ex-acheteur.
Curé de Gonnehem jusqu’à son décès en 1822, il avait pris soin de léguer par testament sa maison à la commune, celle-ci devant en contrepartie s’engager à y loger les futurs curés et faire célébrer annuellement plusieurs messes « pour le repos de son âme et de celles de ses chers confrères religieux de la ci-devant abbaye de Chocques ».
La suite fut moins glorieuse. Les héritiers du moine donateur contestèrent la validité du testament. Pour entrer en possession de son bien, la commune dut transiger et payer aux neveux de Jérôme Drocque la moitié de la valeur estimée du bien, obtenant à son tour en contrepartie d’être déliée de l’obligation des obits.
De 1824 à 1990, la commune a donc hébergé dans "son" presbytère les prêtres de la paroisse, le dernier en charge ayant été l’abbé Michel Desrumeaux.
Mais quel était l’état du bâtiment désormais sans locataire ? Tel que construit, l’édifice pouvait défier les siècles. Élu domicile provisoire par les soldats anglais, il résista même vaillamment aux obus des artilleurs allemands en août 1918. Mais la toiture portait les séquelles du bombardement et dut faire l’objet de sérieuses réparations en 1920.
Quel sort allait-on donc réserver à un bâtiment vide, totalement désaffecté et qui, cahin-caha, commençait à se ressentir sérieusement du poids des ans ? Un parking ? Sûrement pas ! Une bonne partie des Gonnehemois ne concevaient pas que l’on pût porter atteinte à la maison de "Monsieur le curé" ! Sans pour autant prêter le flanc à une mini-querelle de clocher ou à une tempête dans un bénitier, on ne pouvait laisser à l’abandon, ni a fortiori détruire un tel témoin l’architecture rurale dont tous s’accordaient à reconnaître la valeur « exceptionnelle ».

Une reconversion
Françoise Delvoye se plaît à le rappeler : un « lien fort » existait entre la population locale et ce bâtiment qui, outre son intérêt architectural, faisait partie de l’histoire de la commune. Mais la solution à la question posée tardait à venir. D’une concertation à l’autre, d’un projet à l’autre, on hésitait sur l’opportunité et la durabilité de telle ou telle solution. Puis la lumière vint, explicitée par Catherine Madoni, architecte des Bâtiments de France : « Et pourquoi pas un estaminet ? » Ce fut effectivement le déclic, comme une traduction en clair de ce que beaucoup, à commencer par les membres du Conseil municipal, attendaient.
Oh, bien sûr ! La partie n’était pas encore gagnée auprès de nombreux habitants, plus enclins que d’autres sans doute à la nostalgie. Mais l’idée allait faire son chemin, judicieusement orchestrée et mise en forme par Françoise Delvoye et le Conseil municipal : le presbytère sera reconverti en estaminet et honni soit qui mal y pense ! Celles et ceux qui, dans la population locale, avaient tendance à "mal y penser" rallièrent finalement les objectifs de la toute nouvelle et opportune Association des Amis du Presbytère et devinrent, eux également, acteurs du projet. Tout le monde y retrouvait son compte. L’histoire était bouclée.
Bouclée ? Pas tout à fait ! Un beau consensus avait fini par voir le jour, mais il fallait passer aux choses sérieuses.
Entendons : ficeler le projet, définir la nature des travaux à entreprendre, argumenter auprès de qui de droit pour le financement de l’opération, lancer des appels d’offres pour le gros œuvre, puis les travaux de finition et d’aménagement, lancer un nouvel appel d’offres pour le choix du tenancier, sans oublier évidemment toute la paperasserie de circonstance…
Avec le recul, Françoise Delvoye s’émerveille du chemin parcouru, mais surtout de l’accueil reçu auprès des divers décideurs pour un projet vite apparu comme fédérateur. La Communauté des communes Artois-Lys notamment a parfaitement joué le jeu de la solidarité puisqu’elle a cautionné ou relayé le projet vis-à-vis des partenaires institutionnels du Contrat de développement rural, démarche engagée depuis 1996 avec l’État, le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais et le Conseil général du Pas-de-Calais au titre du volet territorial du Contrat de plan État-Région. Les subventions ainsi obtenues ont couvert 80 % des dépenses en travaux, honoraires (architecte, cabinet de contrôle…) et frais annexes, le coût total de l’opération ayant été d’un peu plus de 473 000 euros.


Beaucoup plus de "fidèles" qu’au presbytère
Les travaux de restauration ont été supervisés par Frédéric Évard, architecte agréé par les Bâtiments de France.
Impératif premier : cette restauration se devait de respecter le caractère original du bâtiment. Tous les éléments de la construction qui pouvaient être conservés l’ont été : une partie de la charpente, les plafonds de gypse, les portes extérieures et intérieures, les maçonneries en briques, les carrelages anciens, les cheminées en bois, les tuiles mécaniques anciennes en toiture. Les restaurations nécessaires sur ces éléments ont été réalisées, autant que possible, avec des matériaux de récupération ou fabriqués à l’identique.
Il fallait par ailleurs faire face aux impératifs de la nouvelle affectation des locaux. On a beau dire et beau faire : un estaminet est quand même bien différent d’un presbytère. Il n’a pas, a priori, les mêmes fonctions. D’où, pour répondre au mode de fonctionnement d’un restaurant pouvant accueillir une cinquantaine de personnes au rez-de-chaussée et autant à l’étage (beaucoup plus de "fidèles" en tout cas qu’un presbytère !), quelques rares ouvertures ont été modifiées, une cheminée a été condamnée pour l’installation de la VMC et une chambre a été transformée en cuisine. Enfin, un local technique indépendant a été construit dans le prolongement de l’estaminet, en harmonie avec l’environnement immédiat.
Au nombre des difficultés techniques rencontrées sur le chantier de restauration, la présence envahissante de la mérule a occupé une place non négligeable. Ce champignon provoquant la pourriture des bois a nécessité un déshabillage d’une grande partie de la maison pour ne garder que les parties saines, ainsi que la dépose des plafonds, des planchers, des fenêtres, des revêtements des murs et d’une partie de la charpente. Le traitement a été confié à une entreprise spécialisée qui a dû faire deux interventions successives tant le champignon faisait ses délices de ce bâtiment exceptionnel !


Tout comme les moines-curés du temps jadis
Cela se passait en 2002.
Le décor ainsi planté, il est grand temps d’ouvrir la porte de l’ancien presbytère devenu, par la grâce d’un élan communal, l’estaminet portant le nom de Sire Jérôme.
En lieu et place de l’ancien maître de céans, nous sommes accueillis par Carole et Didier Saloppé. Pour cause d’autres obligations professionnelles (enseignement au lycée hôtelier de Beuvry), Carole n’est pas toujours présente. Sachez pourtant que c’est elle qui a supervisé le contenu de votre assiette si la bonne envie vous prend de vous asseoir à table après avoir pris soin, au préalable, de déguster une "Sire Jérôme" moussante et gouleyante à souhait, la bière maison brassée, comme il se doit, dans la Flandre belge voisine.

Outre sa participation au service à table le week-end, Carole est surtout l’inspiratrice du menu. Elle y propose des plats de sa création à base de produits du terroir : viandes, légumes, échalote de Busnes, cresson, kressette lilléroise, endive du pays, porc de l’Artois… On l’aura compris : en plus de la satisfaction du client-ami, le souci du nouvel établissement est de s’insérer dans l’économie locale. Tout comme le faisaient d’ailleurs les moines-curés du temps jadis, puisqu’ils apportaient plus que leur contribution active aux travaux de conquête des terres sur les marais.
Après une carrière d’une trentaine d’années dans la restauration et la gestion d’un parc hôtelier, après également quelques incursions dans le monde de la chanson, Didier assure, pour sa part, la permanence et les charges quotidiennes du tenancier.
L’estaminet est ouvert six jours sur sept (fermeture le mercredi) à des groupes constitués qui souhaitent éventuellement un menu spécial pour des occasions particulières du genre mariage, baptême ou réunion d’amis. Mais il est d’abord et entend rester un lieu de convivialité où l’on vient, à toute heure du jour, discuter le coup, éventuellement s’asseoir à table pour apprécier une "planche" à base de viandes et de légumes ou une carbonade, déguster au bar une "Sire Jérôme" à la pression ou toute autre bière d’abbaye (il faut bien rester dans l’ambiance !). Tenez-le pour dit : tout cela sans chichi, avec cette spontanéité à la fois joviale et sérieuse qui va si bien aux gens du Nord. À l’occasion, on peut être amené à refaire le monde, mais ça sera toujours entre amis !
« Nous avons vécu avec la mairie, commente Didier, une véritable histoire d’amour. Le courant est vite passé entre nous. La mairie tenait à l’esprit estaminet pour notre établissement. Ce ne fut pas toujours très simple au début avec certains habitants qui nous reprochaient tacitement d’occuper la "maison du curé" pour des tâches moins nobles que le soin des âmes ! Nous avions un peu les démons de l’Église contre nous. Nous avons tout mis en œuvre pour nous fondre rapidement dans cet univers particulier, même si ce n’était pas notre milieu professionnel habituel. La convivialité ambiante et la qualité des services que nous rendons et qui sont appréciés comme tels nous confortent dans la conviction que nous nous sommes embarqués dans une belle aventure. »
Et le résultat est là : 27 000 clients pour la première année d’exercice, depuis le 18 avril 2004, date de l’ouverture de l’estaminet. Ils arrivent d’un peu partout : de Gonnehem, mais aussi des villages d’alentour et même de l’étranger, Belges en tête. Parfois, en soirée, on vient écouter un chanteur, un conteur, un groupe musical. Dans cette contrée qui a de tout temps passé un pacte avec l’art de vivre, donc de bien vivre, ce nouveau lieu de convivialité a tout naturellement trouvé sa place.
La demeure de Sire Jérôme n’est plus là pour accueillir les âmes dévotes soucieuses de leur salut éternel. Elle est par contre ouverte à ceux qui éprouvent d’autres formes de faim et de soif, au demeurant moins spirituelles, mais tout aussi essentielles.
On ne saurait trouver de meilleure preuve que le projet était somme toute le bon. Certes, il reste encore à peaufiner quelques détails, à terminer l’aménagement de l’étage en salle d’exposition sur l’histoire locale, puis celui du jardin de curé entre l’estaminet et la mairie, sans oublier la dernière tâche que le perfectionniste Frédéric Évard a entrepris de mener à bien : convaincre Carole et Didier que les géraniums-lierres ne sont pas nécessairement la meilleure décoration aux fenêtres si l’on tient à rester dans l’esprit de l’architecture "presbytérale". Affaire à suivre…
Pour l’heure, le bilan dressé par la mairie, propriétaire des murs, est plus qu’encourageant : l’opération a eu des retombées bénéfiques, au-delà même des espérances, tant sur le plan de la préservation du patrimoine architectural de l’ensemble de la commune que sur celui de l’animation commerciale, touristique et culturelle. En complément de la revitalisation du centre du village, la sauvegarde du patrimoine, public ou privé, commence en effet à devenir une habitude à Gonnehem. Qui s’en plaindrait ? Sûrement pas les bâtisseurs ! Le bon Sire Jérôme continue bel et bien de veiller sur le sort de son village d’adoption. Amen

"Oasis - water is life" : transformer l'humidité du désert en eau potable


Des étudiants de l'Université technique de Graz ont présenté à la presse un prototype qui permet de recueillir de l'eau potable à partir de l'humidité de l'atmosphère dans un pays comme la Tanzanie. Le principe physique sous-jacent est la condensation. En tirant partie de ce phénomène, les inventeurs ont élaboré un procédé à même de générer un demi-litre d'eau en une heure. Fruit de près de 4.600 heures de travail, le dispositif ne nécessite pas d'installation électrique préalable, son fonctionnement reposant sur l'énergie solaire.
Le cadre du projet, "Product Innovation Project", met en valeur la responsabilité et l'efficacité en s'inspirant largement d'un concept finlandais. Il a réuni une dizaine d'étudiants issus de deux pays (la Finlande et l'Autriche) et de trois universités (l'Université Karl-Franzens de Graz, l'Université technique de Graz et l'Université technique d'Helsinki) pour constituer une équipe interdisciplinaire (management industriel, design, administration d'entreprise, ingénierie mécanique et ingénierie des procédés) avec comme mission la mise en oeuvre d'un système autonome de production d'eau dans des conditions quasi-désertiques. Le thème a été choisi par "Philips Austria" qui a financé l'étude à hauteur de 7.500 euros. Outre le faible budget et l'impératif de réalisation d'un prototype, le pari était également de confier l'entière réalisation du système à des étudiants et dans un délai fixé à une année universitaire, soit 8 mois effectifs.
(Source : bulletins électroniques du ministère des Affaires étrangères)
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/42903.htm

Quand les ponts étaient habités

« À Paris sur le Petit-Pont
Sur le bord d’une fontaine
Mon père a fait bâtir une maison
Tuton, tuton, tutaine.
Levez, Belle, votre cotillon
Il est si long qu’il traîne.
Mon père a fait bâtir maison
Sur le bord d’une fontaine
Et les charpentiers qui la font
M’ont tous demandé mon nom… »


Cette ronde à danser de Balland date de 1724. Elle s’inspire d’une chanson populaire dont le manuscrit italien, datant du XVe siècle, est conservé à Florence où, entre autres richesses architecturales, on peut admirer l’un des plus célèbres ponts habités : le Ponte Vecchio.
Le rapprochement est-il le fruit d’une pure coïncidence ? Peut-être… peut-être pas. Rien n’empêche d’imaginer la maison de la chanson construite par quelque marchand ayant fait fortune sur les bords de l’Arno. Il fut un temps en effet où la construction de maisons sur un pont non seulement n’était pas exceptionnelle, mais représentait surtout un investissement particulièrement rentable.

Une « plus-value culturelle »
Outre son utilité immédiate (franchissement d’une rivière, d’un fleuve ou d’un canal), un pont habité pouvait avoir d’autres fonctions.
Jean Dethier, initiateur de l’exposition « Living bridges » qui fut présentée en première mondiale à Londres en 1996-1997, les décrit comme suit : « […] étant par définition des points de passage obligé entre les deux parties d’une ville, [les ponts habités] constituaient des localisations optimales pour le commerce. La densification de la ville entière a donc entraîné l’urbanisation et la densification des ponts qui, potentiellement, offraient au cœur même de la cité un des rares supports fonciers encore disponibles. »
Des bouchers aux joailliers, quelques professions et corporations étaient ainsi autorisées à exercer leur commerce sur les ponts habités. Certaines boutiques étaient plutôt modestes, alors que d’autres magasins atteignaient des dimensions plus importantes au point de pouvoir supporter parfois des appartements sur plusieurs niveaux.
Au Moyen Âge, les ponts pouvaient aussi servir de points d’ancrage pour des moulins, ou bien être aménagés à des fins militaires (Cahors, Strasbourg…), ou encore être complétés par des édifices religieux (Avignon, Florence…).

Ils avaient donc une « valeur ajoutée » que Jean Dethier qualifie de « fonctionnelle, économique et sociale », donnant naissance à une « plus-value culturelle, symbolique et affective ».

Huit siècles d’histoire
Hormis telle ou telle exception plus ou moins récente (cf. la réalisation de Frank Lloyd Wright dans la banlieue de San Francisco), le pont habité est resté, au cours des siècles, un concept architectural propre à l’Europe, les pays les plus concernés étant l’Angleterre, l’Italie et la France.
L’histoire de ce concept trouve ses débuts au Moyen Âge, aux XIe et XIIe siècles. Elle connaît son apogée entre la fin du Moyen Âge et le XVIe siècle, avec notamment le Ponte Rialto de Venise et le Pont-Neuf de Paris.
Le déclin s’amorce au XVIIe siècle. Le dernier pont habité de la période préindustrielle est le Pulteney Bridge, construit sur l’Avon à Bath (Angleterre) par l’architecte Robert Adam, de 1770 à 1773. Sinon, la démolition tend à se généraliser et la France y va même de son zèle particulier puisqu’un édit du 6 septembre 1786 prescrit ni plus ni moins la destruction de toutes les constructions édifiées sur les ponts de Paris. Après avoir fait place nette par souci de salubrité, la mode est alors aux ponts triomphaux que Jean Dethier s’empresse de qualifier d’ « ersatz de ponts habités [témoignant], malgré leur somptuosité ornementale, d’une réelle déchéance ».
Le XIXe siècle sera, quant à lui, marqué par la construction du Tower Bridge de Londres, mais aussi par quelques projets célèbres demeurés – heureusement ou non – sans suite. Pour l’Exposition universelle de 1878 à Paris, Gustave Eiffel proposa de doubler le pont d’Iéna par une superstructure métallique accueillant une halle vitrée de 100 m de longueur sur 30 m de largeur. À Florence, l’architecte Martelli suggéra de donner un nouveau look au Ponte Vecchio en y ajoutant une galerie couverte.À Amsterdam, l’ingénieur Galman avait dans ses cartons le projet d’un pont comportant tout un ensemble de logements, commerces et entrepôts.
Ces paris architecturaux, comme beaucoup d’autres du même acabit, présentèrent un point commun : ils en restèrent au stade de la planche à dessin !
Reste le XXe siècle. Il est également quasiment vide de réalisations. Ce ne sont pourtant pas les projets audacieux qui firent défaut. À preuve ceux de l’Irlandais Sir Edwin Lutyens (pont-musée au cœur de Dublin), de Konstantin Melnikov (pont-parking de huit étages sur la Seine), de Le Corbusier (villes-ponts pour Rio de Janeiro, Alger…), de W.F.C. Holden (Crystal Tower Bridge pour restructurer le Tower Bridge), de l’Autrichien Abraham (« mégabridge » de trente étages pour traverser la Manche), de l’Américain Louis Kahn (palais des congrès construit sur l’un des canaux de Venise)…
Il y eut enfin le projet (non retenu) de Jean Nouvel pour la Bibliothèque Nationale de France, l’un des cinq bâtiments prévus devant se prolonger en pont habité pour franchir la Seine.

Un patrimoine d’une extraordinaire richesse

Les créateurs de l’exposition « Living bridges » ont pu, à titre de bilan provisoire, répertorier une centaine de ponts habités effectivement construits du Moyen Âge au Siècle des Lumières. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine.
Qu’elles aient été sauvegardées jusqu’à nos jours ou qu’elles aient, au contraire, disparu sous les coups de pioche des démolisseurs, certaines de ces réalisations illustrent particulièrement l’histoire de ce patrimoine architectural.
C’est le cas notamment du Old London Bridge. Succédant à une série de ponts en bois régulièrement construits, puis détruits depuis l’occupation romaine, un pont en pierre fut bâti entre 1176 et 1209 par un certain Peter, chapelain de St-Mary Colechurch. Jusqu’en 1739, ce fut le seul pont sur la Tamise, reliant la City aux territoires du sud-est de l’Angleterre. Il comportait vingt arches et mesurait 285 m de long, 4,6 m de large et 18,5 m de haut. On y construisit des maisons à partir de 1201 ; puis, à différentes périodes, des boutiques, des auberges, un moulin à eau et une chapelle. Réunissant de nombreuses fonctions sociales et urbaines, il représentait une sorte de microcosme au cœur de la capitale. Après avoir subi des incendies et de nombreuses restaurations, il fut démoli en 1823, pour être immédiatement remplacé par un nouveau pont construit par Sir John Rennie.
Le Ponte Vecchio de Florence est bien entendu à citer au nombre des plus glorieuses références de ce patrimoine bâti, ainsi que le célébrissime Ponte Rialto de Venise. Ce dernier fut construit entre 1588 et 1591 par le bien nommé Antonio dal Ponte, en remplacement d’un pont en bois dont il était déjà question en 1250. Il comporte trois voies parallèles desservant quatre rangées de boutiques. D’une étonnante perfection architecturale, il est décrit par Jean Dethier comme « un chef-d’œuvre de conciliation entre les exigences du commerce, de l’architecture, de l’urbanisme, de la mise en scène de la ville et de la convivialité ».
En France, outre le pont-galerie du château de Chenonceau et le pont Valentré de Cahors que nous nous contentons de saluer au passage, il faut bien sûr citer le pont d’Avignon dont la première pierre fut posée en 1177 à l’initiative de saint Bénézet, un jeune pâtre du Vivarais qui reçut de Dieu l’ordre d’aller construire un pont sur le Rhône. Le saint collecta les fonds nécessaires et s’attela à la tâche avec ses frères « pontifes ». Il ne vit malheureusement pas son œuvre terminée lorsqu’il mourut en 1184. Il fut enseveli dans la petite chapelle qui se dresse encore de nos jours sur les quatre arches restantes.
Construit en bois pour le tablier, et en pierre pour les piles, le pont comportait 19 arches. Il fut détruit en 1226, sur ordre de Louis VIII qui assiégeait Avignon, puis reconstruit totalement en pierre, avant d’être finalement abandonné en 1669 dans l’état que nous lui connaissons aujourd’hui.
« Qui n’a pas vu Avignon du temps des papes n’a rien vu. […] Comme en ce temps-là, les ruelles de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit, l’on y dansait, l’on y dansait… » (Alphonse Daudet)

Sur les ponts de Paris
Concluons notre itinéraire par la ville qui, plus que toute autre sans doute, s’est illustrée par ses ponts habités : Paris.
Nous ne ferons, une fois encore, que saluer au passage quelques-uns de ces ouvrages : le Pont-au-Change (reconstruit en pierre en 1639 sur les plans de Jacques Androuet Du Cerceau, il comportait des maisons à cinq étages), le Pont Marie (du nom de l’architecte-entrepreneur Christophe Marie qui le fit construire à ses frais, en contrepartie d’une concession de terrains sur l’île de la Cité), le Pont au Double (pour emprunter ce pont, construit de 1602 à 1631 pour pallier l’encombrement de l’Hôtel-Dieu, les usagers devaient acquitter un double droit péage, à l’entrée et à la sortie), le Pont Saint-Michel (construit de 1378 à 1387 par « les vagabonds, les joueurs et les fainéants », il était fréquenté par les commerçants), le Pont Marchand ou Pont-aux-Oiseaux (des maisons à deux étages occupaient chaque côté de la rue ; chacune avait pour enseigne un oiseau : au Merle Blanc, au Rossignolet, au Coq Hardi...).
Faisons halte maintenant au Pont Notre-Dame. En remplacement d’un pont en bois emporté par les eaux de la Seine en 1499, sa reconstruction en pierre fut confiée au maître d’œuvre Jean de Dayac, sur les directives d’un moine italien, Fra Giacomo di Verona. Terminé en 1514, il resta longtemps le pont le plus mondain de Paris. Il accueillit en particulier les cortèges royaux de François 1er pour son sacre, d’Henri II, d’Henri IV pour son entrée à Paris et de Napoléon III à l’occasion de son mariage avec Eugénie de Montijo.
D’une longueur de 124 m et d’une largeur de 24 m, il portait 68 maisons identiques construites en briques et en pierres. Pour faciliter sans doute le repérage de ces demeures, on mit en place un embryon de numérotage qui se généralisa par la suite jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Dans le même temps, on installa un éclairage nocturne du pont, avec des lanternes à huile, pour en faciliter et en prolonger la vocation commerciale.
En 1787, les maisons furent détruites en application de l’édit du 6 septembre 1786. Avec leurs décorations à l’effigie des rois et reines de France, elles étaient certes élégantes ; mais, contrairement à une opinion communément admise, on pensait qu’elles mettaient surtout en péril la solidité du pont. Les boutiques des miroitiers et des peintres disparurent dans la foulée.
Dans cette même logique d’assainissement, le pont fut reconstruit en 1853 lors des travaux d’urbanisme qui commencèrent à changer la physionomie de Paris. Puis, en 1912, les trois arches médianes furent remplacées par une seule.
Dernière étape de notre périple : le Pont-Neuf, dont la réputation de « solidité » n’est plus à vanter puisqu’il est le plus ancien des ponts de Paris.
Conçu par cinq architectes et construit par Guillaume Marchand, il fut inauguré en 1607 par Henri IV. Long de 278 m, pour une largeur de 28 m, il ne fut jamais équipé de maisons. Par contre, pendant plus d’un siècle, pour son emplacement en plein cœur de la ville, il fut l’artère la plus animée de la capitale. De larges trottoirs de chaque côté de la voie, auxquels on avait accès par six marches, étaient fort appréciés des promeneurs. Ceux-ci pouvaient en effet y déambuler tout à leur aise, protégés de la boue, des carrosses, des cavaliers et parfois des vaches !
À partir de 1675, les balcons en demi-lune furent occupés par des échoppes « provisoires » qui furent remplacées, un siècle plus tard, par des boutiques plus solides, sur un projet de l’architecte Soufflot, le produit de leur location devant servir à secourir les veuves et les orphelins des membres des académies de sculpture et de peinture. Y prenaient place des boutiquiers en tous genres, des merciers, des fripiers, des confiseurs, des bouquinistes, des
marchands d’encre, des arracheurs de dents, des marchands d’onguents, des danseurs, des chanteurs, des bateleurs, des entremetteurs… C’était par ailleurs un lieu idéal pour les « tire-laine » et autres truands.
Au cours de ses quelque quatre siècles d’existence, le Pont-Neuf fut soumis à de nombreux
travaux d’entretien. La plus importante de ces interventions eut lieu de 1851 à 1854 lorsque toutes les boutiques furent supprimées après le rachat du pont à l’Hôpital Général de Paris et à l’Hôtel-Dieu auxquels il avait été cédé par l’État le 8 Nivôse de l’an VI.
Ultime épisode de la sage de cette gloire parisienne : un empaquetage par l’artiste américain Christo en 1985.



La fumisterie : un travail de pros !


Alors que le mot « fumiste » est devenu progressivement synonyme de farceur, de joyeux luron, le « petit » métier qu’il représente fut longtemps indissociable de conditions de travail extrêmement pénibles.
La cheminée était autrefois le symbole du « foyer » familial ou, plus fondamentalement encore, de la vie. L’entretien de cette partie essentielle de l’habitation était donc indispensable. Les cheminées à large ouverture étaient munies d’un conduit à section rectangulaire et de bonnes dimensions. Elles étaient ramonées « de haut en bas », à l’aide d’un fagot attaché à une corde.
Souvent, surtout à partir de la seconde moitié du XVIIIè siècle, ce travail des « hirondelles d’hiver » était réservé à de jeunes garçons originaires de la Maurienne, de la Tarentaise, du Piémont… Ils étaient engagés pour monter dans les conduits de cheminée en s’arc-boutant des genoux et du dos. Les patrons ramoneurs qui les embauchaient en les louant par contrat verbal à leurs parents s’engageaient à leur assurer le gîte et le couvert, à les habiller, à les envoyer à l’école (clause rarement respectée !) et même à leur faire suivre la messe du dimanche. En contrepartie, la famille recevait une maigre somme d’argent.
Travail harassant que celui-ci, réservé à des gamins d’une dizaine d’années ou moins. Équipé d’un pantalon muni d’une « culottière » et de genouillères, d’une veste aux coudes renforcés de cuir, d’un bonnet de laine et de sabots rudimentaires, le petit ramoneur grimpait dans la cheminée pour y détacher, à l’aide d’une raclette métallique, des blocs de suie et de goudron. Ceux-ci étaient ensuite recueillis et vendus à des métallurgistes pour l’affinage de l’acier.

L’évolution des mœurs et de la construction mettra un terme à cette page d’histoire de toute une profession.
Les lois de 1872-74 vont tout d’abord interdire le travail des enfants de moins de douze ans. Puis l’obligation scolaire renverra, à partir de 1885, tous les petits Savoyards dans leurs villages d’origine où les conditions se sont progressivement améliorées.
Eu outre, de très larges qu’elles étaient pour chauffer toute une famille et servir à la cuisson des repas, les cheminées commencent, à partir du milieu du XVIIè siècle, à prendre des dimensions plus petites. Elles seront ensuite complétées ou remplacées par des poêles en céramique ou en fonte qui diffusent mieux la chaleur.
Finalement, on aboutira aux techniques que nous connaissons aujourd’hui : diversification des sources d’énergie, avec notamment l’utilisation du chauffage au fuel et au gaz ; introduction du chauffage central ; apparition des cheminées décoratives, des cheminées à foyer fermé, des inserts, des chaudières à haut rendement…
Conséquence de cette évolution : la profession de fumiste a perdu peu à peu de sa spécificité, pour être reprise et partagée par les chauffagistes, les maçons, les plombiers, les ramoneurs et – il faut bien l’avouer – par certains « bricolos » qui se contentent souvent d’un peu de tout et de n’importe quoi sous prétexte d’ « entretenir » votre conduit de cheminée.

Et pourtant, le traditionnel métier de ramoneur fumiste pourrait être un métier d’avenir. En effet, la sécurité est le maître mot de cette compétence qui, pour sortir du flou technique et juridique dans lequel elle a été trop longtemps diluée, souhaite être reconnue comme telle, dans son irremplaçable spécificité.
Un conduit de cheminée vit. Il peut donc être malade, s’encrasser, se modifier, se fissurer. Ses parois se recouvrent progressivement de suie, de goudron, de sels minéraux, d’acides… En période de non-fonctionnement, les oiseaux viennent y faire leur nid. D’où risque d’obturation ou de grave détérioration et, par voie de conséquence, risque d’intoxication par l’oxyde de carbone.
Le véritable diagnostic, les essais d’étanchéité et les travaux d’entretien ne sont pas à la portée du simple « ramoneur » occasionnel. Soyons clairs ! Il ne suffit pas, à échéances plus ou moins rapprochées, de se rassurer en faisant effectuer ou en effectuant soi-même un nettoyage du conduit de cheminée à l’aide d’un hérisson fixé au bout d’une série de flexibles.
Le ramonage – le vrai ! – a pour but de déceler et prévenir les maladies du conduit de fumée. Avec l’entretien régulier des appareils de combustion, il est obligatoire pour éviter les dangers d’intoxication, protéger les personnes et les biens contre l’incendie, lutter contre la pollution atmosphérique. Il doit être effectué une ou deux fois par an selon la nature des combustibles utilisés.
Le vrai ramonage est mécanique, c’est-à-dire avec passage répété d’un hérisson métallique « de haut en bas ». Parfois, d’autres travaux d’entretien ou de réparation se révèlent nécessaires : chemisage, tubage, cerclage…

Telles sont sommairement les qualifications des vrais professionnels du ramonage qui, pour le coup, entendent bien ne pas être qualifiés de « fumistes ». Et n’oublions pas que, dans l’imagerie populaire, le ramoneur fait figure de porte-bonheur. Sa fonction n’est-elle pas d’assurer la sécurité des particuliers et des familles ? Tel est bien le plus beau, le plus noble de ses titres.

Renseignements complémentaires :

- Union climatique de France : http://www.ucf.fr/
- Union nationale des chambres syndicales de couverture et de plomberie de France
7-9, rue la Pérouse, 75784 Paris cedex 16 Tél. : 01 40 69 53 07

Profession : maître verrier, bâtisseur de lumière


Le vitrail est né de l’architecture.
Par l’harmonie des couleurs dont il se compose, il s’intègre à l’ensemble de l’édifice qui l’accueille. La discrétion est sa qualité première. Contrairement à une tapisserie ou à une mosaïque, il "agit" même lorsqu’on ne le voit pas. Insaisissable et changeant comme peut l’être la lumière, il participe à l’animation des volumes. Il sait se faire oublier, et c’est sans doute ainsi qu’il est le plus présent.

Lumières et ombres d’une histoire

Les origines du vitrail sont incertaines. Selon toute vraisemblance, les claustras du Proche-Orient (Alexandrie et Byzance) constituent les tout premiers balbutiements de cet art. Mais celui-ci n’a trouvé son éclosion véritable qu’en Europe septentrionale. En effet, le vitrail ne s’accommode pas d’une trop forte lumière ; il a besoin d’un climat tempéré et d’un ciel argenté pour révéler au mieux ses qualités et ses potentialités.
Le XIIe siècle témoigne déjà d’une technique bien maîtrisée (Chartres, Bourges, Le Mans). Un verre soufflé à épaisseur inégale est utilisé pour représenter des scènes religieuses ou légendaires. Le plomb raboté qui le sertit accentue les détails, notamment les traits des visages peints à la grisaille (couleur faite d’un oxyde métallique et d’un fondant broyé très fin, rendue indélébile par pyrofixation).
Avec ses 15 000 m² de verrières, le XIIIe siècle gothique voit apparaître une prédominance des couleurs bleue et rouge. Les progrès de l’architecture liés à une meilleure résistance des matériaux permettent le dégagement de baies plus importantes qui se divisent en lancettes séparées par des meneaux de plus en plus étroits et couronnés par des rosaces aux motifs entrelacés. Chartres, Bourges, Sens, Notre-Dame de Paris, Reims, Angers, Strasbourg, Salisbury, Canterbury, etc. : nous sommes à l’âge d’or du vitrail.
Par la suite et jusqu’à notre époque, chaque siècle a connu ses particularités : apparition au XIVe siècle du jaune d’argent (chlorure d’argent véhiculé par de l’ocre jaune neutre) permettant, par application en surface et pyrofixation, de colorer le verre blanc sans faire de coupe ; utilisation, aux XVe et XVIe siècles, d’un verre plus grand et plus mince faisant place à une gamme de colorations beaucoup plus étendue (violet, vert sombre, bleu gris, lie de vin, rouge dégradé) ; au XVIe siècle encore, taille du verre au diamant au lieu de la tige chauffée au rouge et remplacement du plomb raboté par le plomb laminé.
Les XVIIe et XVIIIe siècles verront la décadence du vitrail, due surtout au climat d’insécurité créé par les guerres de religion ainsi qu’aux difficultés économiques de l’époque. Puis c’est le renouveau, au XIXe siècle, avec la restauration de verrières anciennes, la création de nombreuses fabriques en France et l’apparition du vitrail "civil" (Manufacture royale de Sèvres et rôle prépondérant de Viollet-le-Duc).
Le XXe siècle finalement se caractérise par quelques innovations techniques importantes : apparition, vers 1930, de la dalle de verre ; plus tard, invention de colles aux silicones permettant des applications de verre (marqueterie) et supprimant l’utilisation du plomb de sertissage ; remplacement du ciment par de la résine pour donner plus de légèreté aux vitraux en dalles de verre… Autre caractéristique propre à cette époque : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le vitrail s’enrichit de l’apport de grands peintres : Matisse à Saint-Paul-de-Vence, Chagall à Reims, Braque à Varengeville-sur-Mer, Jacques Villon à Metz, Fernand Léger à Audincourt…

Un savoir-faire d’une extrême précision

Enrichi au cours de l’histoire de techniques innovatrices, le savoir-faire du maître verrier est resté, depuis ses origines, identique dans ses fondements. Il se compose d’une série d’opérations qui, à quelques variantes près, nous ramènent plusieurs siècles en arrière, au temps où l’on bâtissait Chartres, Reims, Notre-Dame de Paris.
Après le relevé des dimensions et des conditions d’éclairement, une maquette, généralement au 1/10e, du futur vitrail est réalisée. Définissant de manière très précise la décoration, le contour, les personnages, le tracé des plombs, le choix et l’emplacement des couleurs, elle servira au maître verrier de référence unique et constante.
Puis la maquette est agrandie aux dimensions d’exécution, sur un papier fort, pour donner le carton. Le tracé des plombs et les détails de peinture à la grisaille y sont portés au fusain, puis à l’encre de Chine. Tout changement de couleur exigeant un plomb de séparation, chaque espace compris dans un réseau de plomb correspondra à un verre d’un coloris précis.
La référence de chaque couleur est notée sur les morcellements avec mention, si nécessaire, des valeurs et des dégradés.
Le carton sert ensuite à réaliser le tracé. Le dessin des plombs est relevé par transparence sur papier calque puis reporté, à l’aide de feuilles de carbone, sur un papier bulle assez fort. Le dessin obtenu ressemble à un grand puzzle dont chaque pièce représente un morceau de verre. Chacun de ces éléments reçoit une référence pour faciliter l’assemblage final après la découpe.
Avec une paire de ciseaux à trois lames, celle du milieu dégageant une mince bande de papier d’un millimètre et demi (épaisseur standard de l’âme des baguettes de plomb), toutes les pièces du puzzle sont découpées et les gabarits (ou calibres) obtenus sont à nouveau assemblés sur le calque.
C’est alors que le maître verrier procède à la phase la plus importante de la création de son vitrail : la coloration, c’est-à-dire le choix des verres teintés devant correspondre aux tons de la maquette. Les feuilles de verre retenues sont découpées au diamant suivant les contours des calibres. Ce travail exige une très grande précision et une rapidité du geste, sinon la coupe "refroidit" et les molécules du verre, séparées par l’ultrason produit par le diamant, se ressoudent entre elles. Si nécessaire, la coupe est achevée à l’aide d’une pince à gruger et les arêtes vives sont atténuées avec une pierre à égriser ou une vieille lime. Lorsque cette coupe n’est plus droite mais sinueuse, elle est facilitée par quelques petits coups donnés avec le sabot du diamant pour compléter, dans l’épaisseur du verre, la séparation moléculaire effectuée en surface.

La grisaille participe à la naissance de la lumière

Pour parachever son travail de création et si la maquette initiale l’exige, le maître verrier applique la grisaille, une couche à la fois, en se servant d’un blaireau, d’un ébouriffoir ou d’un putois en soie de porc. Lorsque cette grisaille doit être enlevée partiellement, il utilise une brosse sèche, une aiguille, une plume d’oie, un petit bois…
Afin de mieux apprécier l’évolution de son travail, il est souvent amené à assembler provisoirement les panneaux de verre en les sertissant de plomb ou en les collant sur une glace. Présenté sur un chevalet, le vitrail est vu pour la première fois par transparence. Les panneaux sont finalement démontés et décollés pour être cuits au four à une chaleur de 620-630 degrés, température correspondant au début du ramollissement du verre. La grisaille fusionne de manière indélébile avec le verre.
Le sertissage ou mise en plomb est la dernière phase de ce long et patient travail de création. Chaque morceau de verre est encastré dans des baguettes de plomb en forme de H. Les ailes du plomb sont rabattues avec une spatule en bois et une soudure à chaque jonction consolide l’assemblage final.
Il ne reste plus qu’à mastiquer le vitrail pour le rendre étanche, à le nettoyer à la sciure et à souder les attaches de plomb qui serviront à le fixer aux vergettes lors de la pose.
Lorsqu’il s’agit d’un vitrail en dalles de verre, les opérations initiales décrites précédemment restent les mêmes : maquette, carton, calque, calibrage, coloration, mais le verre utilisé est évidemment différent, puisque plus épais (2 à 3 cm pour la dalle classique). Il est aussi travaillé d’une manière spécifique : il est débité à la scie diamantaire avant d’être taillé par endroits à la marteline, les irrégularités de surface créant des effets prismatiques. Les morceaux de verre sont ensuite assemblés dans un cadre en bois. Puis, dans les interstices, on coule du béton liquide (ou de la résine époxy) dans lequel est noyée une armature métallique.

Le vitrail est maintenant terminé. Il va rejoindre l’emplacement pour lequel il a été créé. Transparent et opaque à la fois, il commence sa véritable histoire, celle d’une éternelle complicité avec la lumière.

dimanche 8 juillet 2007

Un choix contesté : les nouvelles "Sept Merveilles du monde"

Le temple d'Artémis à Éphèse, la grande pyramide d'Égypte Kheops, les jardins suspendus de Babylone, le mausolée d'Halicarnasse, le phare d'Alexandrie, le colosse de Rhodes et la statue de Zeus à Olympie : telle est la liste des Sept Merveilles du monde qui a été établie vraisemblablement par Antipater de Sidon (environ 140 av.J.-C.) et que nous avons tous apprise sur les bancs de l'école.
Devrons-nous désormais revoir notre copie ?
C'est ce que donne à penser le résultat d'un vote qui a été organisé à l'échelon planétaire, via Internet, par le cinéaste suisse Bernard Weber et sa fondation New Seven Wonders après la destruction en Afghanistan par les Talibans, en 2001, des bouddhas géants de Bamiyan. Les internautes, qui se sont exprimés par millions, ont établi ce nouveau top 7 de notre patrimoine mondial :

  • la grande muraille de Chine,

  • la statue du Christ du Corcovado à Rio,

  • le mausolée du Taj Mahal en Inde,

  • la cité nabatéenne de Petra en Jordanie,

  • le Colisée de Rome,

  • les ruines du Machu Picchu au Pérou,

  • la cité maya de Chichen Itza au Mexique.

On devine aisément l'impact touristico-économique d'un tel chamboulement. Toutefois, cette initiative de Bernard Weber, dans laquelle beaucoup de responsables culturels ont vu un déplorable "coup de pub", a été fermement critiquée, comme étant « ni démocratique, ni scientifique », par l'Unesco : « La liste des 7 nouvelles merveilles, a précisé l'organisation internationale, [est] le fruit d'une initiative privée (qui) ne pourra en aucune manière contribuer de façon significative et durable à la préservation des sites élus. »
Il est vrai, à la décharge des organisateurs du vote planétaire, que sur la liste des sept Merveilles du monde que nous a transmise l'Antiquité, six ont été détruites. Mais reste la septième, la Merveille des Merveilles : la grande pyramide du plateau de Gizeh ! Nul ne saurait concevoir, et a fortiori accepter, qu'elle soit tenue à l'écart d'un quelconque classement mondial, aussi
"représentatif" soit-il censé être, de notre patrimoine universel.
Une nouvelle fois à la décharge de Bernard Weber & Co, Kheops a été déclarée "hors concours", car déjà "merveille du monde d'honneur".
Ouf ! L'honneur est (presque) sauf...

Centre-ville du Havre : le béton à l'honneur

Septembre 1944.
Sous les feux croisés des belligérants de la Seconde Guerre mondiale, on n’en était plus à une apocalypse près. Située là où l’avaient décidé les hasards de l’histoire, la ville du Havre n’échapperait pas au désastre. Elle avait déjà subi une première salve de 134 bombardements. Puis, les 5 et 6 septembre, pour neutraliser l’occupation du terrain par les troupes nazies, les bombardiers des Alliés vomirent à leur tour leur cargaison d’obus sur le centre-ville et le port. Bilan : 5 000 morts, 80 000 sans-abri, 12 500 immeubles réduits en décombres. Le centre-ville était détruit à 80 %. La "Porte Océane", par laquelle avaient l’habitude de transiter les étrangers venus découvrir le beau pays de France, ne donnait plus que sur un champ de ruines.

Les Vingt Glorieuses

Comme tous les lendemains de guerre, un chantier colossal de reconstruction attendait les bâtisseurs.
Dans la mesure où l’on se retrouvait devant un espace rasé en quasi-totalité, la tâche serait somme toute facilitée. Tant qu’à faire et les aléas de l’histoire l’ayant voulu ainsi, pourquoi ne pas construire moderne ? Dans le même temps, on se devait de respecter et sauvegarder les vestiges restés debout au cœur du carnage : la cathédrale Notre-Dame avec sa tour-clocher, l’église Saint-François, le muséum d’Histoire naturelle, le monument aux morts, quelques hôtels particuliers du XVIIIe siècle et des immeubles plus modestes témoignant, contre les vents et marées de la folie destructrice, d’un avant auquel les Havrais restaient viscéralement attachés.
Bref, il fallait faire vite et bien, mettre la ville sur les rails du modernisme architectural sans pour autant renier l’histoire et la spécificité du tissu urbain antérieur.
C’est là qu’intervint le génie d’Auguste Perret. L’architecte bâtisseur jouissait déjà d’une belle renommée. Au nombre de ses réalisations, l’immeuble du 25 bis rue Franklin à Paris, la cathédrale d’Oran, le théâtre des Champs-Élysées, l’église Notre-Dame du Raincy, le Mobilier national et le musée des Travaux publics (aujourd’hui Conseil économique et social) représentaient d’incontestables atouts de notoriété. C’est donc tout naturellement qu’au printemps 1945, le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme confia à Auguste Perret et à son Atelier d’étudiants et de collègues le projet havrais. Le Maître allait y déployer tout son talent, selon la philosophie qui lui était propre d’un "classicisme structurel" animé d’une authentique vision humaniste de l’architecture. Il devait d’ailleurs s’employer personnellement à la conception de plusieurs chantiers : les immeubles de la place de l’Hôtel de ville, l’Hôtel de ville et l’église Saint-Joseph.
Auguste Perret n’en était pas pour autant à sa première expérience de construction en période d’après-guerre. Il avait en effet été membre de la section Architecture au Comité national de la reconstruction (1942) et aurait même participé, nous révèle Karla Britton dans son ouvrage consacré à l’architecte (Phaidon, 2003), à la construction du Mur de l’Atlantique sous l’Occupation. L’auteur précise par ailleurs que la commande de la reconstruction du Havre fut confiée à Perret « non en raison du mérite dû à ses travaux passés, mais parce que ses étudiants avaient créé un atelier pour travailler sur ce projet de reconstruction ». Soit ! Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas les éléments pour départager les deux appréciations et nous contentons ici de les juxtaposer.

Un plan en damier
Le plan d’urbanisme du nouveau centre-ville du Havre fut adopté en 1946. Il comportait la création de quelque 200 îlots carrés de 100, 50 ou 25 m de côté, édifiés selon différentes hauteurs. Les techniques de construction privilégiaient l’ensoleillement : d’où l’adoption de deux ou trois orientations pour les appartements, lesquels étaient équipés de larges et hautes fenêtres, du plancher au plafond. Elles incluaient en outre l’adoption de terrasses en lieu et place de toitures, mais surtout l’utilisation systématique du béton armé.
« Mon béton se suffit à lui-même », aimait à dire Auguste Perret. L’architecte a amplement contribué à donner à ce matériau ses véritables lettres de noblesse. Traitées, décorées et colorées, les structures en béton qu’il a imaginées réagissaient différemment à la lumière.
Le "bétonneur" se souciait avant tout du confort et de la qualité de vie des familles appelées à habiter les logements qu’il construisait. Ce faisant, il savait déborder le cadre du gros œuvre ou de l’aménagement de l’espace urbain pour penser les volumes intérieurs, voire le mobilier des ISAI (immeubles sans affectation individuelle). Dans la foulée, les rangements incorporés, les meubles superposables, les cuisines aménagées, les équipements en plastique, les vide-ordures et le mobilier en rotin firent leur apparition.
Du point de vue aménagement urbanistique, c’est un plan en damier qui a été retenu. Les rues se croisaient à angle droit, exception faite du boulevard François 1er qui suivait une diagonale, délimitant des îlots triangulaires. Quitte à subir quelques variantes, la trame en damier a dû également intégrer les monuments et immeubles demeurés intacts après les bombardements de 1944.

Pour assurer une unité architecturale, les alignements de façades et l’organisation de l’espace urbain ont été définis à partir d’un module uniforme de 6,24 m (longueur de portée optimale pour une poutre de béton de l’époque). L’application de ce module (divisible par 6, 8 ou 12) restait cependant relativement flexible pour s’adapter aux contraintes de tel ou tel immeuble ainsi qu’aux particularismes exprimés par tel ou tel architecte de l’Atelier Perret. « Ce dispositif esthétique, note Peter Collins dans Splendeur du béton (Hazan, 1995), offrait l’avantage matériel d’ouvrir la voie à la standardisation et à l’expérimentation de nouvelles techniques. » D’où des économies de matériau et de main-d’œuvre.
Autre avantage de l’adoption de la trame fixe orthogonale : « Les groupes d’immeubles pouvaient être de n’importe quelle largeur, profondeur ou hauteur, dans les limites d’une certaine densité, pourvu que les poteaux occupent les positions indiquées de manière schématique sur le plan directeur. Ainsi, tandis que l’ensemble de la composition répond à un rythme unique, les édifices découpent sur le ciel une silhouette variée. » (Peter Collins)
Disparu en 1954, Auguste Perret ne devait pas voir l’achèvement du chantier qui fut effectivement terminé en 1964, vingt années exactement après son lancement. Mais il en avait assuré l’essentiel : son "esprit".

Affaire classée
Ces dix dernières années, la ville du Havre s’est ingéniée à prendre des initiatives pour mettre en valeur le « caractère exceptionnel de l’œuvre accomplie par Auguste Perret » et, par là, rendre aux habitants « la fierté de leur ville ».
En 1995, le centre-ville reconstruit et ses abords immédiats furent classés en Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP). Désormais, tous les travaux de modification des façades et cours intérieures de cette zone sont soumis à une autorisation préalable de la Ville et des Bâtiments de France. Ils doivent respecter "l’esprit Perret".
L’année suivante, fut entreprise une étude destinée à évaluer la faisabilité d’une inscription à l’Unesco. Puis, en 2001, Le Havre devint la première ville reconstruite auréolée du label "Ville d’Art et d’Histoire".
Ne restait plus à venir que la reconnaissance majeure des experts en patrimoine mondial. La partie n’était, certes, pas gagnée d’avance. Du côté de l’Unesco, en effet, on n’appréciait que modérément le béton à la mode Perret. Et pourtant, le chantier réalisé par l’illustre bâtisseur répondait bel et bien aux critères d’admission définis par l’organisme international, le site concerné devant être un « chef-d’œuvre du génie créateur humain », un « témoignage unique sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante », un « exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ». Le compte était bon
C’est aujourd’hui chose faite : sur présentation d’un dossier judicieusement concocté par la Ville et Docomomo France, organisme non gouvernemental expert en patrimoine architectural moderne, le centre-ville du Havre est inscrit, depuis juillet 2005, sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. « Parmi les nombreuses villes reconstruites, affirme le communiqué officiel de l’Unesco, le Havre est exceptionnelle pour son unité et son intégrité, associant un reflet du schéma antérieur de la ville et de ses structures historiques encore existantes aux idées nouvelles en matière d’urbanisme et de technologie de construction. Il s’agit d’un exemple remarquable de l’architecture et l’urbanisme de l’après-guerre, fondé sur l’unité de méthodologie et le recours à la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame modulaire, et l’exploitation novatrice du potentiel du béton. »
Que demande le peuple ? Il n’en fallait pas davantage pour rendre heureux, et ce à juste titre, les Havrais. À commencer par leur maire, Antoine Rufenacht, qui déclarait une fois connu le verdict : « Considérée par les historiens et les urbanistes comme l’une des réalisations les plus significatives du XXe siècle, la reconstruction du Havre est exceptionnelle. Elle constitue l’une des plus remarquables mises en pratique des connaissances urbanistiques accumulées en Europe à cette époque. […] Le Havre connaît désormais un aboutissement dans la reconnaissance de son architecture, élevée au rang de témoignage de valeur universelle. […] C’est une fierté que chaque Havraise et chaque Havrais ressentent aujourd’hui. Il nous revient de la transmettre aux générations futures pour célébrer nos aînés qui ont su entreprendre avec courage et ambition pour réinventer leur ville. » (http://unesco.ville-lehavre.fr/)

Enfin les honneurs !
Ce n’est un secret pour personne : l’œuvre de Perret ne fait pas l’unanimité. Boutade ou pas, d’aucuns se sont même risqués à prétendre que Le Havre avait été détruite deux fois : pendant la Seconde Guerre mondiale, puis sous la baguette d’Auguste Perret !
D’éminents critiques, experts reconnus dans l’art de bâtir, chipotent sur tel ou tel aspect de la philosophie du Maître, sur sa conception de l’architecture à mi-chemin entre le classicisme et le modernisme, entre les audaces de l’imagination créatrice et la fidélité aux schèmes d’une certaine tradition.
L’incontournable béton armé est au cœur de bien des polémiques. Alors ? Il est beau ou il n’est pas beau mon béton ? Quelle que soit la réponse apportée, ledit béton a tout d’abord l’incontestable mérite d’être un matériau économique et, pourquoi pas ? d’enjoliver le « banal » en se pliant à toutes les fantaisies architecturales. Et puis, soit dit entre nous, comment peut-on objectivement apprécier, avec nos critères contemporains, une œuvre édifiée dans un contexte d’urgence tel que celui d’un après-guerre ?
Contentons-nous de recevoir la réponse qu’Auguste Perret donnait lui-même pour résumer son entreprise de reconstruction : « Remplir le programme – satisfaire le besoin, mais sans gesticulations. »
« Dans la vision urbaine de Perret, commente Karla Britton, il y a surtout (malgré un certain excès) la volonté de répondre au besoin pratique, urgent, d’une reconstruction à grande échelle pouvant être accomplie avec économie et efficacité, sans "gesticulations" théâtrales. »

« Le chemin que j’ai choisi, affirmait Auguste Perret, n’est pas de ceux qui conduisent aux honneurs. »
L’année 2005 et la consécration havraise qui l’accompagne viennent étrangement donner à cette confession une tout autre coloration.

Crédit photos : Ville du Havre

Le Canal du Midi

Inscrit par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité, le Canal du Midi est la partie languedocienne du Canal des Deux-Mers. Il relie Toulouse à Sète (étang de Thau), l’autre tronçon - le Canal latéral à la Garonne - reliant Bordeaux à Toulouse.
La vocation première de cette voie navigable était le trafic des marchandises, mais l’évolution économique ainsi que la concurrence du chemin de fer et du transport routier ont occasionné la
non-rentabilité de bateaux dont la capacité (150 tonnes) était limitée par la longueur des écluses (30 m). D’où un arrêt total de ce trafic en 1990.
Le Canal du Midi n’en est pas pour autant condamné à l’inactivité. Il contribue tout d’abord, pour la part qui lui revient, à l’irrigation des terres agricoles. Cette fonction peut même être prioritaire en cas d’extrême sécheresse. Par ailleurs, l’activité touristique qu’il suscite est en plein développement : 400 bateaux habitables sont loués aux touristes et vacanciers par 17 sociétés. La capacité d’accueil de ces résidences secondaires est de 4 à 12 passagers, aucun permis de navigation n’étant nécessaire.
Au chassé-croisé de ces embarcations louées par des particuliers, viennent se joindre des bateaux à passagers pilotés par des professionnels : péniches-hôtels, bateaux-restaurants, etc. La plaisance contribue aujourd’hui au développement économique des villes et villages riverains. En outre, le tourisme fluvial s’accompagne d’une fréquentation accrue des chemins de halage par des randonneurs pédestres, cyclistes ou équestres.

Un homme de génie

L’idée n’était pas nouvelle, mais encore fallait-il savoir comment la traduire dans la réalité. Ce que ni les Romains, ni François
1er, ni Charles IX, ni Henri IV, ni Louis XIII ne réussirent à inscrire au palmarès des prouesses techniques de leur temps, Pierre-Paul Riquet (1604-1680) parvint à le réaliser, avec une audace qui, aujourd’hui encore, peut laisser pantois.
De quoi s’agissait-il au fait ?
Dans son édit d’octobre 1666, le roi Louis XIV exposait en ces termes les motifs d’un ouvrage qu’il épingla, parmi tant d’autres, à un blason par ailleurs déjà bien doré : « Joindre la mer Océane et la mer Méditerranée par un canal de trans-navigation. Rendre le commerce florissant, en évitant le détroit de Gibraltar, les pirates et la flotte du roi d’Espagne. Donner aux provinces de Languedoc et de Guyenne de plus considérables avantages. »
Ultérieurement, l’intérêt économique du canal fut défini en d’autres termes : « Un cheval, marchant au pas 10 heures sur 24, peut porter 100 kilos ; attelé à une charrette, il peut transporter 1 000 kilos ; attelé à un bateau, il traînera 60 000 kilos. »
Nommé en 1630 contrôleur des gabelles en Languedoc, puis fermier général, Pierre-Paul Riquet eut fréquemment à se déplacer dans le territoire que devait plus tard traverser le Canal du Midi. Sa connaissance de la Montagne Noire lui permit notamment de résoudre la difficulté sur laquelle avaient buté tous ses devanciers : l’alimentation en eau du canal. Comment amener au point culminant de la future voie navigable – le seuil de Naurouze, 191 m – les eaux qui s’écouleraient ensuite, par biefs successifs, à la fois vers l’Atlantique et vers la Méditerranée ?
Assisté du fontainier Pierre Campmas et de l’ingénieur mathématicien François Andreossy, Riquet proposa à Colbert sa solution : capter tout d’abord les eaux de la Vernassonne, de l’Alzeau, du Lampy et du Rieutort pour les déverser, par la "rigole de la Montagne Noire", dans le Sor au Conquet ; puis récupérer les eaux du Sor au lieudit Pont Crouzet pour les diriger, par la "rigole de la Plaine", au seuil de Naurouze, point de partage des eaux. Le troisième élément de ce système fut la création du bassin de régulation de Saint-Ferréol dont la capacité de 6 300 000 m3 permet aujourd’hui encore d’alimenter le canal durant l’été.
Le génie d’un homme avait donc réussi à transformer le rêve en réalité. Le 2 novembre 1665, une rigole d’essai était terminée : les eaux de la Montagne Noire parvenaient à Naurouze. L’impossible projet commençait ainsi à prendre corps. Il fallut encore attendre une quinzaine d’années pour voir l’apparition des premières barques sur le "Canal Royal de Languedoc".

La Sécu avant la lettre
Commencé en 1667, le Canal du Midi fut l’un des tout premiers chantiers de travaux publics de l’époque dite moderne. 12 000 ouvriers, dont 600 femmes pour pallier le manque d’hommes, y furent embauchés. Pendant que les hommes maniaient la pelle et la pioche, les femmes portaient civières et paniers pour le déblaiement.
Les conditions de travail étaient certes rudimentaires. Mais, on le savait, Riquet payait bien. Qui plus est, les salaires étaient assortis de certaines clauses révolutionnaires pour l’époque. À preuve cette annonce du 8 décembre 1669 : « On fait savoir à tous les travailleurs qui voudront s’engager pour travailler au Canal de communication des Mers qui se construit en Languedoc qu’il sera donné à chacun dix livres par mois, sans leur déduire les jours de fête et les dimanches et les jours qu’il pleuvra, qu’ils auront pour se reposer ; et que, de plus, il leur sera fourni logement moyennant deux deniers par jour. Même ceux qui tomberont malades seront payés pendant le temps de leur maladie comme s’ils travaillaient. Et, pour faciliter ledit travail, il leur sera fourni les instruments nécessaires une seule fois, lorsqu’ils s’enrôleront, qu’ils seront obligés de conserver et de tenir en bon état… »
En mai 1681, Daguesseau, intendant du Languedoc, effectua une première visite du canal. Celui-ci pouvait être ouvert à la navigation. Entre-temps, le 1er octobre 1680, Riquet disparaissait. Lui qui avait affirmé : « Il faut achever l’œuvre ou mourir à la tâche » n’aura eu d’autre choix dans cette alternative que celui fixé par le destin. Ses deux fils prirent toutefois la relève pour mener à son terme, quelques mois plus tard, l’immense chantier.

Patrimoine vivant
Il fallut attendre près de deux siècles pour que le Canal des Deux-Mers fût effectivement réalisé dans sa totalité. Le Canal latéral à la Garonne, dont la conception remontait à Vauban, ne fut en effet commencé qu’en 1838, pour être achevé en 1856. Mais, ironie de l’histoire, dès 1857, une ligne de chemin de fer reliait également Bordeaux à Sète. La concurrence, déjà, s’annonçait très rude. Pour simplifier le jeu, la Compagnie des Chemins de fer du Midi prit en bail le canal la même année. Autrement dit, il en jugulait les ambitions.
Finalement, en 1898, l’État français achetait le canal, permettant par là le maintien et le développement du trafic par voie d’eau.
Quant à la suite, elle est connue. Les lois de l’économie ne laissèrent aucune place à la poésie. La propulsion à moteur eut beau remplacer la traction par chevaux ou mulets, le canal ne pouvait plus lutter à armes égales avec les autres moyens de transport. Un inexorable déclin s’annonçait. Seule restait une ultime fonction : le transport des eaux d’irrigation.
Sur ce est advenu un classement au Patrimoine mondial de l’humanité. Devenu site "culturel", le Canal du Midi est dorénavant protégé. Mais l’organisme gestionnaire – les Voies navigables de France – entend bien qu’il reste aussi « vivant et dynamique », tel un axe de communication ouvert à tous. N’est-il pas, pour reprendre l’expression de Vauban, « le plus beau et le plus noble ouvrage de cette espèce jamais entrepris » ?

samedi 7 juillet 2007

Planète Durable : le premier salon grand public du Développement durable à Paris

Les défis environnementaux et les enjeux du développement durable sont devenus la préoccupation de tous : consommateurs, politiques, collectivités, entreprises privées et publiques, associations, ONG... Les citoyens-consommateurs désirent consommer mieux : mieux pour eux, mieux pour la planète, mieux pour l’avenir de leurs enfants.
De nombreuses entreprises ont su anticiper cette tendance, montrer leur créativité et développer une large offre de produits et services alternatifs dans tous les domaines de notre consommation courante.
Vert, bio, éthique, équitable, recyclable, durable, responsable se conjuguent enfin harmonieusement avec innovation, design, tendance et efficacité, sans sacrifier style, qualité, confort ou prix.

Planète Durable, le premier salon grand public dédié à l’éco-conso et à ce nouveau style de vie, se déroulera à Paris, porte de Versailles, du 10 au 13 avril 2008. Il sera la vitrine valorisante et exclusive de toutes ces initiatives, produits et services. Réunissant l’ensemble des acteurs du développement durable en un seul lieu, il offrira aux exposants l’opportunité de communiquer sur leurs engagements et de convaincre les consommateurs que leurs offres représentent une réelle alternative. Il permettra au grand public de voir, toucher, sentir, tester … et consommer mieux.
Plus encore, le salon Planète Durable a pour missions :
- d'être l’ambassadeur et le moteur d’une nouvelle économie ;
- de soutenir l’ambition des exposants, piliers et porteurs d’un monde meilleur ;
- de donner une image positive, enthousiasmante et avant-gardiste du développement durable ;
- de proposer un évènement trans-générationnel, ludique et pédagogique ;
- de démontrer que le développement durable est un progrès plus qu’une contrainte ;
- de faire de Paris la capitale du développement durable ;
- de créer un désir immédiat d’agir et de mieux consommer.

« L'habitat, nous précise Ivan Lacroix, commissaire général du salon Planète Durable, représentera une partie importante du salon dès lors que les entreprises ont des offres en direction du grand public (panneaux solaires à poser soi-même, récupérateurs d'eau, produits d'isolation...). Y auront également pleinement leur place les promoteurs et constructeurs d'habitat vert tels que les maisons bois ou maisons passives. Nous souhaitons montrer et démontrer que le développement durable rime avec modernité et avenir, grâce à la présentation de produits dans tous les secteurs, qui permettent à tous de faire un choix de consommation différente et alternative sans que ce soit pour autant considéré comme une contrainte, mais plutôt comme un progrès. »

La liste des exposants (150 pour la première année) et des animations fera l'objet d'une sélection rigoureuse grâce à une charte et un comité d’éthique garants de la qualité des produits et des services proposés. Le salon comportera quatre pôles principaux :
- un espace réunissant les offres de produits et services de consommation courante : habitat, énergie, transports, alimentation, mode, soins et beauté, tourisme, banques et assurances ;
- un espace de débats, de conférences et d’éducation regroupant les associations, ONG, collectivités et institutions désireuses de présenter leur engagement et leur réflexion ;
- un espace événementiel où se dérouleront animations et initiations, pour petits et grands : mini concerts, défilés de mode, expositions, circuits éducatifs…;
- un marché où les visiteurs pourront acheter et emporter tous types de produits "responsables et solidaires" cet espace sera propice aux échanges avec producteurs ou fabricants et permettra aux visiteurs de faire leurs achats pour tester et initier une nouvelle habitude de consommation.

Planète Durable adoptera, dans sa conception comme dans sa communication, une démarche exemplaire en phase avec les exigences de protection de l’environnement (choix des revêtements de sol, cloisons, énergie, outils de communication, gestion des déchets, etc…). D’autre part, et pour la première fois dans le monde des salons, un bilan carbone de l’évènement permettra d’évaluer les bénéfices environnementaux des actions engagées. Enfin, parce qu’un grand nombre d’initiatives extraordinaires contribuent à soutenir les principes du développement durable dans le monde, 1euro par billet d’entrée acheté sera reversé à une association choisie par les organisateurs.

Les sociétés et entreprises souhaitant présenter leur candidature pour exposer au salon du Développement durable peuvent prendre contact avec Ivan Lacroix :
8, Villa des Sablons 92 200 Neuilly-sur-Seine
tél : +33 (0)1 76 74 79 01
mobile : +33 (0)6 82 82 51 16
ilacroix@planete-durable.com

vendredi 6 juillet 2007

5 mm de moins pour le diamètre de la Terre

Cliché Google Earth

D'éminents savants l'affirment : le diamètre de notre bonne vieille Terre subit des variations pour cause de changement de température (donc de masses volumiques) et de ralentissement de sa rotation lié aux marées. Il aurait ainsi diminué de 10 à 20 km environ depuis le début de l'histoire de la Terre.
Ce constat vient d'être confirmé par une équipe de chercheurs de l'Institut de géodésie de l'université de Bonn dont les études, basées sur l'utilisation d'un système d'ondes radio, ont abouti aux conclusions suivantes : le diamètre de la Terre est aujourd'hui de l'ordre de 12.756,274 km, soit en réalité inférieur de... 5 mm comparativement à la dernière mesure effectuée il y a cinq ans. Qui plus est, ils ont constaté que l'Europe prend progressivement ses distances par rapport au continent nord-américain puisqu'elle s'en éloigne de 18 mm par an.

(d'après l'AFP)

jeudi 5 juillet 2007

Tunnel sous la Manche : les premiers pas

Le Transmanche fait désormais partie de nos habitudes. On va aujourd’hui faire ses emplettes à Londres en empruntant l’Eurostar comme on se rend à Palavas-les-Flots rendre visite à Belle-Maman. De jour comme de nuit, que la mer soit calme ou démontée, le Channel est devenu un trait d’union et non plus ce fossé qui, des siècles durant, a encouragé l’"insularisme" de nos voisins britanniques.
Le « chantier du siècle » ne fait plus rêver. Mais avant la fameuse jonction, le 1er décembre 1992, à 12h12 précisément, des équipes de forage française et britannique à 15,6 km de la France et 22,3 km de l’Angleterre, de nombreux projets auront vu le jour, avec moult tergiversations dues au fait que le grand rêve de certains correspondait, point par point, à la crainte tout aussi grande ressentie par d’autres.

Déjà en 1751

Tel le flux et le reflux des vagues qui viennent, inlassablement, se perdre sur les plages de la Manche, parfois nonchalantes, parfois arrogantes, le projet de tunnel reliant France et Grande-Bretagne a donc fait de fréquentes apparitions, plus ou moins sereines, quelquefois tumultueuses, sur la scène de l’actualité.
Le tunnel a une longue histoire faite de petits pas précédant le "pas de géant" qui aboutit à sa construction effective de 1986 à 1994, année de la mise en service des navettes autocars du Shuttle.
Déjà en 1751, l'ingénieur physicien et géologue Nicolas Desmarest imagine que l'on pourrait construire un pont ou creuser sous le détroit et il adresse à Louis XV, en 1753, un mémoire intitulé « Dissertation sur l'ancienne jonction de l'Angleterre à la France ».
Quelques dizaines d'années plus tard, Albert Mathieu-Favier, ingénieur des Mines, imagine à son tour une voie souterraine formée de deux voûtes superposées, la voûte inférieure servant à l'écoulement des eaux d'infiltration et la galerie de circulation étant une route pavée éclairée par des becs à huile et permettant aux diligences d'effectuer la traversée en cinq heures environ, toute claustrophobie mise à part. Pour l'aération, l'ingénieur a prévu une série de cheminées débouchant au-dessus des vagues. Quant aux eaux d'infiltration, elles seront pompées à chaque extrémité du tunnel, de part et d'autre du détroit.
L'empereur Napoléon 1er trouve fort intéressant ce projet, mais le prurit de la guerre contre
la Perfide Albion le reprend et l'on n'entend plus parler de tunnel pendant trente ans.
1830 : nous voici en pleine révolution industrielle. L'idée d'une liaison fixe traversant le détroit est relancée et l'on voit apparaître une multitude de nouvelles propositions, ambitieuses certes, mais parfois bien utopiques. C'est du genre : succession de bateaux géants placés de distance en distance et supportant le tablier d'un pont traditionnel ; tube de fonte posé au fond de la mer ; construction de deux jetées de huit kilomètres chacune, allant à la rencontre l'une de l'autre ; chemin de fer flottant (projet de Verdu de Behobie)...

Le "Père du tunnel"

Aimé Thomé de Gamond : un nom à retenir ! Cet ingénieur hydrographe français a consacré une longue partie de sa vie et toute sa fortune à transformer l'utopie en réalité. À partir de 1833, afin de donner à ses différentes propositions de jonction entre la France et l'Angleterre une assise vraiment scientifique, il refait pour son compte toutes les études géologiques antérieures et il analyse minutieusement la nature du terrain.
Pour effectuer ses sondages, il se transforme en plongeur. Sans scaphandre, lesté de quatre sacs de galets de vingt kilos chacun, les reins entourés d'une ceinture de vessie gonflée pour assurer la remontée, il va explorer le relief du fond de la mer. Contre les effets de la pression, il se remplit les oreilles et le nez de coton et de toile imprégnés de beurre. Il porte un bonnet avec une mentonnière et prend la précaution, avant de plonger, de se remplir la bouche d'une cuillerée d'huile d'olive et de se faire arrimer solidement à deux cordes: l'une de sécurité, l'autre d'alarme.
Ainsi harnaché, il descend jusqu'à une profondeur de trente-trois mètres. En arrivant au fond, il prélève un échantillon du sol qu'il place dans un sac, puis, d'un coup de spatule, il tranche les cordons du lest pour remonter à la surface.
C'est ainsi que débute vraiment l'aventure du tunnel ! En 1856, Thomé de Gamond est en mesure de présenter un dossier définitif. "Son" tunnel relie le cap Gris-Nez à la pointe Eastware en Angleterre. Il se présente comme une voie cylindrique voûtée, en pierre, de neuf mètres de haut et sept de large, les deux mètres restant étant réservés à l'assainissement. L'aménagement d'une double voie ferrée et de deux chemins de service pour la circulation piétonne est prévu. À chaque extrémité, une tour à ciel ouvert forme une station frontière. Au milieu, une station maritime gigantesque permet de rentrer en communication avec le tunnel. L'aération est assurée naturellement, grâce au courant d'air créé par les deux puits de départ et d'arrivée. À la lumière des gazomètres implantés tout au long du parcours, les passagers peuvent enfin traverser la Manche à pied sec !
Napoléon III manifeste immédiatement son intérêt pour ce projet grandiose, ainsi d'ailleurs que la reine Victoria. La souveraine est d'autant plus enthousiaste qu'elle souffre du mal de mer.
Thomé de Gamond est loin toutefois de créer l'unanimité autour de lui. Le Premier ministre britannique, pour ne citer que lui, fait connaître son opposition à une opération dont le but est de « raccourcir une distance que l'on trouve déjà trop courte » !
Autre avis : celui de l'ingénieur anglais William Law qui préconise un tunnel à deux voies et non plus à une seule, plus une autre galerie pour les eaux d'infiltration et la maintenance.
En 1867, William Law est reçu par Napoléon III. Au terme de l'entretien, fort des encouragements reçus de l'empereur, il forme en Grande-Bretagne un Comité du Tunnel auquel se rallient rapidement deux autres ingénieurs britanniques, John Brunless et John Hawkshaw, puis Thomé de Gamond lui-même qui abandonne ainsi son propre projet.

Premiers forages, premier échec

Éclate alors, en 1870, la guerre franco-allemande. Le tunnel est momentanément oublié. Il redevient d'actualité en 1874-75 lorsque, pour le compte de la Channel Tunnel Company et de la Société du chemin de fer sous la Manche, les premiers forages sont autorisés.
Courant 1876, une usine est construite à Sangatte et, à partir de 1882, les pics des mineurs sont remplacés par la machine perforatrice du colonel Beaumont... un tunnelier avant l'heure.
Le 18 mars 1883, à 55,20 m au-dessous du niveau de la mer, la galerie atteint une longueur de 1 839,63 m, dont 156,10 creusés à la main. La machine, pour sa part, fait merveille : elle progresse de près de 400 m par mois.
Les tarifs de la traversée, par tête et par kilomètre, sont même déjà arrêtés. En « voiture couverte, fermée à glaces et à banquettes rembourrées », on devra payer 37 centimes du kilomètre alors qu'en première classe (« voiture couverte, garnie et fermée à glaces »), il faudra débourser 50 centimes.
Les animaux seront transportés à petite vitesse : 50 centimes du kilomètre pour un boeuf, une vache, une bête de trait, etc.; mais 10 centimes seulement pour un mouton ou une chèvre. Quant aux marchandises, retenons que les huîtres et le poisson frais auront droit à la grande vitesse, tandis qu'on réservera la petite vitesse à la viande fraîche, aux "drogues", aux spiritueux, aux métaux, à la pierre de taille... On prend quand même la peine de mentionner que ces tarifs « ne comprennent pas l'impôt dû à l'État ».
Pendant ce temps, l'opposition à la création du tunnel va bon train du côté britannique, notamment de la part des militaires et de l'élite du parti Conservateur. On entretient la crainte de « se réveiller en présence d'une armée française surgie du tunnel pendant la nuit ». Les réticences sont si clairement affichées qu'elles prennent bientôt le dessus. Conclusion : les travaux de prospection sont interrompus. Nous sommes le 25 août 1883.

1986 : it's O.K.

Durant un siècle, les projets les plus divers vont alors nourrir l'imagination des successeurs de Thomé de Gamond. Pont ou tunnel ? Tunnel ou pont ? Tunnel et pont ? Et toujours prédomine cette obsession de trouver le moyen le plus expéditif d'interrompre le passage entre France et Grande-Bretagne en cas de conflit armé.
Pour calmer les appréhensions de lord Wolseley, ministre britannique de la Défense à la fin 1889, la Compagnie française du tunnel sous la Manche imagine de construire à chaque extrémité du tunnel un viaduc d'accès en arc de cercle contournant les falaises du cap Blanc-Nez en France et de Shakespeare's Cliff en Angleterre. La raison ? En deux heures, l'un et l'autre de ces viaducs peuvent être détruits. Plus d'invasion possible !
En dépit de cet embrouillamini d'hésitations incessantes, le tunnel continue de survivre à toutes les pétitions, motions, recommandations, objections ou autres subterfuges qui font progresser l'histoire... à reculons ! La preuve ? Après je ne sais quelle négociation succédant à je ne sais quelle convention, elle-même fruit d’un certain "livre vert" (à moins qu'il ne s'agisse du "livre blanc" qui suit à six mois d'intervalle !), les travaux de prospection reprennent dans les galeries d'essai de Longatte et de Douvres. On importe même des U.S.A. deux tunneliers « Robbins » spécialement conçus pour le forage sous la Manche. La longueur de cette machinerie est d'une centaine de mètres avec les accessoires, pour un poids total de 210 tonnes. La tête de coupe a cinq mètres de diamètre ; elle porte cinq pics en son centre et vingt-trois molettes de forage.
Malheureusement, le choc pétrolier de 1973 entraînant de part et d'autre du Channel de très sérieuses difficultés financières, les partenaires britanniques prennent à nouveau l'initiative de transformer leur « oui mais » en un « non » catégorique. Le 20 janvier 1975 est annoncée la décision officielle d'abandonner le programme engagé. Les tunneliers sont laissés là où ils se trouvent, au fond de la galerie côté anglais, au fond d'un hangar côté français.
Il faudra attendre 1986 pour voir enfin... le bout du tunnel ! Après une consultation internationale lancée conjointement par les gouvernements français et britannique, le projet Eurotunnel est retenu. En Grande-Bretagne, le projet de loi est voté par la Chambre des Communes à une très large majorité, en février 1987, puis par la Chambre des Lords, en juillet de la même année. Accord identique en France : les deux projets de loi de ratification du traité et de la concession sont adoptés à l'unanimité par l'Assemblée nationale en avril, puis par le Sénat en juin 1987.

Le 3 avril 1992, SAR le duc d'Édimbourg emprunte le tunnel sous la Manche pour se rendre en France, près de deux siècles et demi après la « Dissertation » de Nicolas Desmarest.

Un matériau pour la fabrication de mobilier qui pourrait bien "cartonner" !

Photo feedecarton.com

« Il était un petit homme, pirouette, cacahouète
Il était un petit homme
qui avait une drôle de maison (bis)

Sa maison est en carton, pirouette, cacahouète
Sa maison est en carton
ses escaliers sont en papier (bis) »

Cette chansonnette d'antan retrouve une étonnante actualité.
Des maisons en carton ? Peut-être pas... En tout cas, pas pour l'instant.
Mais des meubles en carton ? Assurément !
Delphine Magisson, Catherine Mainardi et Valérie Dos Santos, trois créatrices de mobilier fabriqué avec ce matériau, ont ouvert récemment leurs portes à Gwenola Doaré, rédactrice en chef de la revue Habitat Naturel, pour lui présenter leurs différentes créations. Et le résultat est plus que flatteur : « Le carton est un éco-matériau, une matière première fantastique qui permet toutes les audaces en mobilier, objets utiles, accessoires de décoration d'intérieur... C'est un matériau solide, malléable, durable qui s'intègre de plus en plus dans les maisons écologiques. » (Habitat Naturel, n° 15, juillet-août 2007, p. 72)
Comment en douter ? Le carton a de nombreux atouts : légèreté, souplesse, flexibilité et – contrairement à certains a priori – résistance, solidité et robustesse. Bien évidemment, il est facile à trouver et recyclable, donc écologique.
« Il est donc grand temps que le carton reprenne ses titres de noblesse et que le meuble en carton contribue activement à l'environnement, en intégrant notre quotidien ! » (Delphine Magisson)

Plus d'informations :

Carton Design

Fée de carton

Mobilia dell arte

L'appel de la nature

Il est difficile, voire irresponsable, par les temps qui courent, d'échapper aux impératifs du développement durable. Cette appellation vaut ce qu'elle vaut (on aurait pu trouver mieux !), mais elle est désormais installée dans les recherches, colloques, réflexions et décisions qui, de près ou de loin, concernent le sort de notre planète. Donc notre propre destin...
Nous le savons : plus rien ne sera comme avant, notamment dans nos manières de construire et d'aménager notre habitat. Fort heureusement, les bâtisseurs d'aujourd'hui (re)découvrent des matériaux et techniques plus respectueux de l'environnement, quand bien même serions-nous amenés à changer nos habitudes de confort, sans pour autant nous transformer en robinsons des temps modernes.
C'est ainsi que (re)font leur apparition sur nos chantiers non seulement le bois, mais encore le chanvre, la paille, la terre et autres matériaux recyclables, non issus d'une industrie lourde grosse consommatrice d'énergie. Les matériaux bien installés, du genre béton et métal, qui ont surfé sur la vague de la reconstruction de l'après-guerre, font eux-mêmes l'objet de maints réajustements dans leurs caractéristiques techniques afin de répondre à une certaine Réglementation thermique 2005, en attendant mieux. Comme cerise sur le gâteau, on s'est mis sérieusement en quête d'une énergie "propre", en ayant recours aux ressources naturelles et "renouvelables" que sont l'eau, le vent et le soleil.
Aujourd'hui, pendant que certains aménageurs se font des gorges chaudes de leurs projets surdimensionnés, dans une course aux records un peu folle, d'autres bâtisseurs éco-responsables planchent sur des réalisations, parfois encore confidentielles, mais infiniment plus soucieuses d'un devenir qui nous est cher entre tous : celui de l'Homme (avec la majuscule, s'il vous plaît !).
Pour suivre de près cette indispensable évolution, je vous invite à consulter régulièrement une publication, à mon sens exemplaire par la qualité de son traitement de l'information et la richesse de son contenu : la revue bimestrielle Habitat Naturel. Au sommaire du dernier numéro (juillet-août 2007) : des maisons aquatiques, géothermie et monomur, la climatisation solaire, le liège comme isolant 100 % naturel, les cabanes dans les arbres, l'utilisation du chanvre dans la construction, les premières maisons "passives" en France...
Avec les menaces de pourrissement qui guettent notre planète et ont déjà commencé les ravages que l'on sait, il n'est pas interdit d'envisager encore la « maison de ses rêves ». Mais, nous le savons, le rêve a maintenant changé de "nature"...

Quand les rues étaient pavées de bonnes attentions


Les coureurs cyclistes du célèbre Paris-Roubaix en savent quelque chose: le pavé est parfois synonyme d'enfer. Les barricades du Quartier Latin, en mai 68, firent également à ce matériau la plus directe, la plus "frappante" des publicités.
Si aujourd'hui les "carreaux" ou cubes de granit ont quasiment disparu de nos routes et voies urbaines, il sont encore utilisés pour l'aménagement de places ou d'espaces piétonniers. Ils y tiennent, pour le plus grand plaisir des yeux, le "haut du pavé".

Du chemin en terre à nos autoroutes modernes, la route fut longue. Elle a été jalonnée de géniales inventions, notamment celles mises au point par l'ingénieur français Pierre-Marie Jérôme Trésaget, l'Écossais John Loudon McAdam et l'Anglais Edgar Purnell Hooley qui méritent assurément notre considération.
Rappelons donc leurs exploits techniques. L'inspecteur général des Ponts et Chaussées Trésaguet (1716-1796) a, le premier, conçu des routes stabilisées grâce à la technique du "hérisson" (plusieurs couches superposées: un soubassement en pierres de 17 cm d'épaisseur, une couche d'éclats de pierre de la même épaisseur et une couche de gravier fin de 8 cm). Vint ensuite McAdam et son invention, en 1815, du procédé qui porte son nom: revêtement de chaussée, constitué de pierres concassées, liées entre elles par un matériau sableux et compactées au moyen d'un rouleau compresseur. Honneur enfin à Hooley qui, en 1854, a perfectionné le "macadam" pour le transformer en "tarmacadam", autrement dit en y ajoutant du goudron. D'autres évolutions suivront bien évidemment pour améliorer la technique (asphalte ou enrobé avec comme liant le bitume, moins polluant, enrobé drainant, chaussée composite bitume-béton...), mais la voie était tracée.

L'un des plus vieux métiers du monde
Il semble que les Carthaginois furent les premiers à paver les rues de leur ville. Ils furent imités en cela par les Romains qui, sous l'impulsion notamment de Jules César, justement dénommé «curator viarum» (on dirait aujourd'hui ingénieur des Ponts et Chaussées), utilisèrent les pavés et les dalles pour consolider leurs voies urbaines. Ces viae silice (ou lapide) stratae se distinguaient donc, dans la technique mise en oeuvre, des viae terrenae (pistes de terre battue et nivelée) et des viae glarea stratae
Dans les deux cas où un revêtement de surface (graviers ou pavés) était appliqué, les cantonniers romains veillaient à stabiliser l'infrastructure. Le sol (glaise, vase...) était d'abord affermi avec l'apport de terres plus compactes. L'aire était ensuite faite de béton, puis recouvertes de plaques irrégulières (grès, granit, basalte ou silex) ou de dalles en pierre dure et parfois de marbre. Certaines des voies romaines étaient construites sur pilotis, avec des encaissements de béton recouverts d'une couche de briques et de pierres liées par du mortier de chaux. Le pavage ou les cailloux roulés étaient ensuite disposés sur ce revêtement.
Les chaussées étaient bombées pour faciliter l'écoulement des eaux vers des caniveaux parallèles à la voie. Les trottoirs étaient délimités par des accotements en pierre. (routes recouvertes de graviers pilés).

Un pavé dans la mare
Enjambons allègrement les siècles et les frontières pour nous retrouver à Paris au XIIe siècle. Outre ses démêlés avec les Plantagenêts et son appétit de croisades, Philippe Auguste se découvrit d'autres préoccupations, disons d'ordre domestique. Sa Majesté était tout bonnement incommodée par les relents et autres odeurs nauséabondes qui lui parvenaient de la rue où vivait et circulait tant bien que mal le bon peuple. Voici ce que narrent les infos de l'époque, en l'occurrence la Chronique de l'abbaye de Saint-Denis en l'an de grâce 1186: «Philippe, toujours auguste, retenu alors quelques temps à Paris par les affaires de l'État, s'approcha d'une des fenêtres de son palais, où il se mettait ordinairement pour se distraire par la vue du cours de la Seine. Des chariots qui traversaient en ce moment la Cité ayant remué la boue, il s'en exhala une telle puanteur que le roi ne put y tenir. Dès lors, il forma le projet d'un travail bien ardu, mais nécessaire, et qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé entreprendre, à cause des grands frais et des difficultés que présentait son exécution; il convoqua les bourgeois et le prévôt de Paris et, en vertu de son autorité royale, il leur ordonna de faire paver toutes les rues et places de la ville, avec de fortes et dures pierres.»
Les paveurs se mirent donc à l'oeuvre sur les axes les plus importants de la capitale, à commencer par la rue de la Barillerie et la "Croisée de Paris" (approximativement les rues actuelles de Saint-Jacques, Saint-Denis, Saint-Antoine et Saint-Honoré). Les matériaux utilisés étaient soit des "carreaux" (les plus grands étant des dalles de 1,30 m x 1 m et de 33 cm d'épaisseur ), soit des "rabots" (petites dalles de 5 à 6 centimètres carrés et de 16 à 19 centimètres d'épaisseur).
Les deniers publics financèrent les travaux d'aménagement des voies les plus fréquentées. Pour les autres, les habitants durent mettre la main à la besace pour «amender et refaire chacun en droit soy, les pavements des chauciés». Ceux qui rechignaient à verser leur quote-part à cette grande opération de salubrité publique étaient rappelés à l'ordre par qui de droit.

Les pavés du roi
Quelle qu'ait été la responsabilité des décideurs de l'époque, il faut bien constater que l'aménagement de Paris progressait à vitesse petit V, ce qui amena François 1er, en 1539, à pousser une belle colère face à l'état déplorable des rues de la capitale, «chose à grande esclandre, [...] déshonneur d'icelle ville, au grand grief des créatures humaines y demeurant et fréquentant».
En 1605, Henri IV décida de faire des pavés une affaire d'État, celui-ci prenant à sa charge tous les frais d'aménagement des chaussées parisiennes. Les paveurs se remirent donc à l'ouvrage avec un enthousiasme accru. Toutefois, les chroniqueurs n'ont pas manqué de noter que sous le règne de Louis XIII, la moitié des rues de la capitale étaient toujours en terre battue. La technique pourtant fit de notables progrès puisque "carreaux" et "rabots" furent progressivement remplacés par les "pavés du roi", des "échantillons" en grès, cubiques et plus légers, d'une épaisseur de 8 ou 9 pouces (23 cm).
Modernisation ou pas, le confort des utilisateurs, piétons ou conducteurs de chariots, tardait à apparaître. Le romancier et essayiste Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), en observateur averti de la vie quotidienne à Paris, en avait même des haut-le-coeur: «Un large ruisseau coupe les rues en deux. S'il pleut fort, il faut dresser les tréteaux, des ponts tremblants [...]; une puanteur horrible vous saisit; le riverain en profite pour y vider sa fosse à peu de frais.»
"Tenir de haut du pavé" avait alors tout son sens. C'était en tout cas la condition sine qua non pour ne pas se ridiculiser en mettant malencontreusement les pieds dans la gadoue méphitique de la chaussée.
Au cours du XIXe siècle, le pavé était toujours au centre des débats: du pavé de grès ou de celui de bois qui fit son apparition rue Madame en 1865 et boulevard de la Chapelle en 1867, lequel fallait-il choisir? Histoire de corser encore davantage le débat, en réponse à Léon Malo, l'auteur de L'asphalte, son origine géologique, sa préparation, ses applications qui défendait évidemment les mérites de ce nouveau revêtement de chaussée, les pro-pavés avancèrent des arguments de choc: «[Avec des revêtements en asphalte], on n'entendra pas venir les voitures et l'on sera sans cesse exposé à se faire écraser.»
Que rétorquer à ce plaidoyer? Rien assurément, sinon que le pavé avait encore de beaux jours devant lui. Pour atténuer le bruit et les cahots des voitures sur la chaussée parisienne, le pavé de bois, posé sur lit de béton, eut la cote et se généralisa. La société britannique Improved Wood Pavement Company décrochait ainsi un joli marché puisqu'elle se voyait attribuer le pavage des Champs-Élysées et la place de la Concorde. Dans le même temps, les Grands Boulevards, la rue Royale, l'avenue de l'Opéra et la rue de Rivoli furent confiés à une société française pour l'application de ce même procédé. L'usine municipale de fabrication de pavés de bois du quai de Javel tournait à plein régime. Mais, quoique adaptés à cet emploi, le pin des Landes, puis les bois exotiques n'en étaient pas moins glissants et fragiles, en dépit du fait qu'ils étaient saupoudrés de sable ou de gravier pour plus d'adhérence. Ils furent donc rapidement, puis définitivement abandonnés en 1938.
C'est alors que se généralisa le pavé de granit, plus résistant que le pavé de grès et mieux adapté aux exigences modernes de la circulation, que le pavé de bois. De cette même époque date le remplacement de l'"échantillon" par le "mosaïque" qui, au dire du directeur des Travaux de Paris, «supporte le trafic automobile léger et résiste même au passage répété de lourdes charges, lorsqu'il s'agit de véhicules montés sur bandages caoutchoutés. On apprécie également son aspect agréable, ses qualités antidérapantes et son insonorité relative.»
Le pavage en mosaïque (cette appellation étant due à la variété de couleurs des pavés utilisés) comporte trois éléments: la fondation en béton (partie solide), le matelas élastique, d'une épaisseur de 3 à 5 centimètres, et la couche de roulement (les pavés).
On connaît la suite avec mai 68 et ses élans apocalyptiques rythmés par le slogan contestataire«Sous les pavés, la plage». Forts de l'expérience de ce chantier de démolition soudain et improvisé, les édiles parisiens décidèrent de généraliser le bitume sur l'ensemble des artères de leur ville. En signe ou non de provocation, le bon vieux pavé fit pourtant sa réapparition dans les années 1980 sur des sites plus que symboliques: place de la Sorbonne, place Beaubourg, quartier des Halles... Sans doute n'avait-il pas fini d'inscrire son histoire au coeur de la cité. La preuve? Il avait même pris le temps de se donner un nouveau look: le pavé scié.

Organisation d'une profession
Le site
http://philippe-auguste.com/ nous apprend que «les paveurs en 1397 n'étaient pas encore une communauté», mais qu'ils étaient déjà «bien organisés professionnellement». Le document le plus ancien concernant le métier de paveur est en effet une lettre de Jehan de Folleville, confirmée par des lettres patentes de Charles VI le Bien-Aimé. Selon cet écrit, quinze jurés de la maçonnerie, qualifiés de paveurs, élisaient le "visiteur du pavé", rebaptisé plus tard "paveur juré du roi". L'histoire a retenu le nom du premier paveur à avoir assumé cette fonction: Thomas Le Raale. Les attributions de ce fonctionnaire spécial débordaient la simple surveillance des chantiers, car il était également une sorte de contrôleur des travaux finis. Sous l'autorité du prévôt de Paris, il avait pour mission de porter une attention toute particulière à la qualité autant du matériau utilisé qu'à sa mise en oeuvre. Les nouveaux chantiers et les anciennes rues à restaurer étaient sous sa responsabilité directe.
Les premiers statuts de paveur professionnel verront le jour en 1502, sous le règne de Louis XII. Une publication de la Chambre syndicale des entrepreneurs de travaux publics et privés de Paris et de la région parisienne (1962, diffusion restreinte) rappelle les circonstances de cette création: les statuts
«furent dressés par Jacques d'Estouville, garde de la prévôté de Paris. Suivant leurs prescriptions, l'apprentissage au métier de paveur [devait] durer trois années et le chef-d'oeuvre de réception à la maîtrise [consistait] en un pavage de partie de rue pointue ou tournante. Le coût de cette maîtrise [était] fixé à 40 sols, réduit à 10 sols pour les fils de maître».

Le cahier des charges était on ne peut plus précis: les pavés ou carreaux devaient être bien parés, des quatre côtés s'il vous plaît, et le ruisseau du milieu de la rue devait être aménagé avec les plus excellents des pavés.
En 1501, le "visiteur du pavé" fut remplacé par trois contrôleurs, auxquels succéda plus tard le Maître général des oeuvres, assisté de six paveurs jurés et d'un greffier. En 1708, la profession était supervisée par l'Inspecteur général du pavé de la ville.
Les statuts, modifiés en 1579, 1604 et 1751, précisaient que le grès utilisé pour la fabrication des pavés devait provenir notamment de Fontainebleau ou de Montigny. Les droit de maîtrise étaient fixés à trois cents livres pour les fils de maître. Quant au montant de l'adhésion à la confrérie des paveurs, il était de quarante sols à payer le jour de la Saint-Roch.
Les entrepreneurs de pavage de Paris se réunirent en société en 1810, sous l'appellation de "Communauté des paveurs". Deux ans plus tard, leur organisation acquérait un statut pleinement officiel puisqu'elle reposait sur une ordonnance approuvée par le ministre de l'Intérieur, en conformité avec l'arrêté gouvernemental du 12 Messidor de l'an VIII et la loi du 12 Germinal de l'an XII.
En 1819, la "Communauté des paveurs" a fusionné avec les autres sociétés de paveurs parisiens en prenant le nom de "Chambre syndicale des entrepreneurs de pavage", puis, en 1871, celui de "Chambre syndicale des entrepreneurs de pavage, terrasse, granit, bitume et égouts du département de la Seine", et finalement, en 1921, celui de "Chambre syndicale des entrepreneurs de travaux publics et privés de Paris et de la région parisienne".
Aujourd'hui, le compagnon paveur est salarié d'une entreprise de travaux publics, affiliée ou non à la Fédération nationale des Travaux publics (FNTP) ou à l'Union des syndicats de l'industrie routière française (Usirf)




Filière de formation
La formation au métier de paveur est actuellement sanctionnée par deux diplômes: un Certificat de qualification professionnelle (CQP) Travaux publics «Constructeur en voirie urbaine et réseaux» et un CAP-BEP Routes attestant de la maîtrise des techniques pour l’enrobé routier (partie champ) et la voirie ville (partie pavé).
Le CQP est délivré paritairement par le employeurs et les salariés, reconnu par la profession et garantissant une position dans la classification ouvrière (au minimum au niveau 2 Position 1 de la Convention collective nationale des ouvriers TP).
S'adressant à des ouvriers pouvant justifier de cinq ans d'expérience professionnelle dans le domaine de la voirie urbaine, ce certificat apporte une reconnaissance officielle de leur savoir-faire (préparation et installation de réseaux, pose de bordures et de caniveaux, réalisation d'ouvrages coulés sur place et de revêtements de voirie) «dans le respect de la sécurité, de la qualité et du travail en équipe».
Le CAP Constructeur de routes est par exemple préparé au LSTP Les Panevelles à Provins, au CFA TP Bourgogne à Dijon ou encore au CFA BTP de Périgueux. Une liste exhaustive des centres de formation peut être consultée sur le site de l’Usirf
www.usirf.com.

mercredi 4 juillet 2007

Lumières sur la ville

La Fée Électricité a opéré, dans les rues de nos cités, la magie que l'on sait. Des ténèbres à la clarté, le chemin fut long, non exempt de chausse-trapes et autres pièges obscurs. Il fut surtout marqué par quelques géniales inventions et les acteurs de cette mise en scène nocturne, au rang desquels figure un certain allumeur de réverbères.
Flash-back sur une histoire d'ombres et de lumières.


L’éclairage public remonte à l'Antiquité. À Rome, Édesse ou sur l'"Avenue blanche" d'Antioche, des chandelles fabriquées avec de la filasse enduite de cire et de poix étaient déposées dans des niches, à intervalles réguliers sur quelques axes principaux, pour éclairer les pas des noctambules. À Éphèse, la célèbre Arcadiané, une avenue reliant la ville au port, était bordée de portiques couverts, pavés de mosaïques et éclairés par une cinquantaine de lampes «jusqu'à la statue du sanglier».
Ces grandes cités firent, il est vrai, exception. Par crainte des incendies ou par manque de budget approprié, les édiles ne se préoccupaient généralement pas d'un tel aménagement urbain. Ils préféraient laisser aux habitants exerçant une activité nocturne le soin d'illuminer le devant de leur porte, plus pour signaler leur propre échoppe que par égard pour les piétons empruntant la chaussée. Parfois, par acquit de conscience, ils se fendaient d'un beau décret, tel notre bon saint Louis qui, en 1258, par l'intermédiaire d'Étienne Boylesve, prévôt de Paris, émit l'ordonnance que «chaque propriétaire ait à éclairer sa façade à l'aide d'un pot-à-feu sous peine, pour tout contrevenant, d'amende et de peine de prison». Mais sous prétexte d'économies de bouts de chandelles, les villes se retrouvaient dans une quasi obscurité, ponctuée de-ci de-là par les flambeaux ou feux qu'utilisaient les couche-tard pour leurs déplacements, ou par les "joyeuses entrées" des demeures princières.


Fières chandelles
En fait d'éclairage urbain, Paris n'a, en 1314, à la fin du règne de Philippe le Bel, que trois lumières en place: une qui a été installée vers l'an 1300 sous la voûte du Grand Châtelet (siège de la juridiction
royale), une autre à la tour de Nesle et la troisième au cimetière des Innocents.
En 1367, Charles V le Sage y va à son tour de son ordonnance décrétant l'obligation d'un éclairage public à Paris. Ce décret reste cependant lettre morte.

Et rebelote sous Louis XI (1461-1483). Le prévôt de l'époque enjoint aux habitants de la capitale «d'avoir armures dans leurs maisons, de faire le guet dessus les murailles, de mettre flambeaux ardents et lanternes aux carrefours des rues et aux fenêtres des maisons». Mais en ce temps-là, commentent malicieusement Paulette et Maurice Déribéré, «le guet se promenait de loin en loin en faisant beaucoup de bruit pour bien prévenir les voleurs d'avoir à s'effacer un court instant devant eux, car les détrousseurs étaient la nuit les maîtres de la ville, les rues étroites étaient de véritables coupe-gorges et le guet lui-même, parfois attaqué, avait grand peur».

Une nuit de septembre 1465, Mgr Balue, évêque d'Évreux, se trouve à passer dans la rue de la Barre-du-Bec, accompagné de sergents portant des torches. Le prélat et son escorte sont attaqués par des assaillants qui s'emparent des torches et les éteignent pour mieux en découdre. L'histoire toutefois ne dit pas quelle fut l'issue de cette malencontreuse aventure.
Il faut attendre 1524 et surtout 1558 pour voir apparaître les premiers véritables essais d'éclairage public à Paris. Le 17 juin 1524, sous le règne de François 1er, la Cour fait publier à son de trompe, à tous les carrefours, un édit enjoignant à l'ensemble des habitants de mettre à neuf heures du soir à leur fenêtre une chandelle allumée. Mais les chandelles d'alors ne durent pas plus longtemps que celles d'aujourd'hui, au plus quatre ou cinq heures. Et c'est alors que les malfrats peuvent sortir de l'ombre pour s'adonner à leur loisir préféré: détrousser les manants ou s'immiscer subrepticement dans les riches demeures seigneuriales.

Henri II améliore un tantinet la situation. Un arrêt du Parlement, en date du 29 octobre 1558, décrète qu'un falot doit être allumé au coin de chaque rue de dix heures du soir à quatre heures du matin. En outre, «où les rues seraient si longues que lesdits falots ne puissent éclairer d'un bout à l'autre, il en sera mis au milieu desdites rues». D'abord fixée à quatre mois, la période d'éclairage est portée à cinq mois et dix jours (arrêt du Parlement du 23 mai 1562). La technique laisse cependant à désirer car, en fait de lumière, c'est plutôt une lueur rougeâtre, à grand renfort de fumée, qui est émise par la résine et l'étoupe des falots. Des progrès restent encore à réaliser.


Le Roi-Soleil en sa ville-lumière
En monarque absolu, Louis XIV ne peut décidément rien faire comme les autres. Là où ses prédécesseurs se sont heurtés à l'inertie de décisions sans lendemain, il réussit à imposer sa façon de voir minuit à sa porte. Primo, il fait uniformiser les lanternes à bougies: les réflecteurs en métal poli sont généralisés pour créer un éclairement concentré vers la chaussée. Tant qu'à faire, il vaut mieux en effet qu'il en soit ainsi si l'on veut dissuader avec efficacité les chapardeurs, criminels et vagabonds. Secundo, il fait marquer chaque lanterne de son blason pour rappeler au besoin aux badauds qui est le vrai patron! Tertio, les lanternes sont installées en suspension au centre des rues ou accrochées à des potences le long des murs, y compris dans des quartiers éloignés. Tout cela au nom d'un grand et unique principe: "Clarté et sûreté". L'éclairage urbain en voie de généralisation a pour premier but de sécuriser les grandes villes et de déjouer d'éventuels complots nocturnes: «Dormez tranquilles, braves gens!»
Telle est la consigne assignée au lieutenant de police de Paris Gabriel Nicolas de La Reynie. Ce grand commis de l'État, fidèle suppôt du souverain, n'y va pas d'ailleurs par quatre chemins. Il commence par supprimer la cour des miracles, repaire de voleurs et mendiants. Puis il nomme quarante-huit commissaires de police, répartis dans les différents quartiers de la capitale, et met en place tout un réseau d'indicateurs rémunérés. Admiratif, Saint-Simon dit de lui que c'est «un homme d'une grande vertu, qui dans cette place pouvait s'attirer la haine et s'acquit pourtant l'estime universelle».
Dès son entrée en fonction, en 1667, La Reynie porte à 2 736 le nombre des lanternes à bougies installées dans 912 rues de la capitale. Le touriste anglais Lister donne, dans son Voyage à Paris (1698), les détails techniques suivants:

  • «Le luminaire est enfermé dans une cage de verre de 2 pieds de haut, couverte d'une plaque de fer et la corde qui les soutient glisse de sa poulie dans une coulisse scellée dans le mur. Ces lanternes sont des chandelles de quatre à la livre et durent encore après minuit.»

Quant à Madame de Sévigné, elle apprécie de toute évidence la situation au terme d'une soirée entre gentes dames:

  • «Nous trouvâmes plaisant d'aller ramener Madame Scarrron, à minuit, au fin fond du faubourg Saint-Germain, fort au-delà de Madame Lafayette, quasi auprès de Vaugirard dans la campagne. Nous revînmes gaiement à la faveur des lanternes dans la sûreté des voleurs.»

Revers de la médaille: en 1702, l'édit qui instaure la division de Paris en vingt quartiers crée dans la foulée un impôt de 300 000 livres pour l'entretien des lanternes et le nettoiement. Deux offices de receveurs des deniers sont illico mis en place pour l'exécution de cette mesure.


L'inventeur du réverbère
1763: on a changé de roi et de lieutenant de police. Charles-Marie-Antoine de Sartine a succédé à Bertin aux commandes de la police parisienne. Mais les méthodes restent grosso modo les mêmes: justice et humanité sont les mots d'ordre. Pour améliorer l'efficacité des 5 772 lanternes désormais en place dans les rues de Paris, de Sartine organise, avec la collaboration de l'Académie des Sciences, un concours sur «la meilleure manière d'éclairer une grande ville en embrassant autant que possible la sûreté, la durée et l'économie». Des architectes y participent, en ayant au besoin recours à des essais sur le terrain.

1766 représente une date clé dans l'histoire de l'éclairage public, avec l'apparition du réverbère. On doit cette lumineuse invention à Dominique-François de Châteaublanc, entrepreneur de spectacles à ses heures, avec au programme Les Ouvriers automates, machine nouvelle très utile et curieuse, ou les Essais mécaniques sur les forces mouvantes. Ce faisant, le génial ingénieur s'inspire sans nul doute d'une précédente innovation: celle de la lampe à huile à réflecteur argenté, inventée en 1744 par un ouvrier vitrier dénommé Goujon. Cette lampe fonctionne tout d'abord à l'huile de tripes, puis à l'huile de colza qui donne une meilleure flamme, plus blanche et surtout moins nauséabonde.
En 1769, de Châteaublanc obtient le monopole de l'illumination des rues de Paris et porte à 6 000 le nombre des réverbères dans les rues de Paris. Ce qui lui vaut, note la chronique, de détenir
«le titre et les fonctions d'ingénieur privilégié du Roi pour les réverbères».
Seule ombre au tableau: ayant succédé à La Reynie,
Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson prend l'initiative d'interdire l'allumage des réverbères les nuits de pleine lune. D'où les tollés de la population, désormais habituée à plus de confort. «Les réverbères comptaient sur la lune,
la lune comptait sur les réverbères et ce qu'il y a de plus clair, c'est qu'on y voit goutte.» (comédie L'Anglais à Paris)

En observateur averti de la vie parisienne, Louis-Sébastien Mercier n'en joue pas moins lui aussi les rabat-joie:

  • «Il n'y a plus de lanternes depuis seize ans. Des réverbères ont pris leur place. Autrefois, huit mille lanternes avec des chandelles mal posées, que le vent éteignait ou faisait couler, éclairaient mal, et ne donnaient qu'une lumière pâle, vacillante, incertaine, entrecoupée d'ombres mobiles et dangereuses. Aujourd'hui l'on a trouvé le moyen de procurer une plus grande clarté à la ville, et de joindre à cet avantage la facilité du service. Les feux combinés de douze cents réverbères jettent une lumière égale, vive et durable. Pourquoi la parcimonie préside-t-elle encore à cet établissement nouveau ? L'interruption des réverbères a lieu les jours de lune ; mais avant qu'elle soit levée sur l'horizon, la nuit la plus obscure règne dans les rues ; et quand elle brille au firmament, la hauteur des maisons intercepte encore les rayons de cet astre, dont le flambeau devient inutile. Quand il se couche, les mêmes inconvénients se font sentir, et Paris alors est totalement plongé dans les plus dangereuses ténèbres. L'huile des réverbères est une huile de tripes, qui se fabrique, lors de la cuisson, dans l'Isle des Cygnes. On fait payer tous les vingt ans, aux propriétaires des maisons, une somme assez considérable pour le rachat des boues et lanternes. La taxe surpasse de beaucoup les frais qu'il en coûte pendant ces vingt années ; ce qui est une vexation de plus, que supporte le bon parisien.» (Tableau de Paris, 1782)

Pendant ce temps, la technique n'en progresse pas moins. Le savant genevois Ami Argand (1750-1803), expert par ailleurs en distillerie, invente la lampe à double flux d'air qui permet à un seul luminaire d'éclairer autant qu'une demi-douzaine de bougies. Cette trouvaille sera exploitée et commercialisée un peu plus tard par un apothicaire parisien qui ne trouvera rien de mieux à faire que de donner son propre nom à la nouvelle lampe: "quinquet". D'où ce quatrain:

«Voyez-vous cette lampe où, muni d'un cristal,
Brille un cercle de feu qu'anime l'air vital?
Tranquille avec éclat, ardente sans fumée,
Argand la mit au jour et Quinquet l'a nommée.»



Plan sur le bec
En 1799, l'ingénieur des Ponts et Chaussées "au service du pavé" Philippe Lebon dépose un brevet pour l'utilisation du gaz, issu de la distillation du bois, pour l'éclairage et le chauffage. Les Anglais adoptent aussitôt la nouvelle technique, plus fute-fute en cela que les Français qui attendront 1828-1829 pour s'y mettre également. Quatre réverbères fonctionnant au gaz sont alors installés à Paris, place du Carrousel, puis douze rue de Rivoli, etc. Dans le but de consolider ces "becs de gaz" (à coup sûr trop fragiles sous le poids des couche-tard assoiffés qui rentrent au bercail en titubant, après un ultime arrêt au mastroquet, et trop heureux de trouver ce soutien sur leur chemin), les fabricants optent pour la fonte, plus résistante. La rue de la Paix et la place Vendôme seront les premières implantations bénéficiaires de ce perfectionnement technique. Claude-Philibert Barthelot, comte de Rambuteau, n'aura plus ensuite qu'à suivre le mouvement pour inscrire à son actif quelque 8 600 becs de gaz durant sa carrière préfectorale.

C'est l'heure de gloire des célèbres allumeurs de réverbères. Ces travailleurs de la nuit ont abondamment inspiré les écrivains (cf. Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry), ainsi que les poètes, les amoureux et les photographes. Il semble qu'ils aient également donné du grain à moudre aux profs de maths en mal d'inspiration pour l'illustration du problème des probabilités: dans quelles proportions le réverbère était-il censé s'allumer du premier coup? Vaste débat en effet!
Équipés d'un long bâton muni d'une griffe et d'une lampe à alcool, ils sillonnaient les rues, à la tombée de la nuit, pour allumer les réverbères de leur secteur. Quelques heures plus tard, il leur fallait recommencer la tournée, cette fois-ci pour l'extinction des feux.


Bonjour [demanda le petit prince].

Pourquoi viens-tu d'éteindre ton réverbère?
C'est la consigne, répondit l'allumeur.
Bonjour.Qu'est-ce que la consigne?
C'est d'éteindre mon réverbère.
Bonsoir.Et il le ralluma.
Mais pourquoi viens-tu de le rallumer?
C'est la consigne, répondit l'allumeur.
Je ne comprends pas, dit le petit prince.
Il n'y a rien à comprendre, dit l'allumeur.
La consigne c'est la consigne.
Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.

La griffe, est-il besoin de le rappeler, servait à ouvrir le robinet de gaz tenu hors de portée des enfants et des mauvais plaisantins. Quant à la lampe à alcool, elle était parfois remplacée par une batterie contenue dans une sacoche portée en bandoulière: une pression sur un bouton de la batterie produisait une étincelle qui allumait le gaz.
Heure de gloire? Sans doute faut-il modérer pareil enthousiasme. Il suffit pour s'en convaincre de relire cette page de l'ouvrage Allumeur de réverbères de Nancy, de Louis-Maximilien-Modeste Chassignet:

  • «Allumer et éteindre, chaque jour, aux heures déterminées suivant les saisons, cinquante-quatre réverbères, placés le long des rues, les entretenir en bon état de propreté, signaler, s'il échet, les réparations à effectuer, enfin passer, toutes les semaines, une nuit au poste des veilleurs, tel est le principal travail de Joseph T. Y compris la garde, comptée pour 10 heures, cette besogne l'occupe environ 38 heures par semaine, soit 1 976 heures par an. Il reçoit un salaire mensuel de 102 ou 105 francs, selon qu'il s'agit d'un mois de 30 ou 31 jours; de plus il a une gratification de 5 francs payée au 1er janvier; cela fait une rétribution annuelle de 1 250 francs. Il y a quelques gratifications extraordinaires; mais, étant presque toujours réservées aux plus anciens employés, il n'y a pas à en tenir compte ici. À première vue, la rétribution paraît assez élevée, car le métier est d'apprentissage facile, ne réclame guère que de l'exactitude avec un peu d'attention et laisse beaucoup de loisir. Mais quand on réfléchit que l'allumeur est obligé à des courses nocturnes toujours fatigantes, quelquefois même dangereuses pour la santé, l'impression change et le salaire semble bien gagné. Ce qui est incontestablement le plus précieux avantage de la profession, c'est la fixité de la rétribution et l'absence de tout chômage.» (Paris, Firmin-Didot, 1895)






90 % de transpiration
Satisfaits ou non, les allumeurs de réverbères voient débarquer, fin XIXe-début XXe, une innovation
qui crée une véritable révolution dans leur microcosme de l'éclairage urbain: la lampe électrique.
La faute à qui? Le coupable est un certain Thomas Ava Edison (1847-1931) qui, ayant mal digéré d'avoir été coiffé au poteau par Alexandre Graham Bell dans la course à l'invention du téléphone, planche ardemment sur un autre défi: la mise au point de l'ampoule électrique pour améliorer les performances du gaz et, a fortiori, de la banale bougie. En octobre 1879, il réussit à faire fonctionner durant plusieurs dizaines d'heures une lampe à incandescence, composée d'un fil de coton torsadé brûlant dans une bulle de verre où a été effectué le vide quasi absolu. Le fil de coton sera progressivement remplacé par un fil de fer.
Cette invention, due à un homme qui aura l'humilité d'affirmer
«Le génie représente un pour cent d'inspiration et quatre-vingt-dix pour cent de transpiration», aura les conséquences que l'on sait sur la vie quotidienne. Vers la fin des années 1920, l'électricité triomphe définitivement dans l'illumination de nos rues. Adieu les allumeurs de réverbères! Un simple et vulgaire interrupteur suffit à les remplacer, inondant de lumière, en un seul déclic, non seulement les ruelles, les rues et les avenues, mais également les places, les ronds-points et les monuments.

Place à la Fée Électricité. Une autre histoire vient de commencer.

mardi 3 juillet 2007

"Cow power"

Le fermier Kenn Buelow, à Hilbert (Wisconsin), possède 4 000 vaches dont il commercialise le lait. Jusqu'ici, tout va bien.
Par ailleurs (sans jeu de mots vaseux !), et c
ela ne surprendra pas les connaisseurs des us et coutumes des ruminants : lesdites vaches se délestent quotidiennement de leurs excréments qui viennent augmenter l'énorme quantité de fumier de la ferme. Ici encore, rien que de très normal.
Mais que faire de ce lisier ? Fort d'un constat élémentaire (fumier = biomasse abondante et gratuite = méthane = source d'énergie renouvelable), notre astucieux agriculteur a eu l'idée "lumineuse" d'utiliser ces tonnes de déchets pour la production d'électricité. Intéressant revenu d'appoint, n'est-ce pas, quand on sait qu'une vache produit trois tonnes de bouse par an !
D'un point de vue technique, le fumier descend, par gravité, dans un immense réservoir enfoui dans le sol (le "digesteur") où, dans une agréable atmosphère de 38 degrés, les bactéries font assidûment leur travail pour générer le biogaz.
En brûlant, le biogaz alimente un générateur qui produit de l'électricité. Et le tour est joué ! La Holsum produit ainsi chaque année près de sept millions de «kiloVaches-heure» par année, réalisant un profit d'un quart de millions de dollars.
Les digesteurs actuellement opérationnels aux États-Unis empêchent la perte de 66 000 tonnes de méthane dans l'atmosphère, tout en fournissant de l'électricité pour 20 000 domiciles. En attendant mieux...
Toutefois, a-t-on précisé, les fermiers souhaiteraient pouvoir utiliser également les éructations de leurs braves vaches : leurs rots représentent en effet 85 % des émissions de méthane.

D'après http://www.cyberpresse.ca/

La principauté de Sealand est à vendre

(photo extraite de www.omnihilus.com)

Installée sur l'ex-plateforme militaire de Fort Roughs, en mer du Nord à 10 km au large des côtes de Suffolk (Royaume-Uni), l'île de Sealand est une principauté créée en 1975 par Roy Bates, ancien major de l'armée britannique. Et tant qu'à faire, le nouveau maître de céans s'est tout naturellement auto-proclamé souverain à vie.
Ses 550 m² de surface ont déjà accueilli jusqu'à cinq résidents, mais ce plus petit "pays" du monde (qui n'est reconnu par aucune nation digne de ce nom) ne compte officiellement qu'un seul habitant !
En dépit (ou à cause) d'un certain vide juridique, Sealand dispose de sa propre monnaie (le dollar de Sealand). Elle édite ses propres timbres-poste. Elle a sa constitution, son gouvernement, son tribunal, son drapeau, son passeport, son équipe de football internationale (représentée, il est vrai, par une équipe danoise)... et aucun régime fiscal connu !
Bien connu des internautes, ce minuscule territoire, qui servirait à l'hébergement de sites pour le moins douteux, est à vendre depuis janvier 2007 (pour la modique somme de 750 millions d'euros). C'est ce qu'a fait savoir récemment l'actuel souverain, le prince Michael Bates, fils de Roy.
À toutes fins utiles - mais est-ce bien nécessaire de le souligner ? - Sealand jouit d'une vue panoramique imprenable sur la mer, d'une tranquillité totale et, comme nous pensions l'avoir compris, d'une absence totale d'impôt ! Sachez toutefois que le Pirate Bay, un des plus importants sites américains de téléchargement de fichiers illégaux, s'est déjà porté acquéreur pour la somme de deux millions de dollars US, concurrencé d'ailleurs dans cette tractation par le site suédois BitTorrent.

Un univers (im)pitoyable ?

Copie d'écran

Second Life est un univers virtuel en 3D dont les débuts remontent à 2003 et qui compte actuellement quelque trois millions d'adeptes. Il permet à l'utilisateur (le "résident", personnalisé par son avatar) de vivre comme une "seconde vie" dans un nouveau monde, créé par les résidents eux-mêmes, qui a ses propres lois, ses relations sociales, son économie (on peut vendre et acheter des vêtements, des bâtiments, des véhicules... avec des linden-dollars).
À sa manière, Second Life est « un forum où s'expriment les engagements sociaux et politiques de manière libre et internationale : les débats, expositions, conférences, formations, recrutements, concerts, mariages sont des événements courants sur Second Life ». (Wikipédia)
De grandes enseignes ne s'y sont pas trompées et "jouent le jeu" : IBM, Dell, Toyota, L'Oréal, Lacoste, la Caisse d'Épargne, Alstom, Areva, Capgemini, Unilog... Et de même certaines administrations ou universités.
La politique ne pouvait évidemment ignorer cette opportunité. La Suède vient tout récemment d’ouvrir sur Second Life une ambassade virtuelle avec, s'il vous plaît, une inauguration en bonne et due forme par Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères en personne. Pour l'instant, cette "seconde" ambassade ne délivre ni passeport ni visa. Un détail qui mérite quelque intérêt : l'ambassade a été construite sur une île virtuelle qui a quand même coûté la bagatelle de 40.000 de nos euros sonnants et trébuchants.
Comme quoi la "seconde" vie peut difficilement faire l'impasse sur l'autre vie – la première du genre – qui a tous les avantages et inconvénients de coller à la réalité vraie.
À signaler enfin que l'éditeur de Second Life empoche actuellement quelque chose comme 670.000 dollars de revenus mensuels... autrement dit, un revenu qui n'a rien de virtuel.

lundi 2 juillet 2007

Éternelle, fascinante Égypte

Il y a mille et une raisons de s’intéresser à l’Égypte. Et donc de partir à la découverte de cette destination touristique qui n’en finit pas de jouer les premiers rôles contre les vents et marées de l’appréhension épisodiquement suscitée par les trublions de la sécurité à l’échelle de la planète.
Quelle que soit la motivation justifiant notre intérêt pour ce pays à nul autre pareil, l’Égypte se suffit à elle-même. Par-delà le temps et nos frêles histoires passagères, elle s’impose à nous comme la "Mère du Monde".


Pour quelle raison l'Égypte exerce-t-elle un tel pouvoir de séduction sur tous ceux qui l'approchent?
Bien sûr, nul ne peut rester insensible aux charmes de ce pays dont on ne saurait trop vanter l'incommensurable richesse architecturale et culturelle. Tout circuit touristique empruntant la vallée du Nil englobe immanquablement – excusez du peu! - les Pyramides et le Sphinx du plateau de Guizeh, la pyramide à degrés de Saqqarah, Louxor et Karnak, la Vallée des Rois et la Vallée des Reines, Assouan, le site d'Abou Simbel dont les temples, construits par Ramsès II, ont été découpés en blocs et remontés à soixante-quatre mètres au-dessus de leur emplacement initial pour ne pas disparaître dans les eaux du lac Nasser.

«Entendre la voix des ancêtres»
Cette rencontre représente, pour qui a eu le bonheur de la vivre, un moment inoubliable. Comment être blasé de contempler la pureté des lignes de Khéops, Khephren et Mykérinos ? Ou encore le subtil raffinement des traits et couleurs auxquels les artistes des dynasties pharaoniques eurent recours pour graver sur la pierre les événements majeurs de leur histoire ?
La réalité dépasse, ici plus qu’ailleurs, l’imaginaire. Les plus ou moins vagues souvenirs d’un acquis scolaire, le déjà-vu-quelque-part et la connaissance livresque se taisent pour faire place à l’émotion discrète qui, soudainement, vous étreint. «Il me faut un silence absolu, affirmait Champollion, afin d'entendre la voix des ancêtres!»Parée de tous ses atours qui contribuent à sa renommée et à son rôle unique dans le concert des civilisations, l’Égypte, aujourd’hui comme hier, s’identifie au mystère, à l’image des trésors archéologiques qu’elle recèle dans le sol aride de son désert.
Nous pensions la connaître déjà, et voici qu’elle se dérobe à nos souvenirs, à nos clichés, aux schémas dans lesquels nous tentions de nous réfugier. Son passé fait partie de notre histoire, voire de nos fibres les plus personnelles, mais nous le redécouvrons plus dense que jamais, plus étrange également, tel un perpétuel défi lancé au temps.
Les plus éminents spécialistes en égyptologie ont écrit des montagnes d’ouvrages, tous plus savants les uns que les autres. Cela n’empêche pas de nouvelles vagues d’archéologues sans frontières de continuer à inventorier, avec une infinie patience et une non moins grande compétence, les entrailles d’une terre qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. Avis aux amateurs ! D’autres Champollion ont encore de beaux jours devant eux.
L' Égypte familière qui s'offre à nous, à nos regards, dépasse l'image que nous nous en faisions. Elle n'est en rien assimilable aux contours réducteurs d'une carte postale ou même de notre enthousiasme passager. L'essentiel est de se laisser emporter dans un pèlerinage au-delà du temps. L' Égypte n'a besoin d'interprète qu'elle-même. Elle ne se laisse assimiler à aucun souvenir, à aucun discours. Elle se donne à qui sait l'écouter, à qui sait vibrer au rythme de son âme.
On peut se préparer à affronter le "choc des pyramides". Mais quand on se retrouve au pied de ce que les bâtisseurs ont inventé de plus parfait, les mots tout à coup sont infirmes pour traduire ce que l’on ressent. La beauté ne se raconte pas, ne s’argumente pas. À la limite, elle ne se décrit pas. Elle se cueille dans la spontanéité du regard. «Tout le monde tient le beau pour le beau, affirmait Lao-tseu, c’est en cela que réside sa laideur.»Aux portes de l'Orient
Aussi riche et glorieux que soit son passé pharaonique, ou encore celui des cultures successives qu'elle a accueillies en inscrivant leurs traces dans la pierre et les monuments, l' Égypte souhaite également réserver à ses hôtes un autre visage: celui de la contemporanéité? Que nous ayons tendance à confondre Aménophis IV et Ramsès II, ou encore que nous mêlions les attributs d'Osiris et ceux d'Horus, personne ne nous en tiendra réellement rigueur. Par contre, une autre certitude s'impose: l' Égypte offre d'autres attraits "touristiques" dans le sourire inaltérable de ses habitants, la chaleureuse atmosphère de ses rues et de ses multiples commerces, la qualité et le professionnalisme de ses structures hôtelières, bref! son authentique sens de l'hospitalité.
Bien entendu, débarquant au Caire ou dans n'importe quelle ville de Moyenne ou Haute-Égypte, on entre de plain-pied dans la civilisation du bakchich (pourboire), du marchandage, de la débrouillardise, de l'inflation du verbe. Mais toutes ces moeurs, parfois hautes en couleurs, font partie du savoir-vivre local. Un service demandé ne reste jamais sans réponse, quand bien même déboucherait-il sur un Bokra in châ Allâh! («Demain, si Dieu le veut!»), voire sur un Bokra fî l-mechmech! ( «Demain dans l'abricotier», autrement dit: «Quand les poules auront des dents!»).
Cette Égypte au quotidien ne se réduit pas, elle non plus, à des formules toutes faites, ni aux «conseils pratiques» des guides touristiques qui répondent par anticipation à toutes les questions... sauf peut-être à celles que vous vous posez effectivement. Et c'est bien ainsi.
Pour qui aborde l'Égypte pour la première fois, la surprise peut être immédiate. Il se rend compte d'emblée qu'il vient de pénétrer dans un autre univers, une autre sphère culturelle où les repères habituels n'ont plus aucune consistance. Langue, rythme de vie, climat, tout concourt à vous rappeler que vous n'êtes plus en Occident, mais que déjà vous avez franchi le seuil du Machreq, de cette contrée du monde où le soleil se lève.

Les embarras du Caire
Tout circuit touristique de découverte de l'Égypte s'attarde évidemment sur la plupart des sites archéologiques majeurs, sans oublier au passage quelques jours de béatitude complète à bord de l'un de ces luxueux bateaux qui descendent ou remontent le Nil. Un détour du côté du barrage d'Assouan permet, en complément, une courte incursion dans l'Égypte contemporaine, les commentaires des guides locaux portant inévitablement sur la situation économique du pays (besoins en énergie, irrigation des terres, effets secondaires de la régulation des eaux du Nil, etc.).
L'itinéraire touristique au coeur de l'Égypte inclut également et fort heureusement un séjour plus ou moins prolongé dans la capitale du pays. Au programme: non seulement la visite du célèbre musée des Antiquités égyptiennes et de quelques mosquées (Ibn Touloun, Méhémet-Ali...), mais aussi et surtout une première plongée dans les rues et ruelles du Caire. Une telle expédition, aussi chaotique soit-elle, n'a rien d'un exploit à la portée des seuls initiés. Bien entendu, il faut respecter la règle du jeu, surtout dans les quartiers particulièrement touristiques comme Khan Khalîlî (souks). Toute personne ressemblant de près ou de loin à un touriste de passage est en effet un acheteur potentiel. D'où les sollicitations multiples et les incessants «Welcome!» auxquels il serait malséant de ne pas répondre. Au bout du compte, on se retrouve délesté de quelques livres égyptiennes et le bagage rempli d'objets et babioles en tous genres que l'on sera, malgré tout, heureux de déballer de retour au pays.
Que ce soit par ces voies obligées ou d'autres ruelles moins connues des touristes, il est bon de se laisser imprégner, autant que faire se peut, par la vie qui s'y exprime de mille et une manières auxquelles nous sommes vraisemblablement peu accoutumés.
Immédiatement, dès que l'on sort des zones résidentielles plus huppées, on se rend compte que la circulation au Caire tient plus du slalom permanent que de la paisible flânerie. Les rues y sont le reflet même de la vie à l'égyptienne: on y déambule, on y mange, on y marchande, on y joue, on y prie... on essaie aussi d'y frayer son chemin. Mais quel fatras inextricable de piétons, de véhicules de tous gabarits, de vélos, de taxis, de charrettes tirées par des ânes poussifs mais toujours aussi généreux, de gamins courant après leur ballon, d'autobus aux portes desquels sont souvent accrochés des grappes humaines!
Le nouveau métro a certes amélioré la situation. Mais la mégapole cairote souffre réellement d'asphyxie, ses infrastructures ayant été prévues pour... disons trois fois moins de population.
Grâce aux progrès de la scolarisation et de la course aux diplômes, la quasi-totalité des jeunes ne veulent pas retourner au balad (campagne). Ils préfèrent s'incruster dans la ville, augmentant considérablement les effectifs (et l'immobilisme!) de la bureaucratie, pour eux la seule issue possible, à moins qu'ils n'émigrent pour de bon vers l'Europe ou les pays du Golfe.
De très nombreux "cerveaux" ont ainsi quitté la mère patrie, temporairement ou de manière définitive. Mais comment en serait-il autrement dans un pays où le décollage économique apparaît encore actuellement comme une chimère, compromis qu'il est par une surpopulation qu'aucune mesure ne semble pourvoir endiguer, ainsi que par des troubles politiques récurrents, malheureusement dissuasifs pour les touristes de tous pays?


Dignité et humour
Que l'on ne s'y méprenne pas toutefois! Si les embarras du Caire engendrent fréquemment des situations inconfortables, voire des scènes à la limite du supportable (que seuls les malades du déclic photographique ont l'impudence de filmer), ils ne sont en rien synonymes d'une impitoyable lutte pour la vie. Dans la pauvreté, l'Égyptien reste digne, non défaitiste, solidaire. Il garde de surcroît, au tréfonds de lui-même, ce légendaire sens de l'humour qui récupère tous les événements personnels, familiaux, nationaux. La nokta (bonne histoire) fait intimement partie de l'âme égyptienne, comme un pied de nez aux aléas et ingratitudes de l'existence.
Oui, décidément, l'Égypte n'a pas fini de nous surprendre. Cette philosophie naturelle et spontanée, qui remet les vraies valeurs à leur juste place, est ingénieuse au point de trouver aux antagonismes les plus divers un terrain de conciliation. Nous ne battons pas seulement ici le rappel de toutes les civilisations qui, au fil des siècles, ont façonné l'Égypte: ère pharaonique, époque perse, influence romaine, judaïsme, christianisme, retour des Perses, arrivée de l'Islam, Mamelouks, Turcs, etc., pour aboutir à l'époque contemporaine. L'Égypte a l'extraordinaire faculté de tout assimiler, en restant elle-même, à l'image du Caire où se juxtaposent tradition et modernisme, luxe et extrême pauvreté, passé et présent, vie et mort.
En réalité, c'est surtout l'aptitude qu'a l'Égypte de rassembler les extrêmes qui peut confondre l'observateur étranger.
Dans sa géographie même – résultat de quel hasard? -, le pays est un étrange amalgame de désert et de verdure, de sécheresse et de végétation luxuriante. Creusant sa voie dans un sol désertique qui ne peut engendrer que la mort et la désolation, le Nil crée la vie jusque dans le moindre de ses méandres. Au terme de son périple, avant de rejoindre, comme à regret, les eaux méditerranéennes, il prend le temps de ralentir son cours pour s'agripper à cette terre qu'il a fécondée, formant le Delta de la Basse-Égypte.

Un peuple, plusieurs cultures
Sur le plan de la pensée, le paradoxe n'est bien entendu pas assimilable à cette symbolique de la vie et de la mort. Il n'empêche que les opinions les plus contrastées trouvent en Égypte, notamment au Caire, un terrain favorable à leur expression. Al-Azhar, par exemple, la plus célèbre université islamique , est un creuset des sciences de l'Islam. Elle accueille des cheikhs enturbannés provenant de toutes les contrées du monde. Dans le même temps, de nombreux intellectuels se forment à l'occidentale et s'éloignent du fondamentalisme islamique tout en se réclamant de la même religion musulmane.
Traversons la rue... et nous y trouvons un exemple encore plus éloquent sans doute: les Chrétiens, en tout premier orthodoxes, sont en Égypte très minoritaires, mais ils existent. Ils existent d'autant plus qu'une filiation directe relie leur nom à celui de leur pays: «Copte» (en arabe: qibtî) vient du grec Aiguptos, c'est-à-dire «Égyptien».
Les statistiques, leur interprétation surtout, varient très sensiblement que l'on se situe du point de vue officiel (l'Égypte est, selon les termes de sa Constitution, un État musulman) ou de celui des intéressés eux-mêmes. Mais quel que soit le chiffre retenu, les Coptes ont, en Égypte, pignon sur rue.
Passons sur les divergences doctrinales ou éthiques, tant musulmanes que chrétiennes, qui n'ont pas manqué de voir le jour. L'Égypte n'échappe pas à la logique orientale qui, sous bien des rapports, est un terrain propice aux querelles plus ou moins byzantines, à l'émergence des sectes ou même des schismes, à la confrontation en somme de toutes sortes d'hégémonies autochtones ou importées de l'extérieur.
Qu'il nous suffise ici de constater que les différentes cultures qui composent l'Égypte contemporaine se rassemblent dans un seul peuple. Le moment venu, ce peuple sait taire ses antagonismes pour se regrouper sous une même identité et une unique bannière. Il sait vibrer aux mêmes émotions, dans la joie comme dans la douleur, dans le rêve comme dans la vie, dans la routine comme dans l'événement national.


L'éternité traduite au présent
La Cité des Morts, au Caire, n'a pas droit aux circuits touristiques officiels. Heureusement, puisqu'il y aurait pour le moins quelque indécence à visiter un lieu faisant l'objet de tant de vénération, notamment le vendredi, jour saint de l'Islam.
Cette véritable ville dans la ville, dominée par la colline du Muqattam et la Citadelle, n'en est pas moins très révélatrice de l'Égypte profonde. Ce qui, ailleurs, ne serait qu'un simple cimetière devient ici un point de convergence (et même d'habitation), un lieu où se nouent et se dénouent certains événements importants de la vie quotidienne. Le célèbre romancier Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, s'en est admirablement fait l'écho.
L'Égyptien associe les morts à sa vie. Il vit avec la mort. Il la dramatise au besoin, la célèbre parfois. Mais toujours, cette rupture apparente ouvre sur le sanctuaire de l'au-delà.
Les Pharaons de jadis faisaient coïncider leur mort avec leur triomphe ultime, en édifiant des tombeaux destinés à défier les limites du temps. Sans faire appel à des raccourcis faciles, il nous semble que les fils du Nil vivent encore aujourd'hui, parfois de manière très explicite, de la même inspiration.
L'Égypte a traversé les siècles. Celle qui fut la «Mère du Monde» a dû affronter tant et tant de bouleversements au rythme des soubresauts de l'histoire. Toujours, elle a su rester elle-même. Al-sabr gamîl, al-sabr mouftah al-farag disent les proverbes égyptiens: «la patience est belle», «la patience est la clé du succès». Le temps qui passe, ce minuscule instant que l'on supporte ou que l'on sait attendre, a toujours pour l'Égyptien une saveur d'éternité. En définitive, rien n'a changé. Ou si peu...
Quoi de plus simple en vérité que les pyramides du plateau de Guizeh ? Mais quoi aussi de plus imposant que cette perfection géométrique sur fond de désert ?
Il se passe immanquablement "quelque chose" sur ce site unique au monde, un je ne sais quoi qui vous prend aux tripes et vous inonde du bonheur d’être là. Tout simplement là. Cette sensation connaîtra d’autres modulations au cours d’un périple le long du Nil, notamment à Karnak, Louxor et Abou Simbel. Mais au pied des majestueuses pyramides qui se moquent superbement des mercantiles à-côtés du tourisme, tout est différent.
L’Égypte, cette patrie du grandiose et de la démesure qui a conclu un pacte avec l’éternité, vivrait-elle non seulement dans les replis de notre grande histoire, mais aussi et d’abord en chacun de nous, au cœur de notre patrimoine intérieur ? Lors d’un voyage de découverte menant du Caire aux frontières de la Nubie, nul ne peut échapper à cet inventaire intime.
Contemplant l’énigmatique face du Sphinx qui, tourné vers le soleil levant, préside inlassablement aux destinées des fils du Nil, nous nous surprenons à redonner vie à des souvenirs ancrés dans un passé plus ou moins lointain. Puis, consciemment ou non, notre découverte de l’Égypte prend des airs de retrouvailles avec une civilisation connue et familière.
Mystère et simplicité, tels sont sans doute les deux mots-clés de ce pays qui nous accueille, amical et généreux, mais sans se livrer totalement lui-même.
Touristes d'une semaine ou plus, nous restons toujours les invités de l'Égypte. Elle ne se laisse réellement approcher qu'avec le coeur. Qu'elle s'offre à nous dans le faste de ses décors pharaoniques, dans l'atmosphère apaisante, presque irréelle, d'une croisière sur le Nil ou au travers de tant et tant de regards croisés dans les rues animées du Caire, elle ne peut laisser indifférent. On l'aborde en curieux peut-être, on ne la quitte pas indemne.
Au terme du voyage, il reste sans doute quelques souvenirs gravés dans la mémoire ou une belle collection de photos. Mais l'essentiel est ailleurs, dans cette part de nous-mêmes à laquelle nous donnons maintenant un nom, un visage peut-être...
Qalbî alâ Misr: nous partons de l'Égypte en l'emportant dans notre coeur. Nous y reviendrons, car elle nous manque déjà...

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Et pourquoi pas une maison en paille?



La construction en paille n’est pas réservée à l’histoire édifiante des « Trois petits cochons » et du méchant loup. En notre période soucieuse de protection de l’environnement et d’innovations dans le secteur des énergies renouvelables, cette technique est considérée par certains bâtisseurs comme une solution alternative à d’autres savoir-faire plus traditionnels.



La construction en paille a commencé dans les Sand Hills du Nebraska, au centre des États-Unis, il y a un siècle de cela, lors de l’apparition de la mécanisation des techniques agricoles. Dans cette région où le bois est rare et la terre, très sableuse, voir les ballots sortir de la botteleuse a donné des idées à certains bâtisseurs: ils avaient compris qu’ils avaient à leur disposition un matériau léger, peu coûteux et immédiatement disponible.
Des maisons, des écoles, des granges et même une église furent ainsi construites, sans structure portante autre que celle des bottes de paille. Certaines de ces constructions existent encore aujourd’hui et sont toujours en bon état.
Dans les années 1920, le ministère de l'Agriculture du Dakota-du-Nord a édité un manuel de construction de bâtiments agricoles en ballots de paille utilisés comme murs porteurs. La technique se propagea alors dans d’autres régions des États-Unis.
Après avoir été délaissée au profit de techniques plus modernes et plus gourmandes en énergie, l’utilisation de la paille en construction connut un renouveau, dans les années 1970-1980, non seulement aux États-Unis où l’on dénombre aujourd’hui quelque 2 000 habitations construites selon cette technique, mais aussi au Canada et au Mexique. D’autres pays ont également emboîté le pas : l’Uruguay, l’Islande, la Grande-Bretagne, l’Irlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Grèce, la Turquie, la Mongolie, la Chine, le Japon, l’Australie...
L’association américaine Builders Without Borders ("Bâtisseurs sans frontières", sans aucun lien avec l’association française ainsi dénommée), créée en 1999 à Kingston (New Mexico), encourage et soutient cette technique dans les pays où elle intervient au titre de la solidarité internationale. Le leitmotiv de cet organisme est d’aider les populations locales à construire leurs propres maisons en utilisant les matériaux trouvés sur place – paille et terre – pour éviter tout recours à d’autres matériaux importés, donc plus coûteux.
À Montargis (Loiret), la maison Feuillette – du nom de son constructeur – a été bâtie en 1921 en ballots de paille sur ossature bois, comme prototype pour la reconstruction des fermes et habitations paysannes au lendemain de la guerre. Elle est toujours en bon état et habitée. Les paysans d’alors savaient que la paille était un excellent isolant thermique pour les cabanons et abris pour les animaux. Alors, pourquoi pas pour les humains ? Un autre bâtiment fait figure de précurseur dans notre pays : la maison du Cun du Larzac, construite en 1979 pour abriter une famille de contestataires pacifistes opposés à l'installation d'une base militaire sur leur plateau.
Dans les années 1980, les Québécois Louis Gagné et François Tanguay développèrent la technique du ballot de paille maçonné avec des joints de mortier. Le premier bâtiment issu de l'expérience canadienne a été construit à La Chasagne en 1986-87. Cette technique est abandonnée aujourd’hui.


Avantages en nature
Actuellement, il existerait entre 100 et 300 maisons en paille en France, la plupart ayant été construites suivant le procédé ossature en bois/garnissage de paille. Elles ont été généralement bâties en autoconstruction, avec les conseils avisés d’associations, organismes ou architectes tels que La Maison en Paille (André de Bouter - 16290 Champmillon), Arcanne (Samuel Courgey - 39330 Pagnoz), Le Gabion, Approche-Paille (Vincent Brossamain et Jean-Baptiste Thévard - 45000 Orléans), Espace et Vie ( 86300 Chauvigny), Manas Melliwa (31310 Montbrun-Bocage), Lourdès Malvido (86300 Chauvigny), etc.
Outre son aspect subjectif (le home sweet home de ses rêves, respectueux de l’environnement…), les avantages habituellement reconnus à la construction en paille ne sont pas négligeables, loin de là: non recours aux énergies "grises" (nécessaires pour la production, la mise en place et le recyclage d’un produit), production et construction non polluantes, excellente isolation (« pour garder au chaud votre maison et votre coeur » ), économie d’énergie, matériau naturel disponible localement en grande quantité, construction durable dans le temps, fabrication et mise en œuvre simples et accessibles à tous, esthétique… Sans oublier le fait que la paille est totalement recyclable. Construite avec ce matériau, la maison « naît dans les champs en été et elle y retournera sans problème après avoir servi ». On croit en effet rêver!

La paille et le grain
Aussi généreuses soient-elles, aussi soucieuses puissent-elles être de préserver le devenir de notre planète, les initiatives prises en matière de construction en paille ne peuvent cependant faire impunément l’impasse sur les contrôles techniques visant à protéger au minimum la santé et la sécurité des utilisateurs. Qui dit paille dit en effet en tout premier lieu risque d’incendie, puis de pourriture et d’attaques de rongeurs ou autres "nuisibles". Or la construction en ballots de paille ne fait pour l’heure l’objet d’aucun DTU (document technique unifié), si bien que, hormis certains cas mentionnés par le site www.lamaisonenpaille.com, les professionnels n’osent pas raisonnablement prendre d’initiatives en ce domaine, en dépit d’une demande grandissante.
Toutefois, les tests réalisés par le CEBTP (Centre d’expertise du bâtiment et des travaux publics) et l’Arcanne (une association ayant pour but la promotion des techniques de construction alternative) dans la petite commune jurassienne de Montholier, avec le concours financier de la Fédération française du Bâtiment (FFB) et de l’Agence gouvernementale de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME ), représentent un pas important vers l’élaboration de ce DTU. Les tests effectués en laboratoire autour de ce projet baptisé "Construction et expérimentation de deux maisons locatives en structure bois et fibres végétales" ont en effet prouvé que la paille comprimée résiste très bien au feu. Bien protégée, elle ne craint pas l'humidité et n'attire pas plus les rongeurs que n'importe quel autre isolant.